
Rappel d’un épisode historique glaçant, par Eric de Mascureau sur BV :
« À l’heure où une nouvelle vague de froid et de neige s’abat sur la France en ce début d’année, il est frappant de mesurer combien les hivers les plus rudes peuvent laisser des traces profondes dans les mémoires. En effet, parmi les épisodes les plus marquants figure sans conteste le terrible hiver de 1879, l’un des plus rigoureux de l’histoire française.
Un épisode historique
Les origines de cet hiver hors norme remontent aux premiers jours de décembre 1879, lorsque la France fut plongée dans une vague de froid exceptionnelle qui dura plusieurs semaines, du 2 au 28 décembre, sans véritable répit. Une puissante masse d’air polaire d’origine sibérienne envahit progressivement l’Europe occidentale, apportant avec elle un froid sec, persistant et d’une intensité rarement observée jusque-là. Il fut même l’hiver le plus redoutable depuis le petit âge glaciaire du début du XVIIIe siècle.
Les chutes de neige furent alors continues et abondantes. À Paris, la couche de poudre blanche atteignit 30 à 40 centimètres, tandis qu’à Orléans on parlait même d’une épaisseur dépassant le mètre. Tout cela paralysa alors la circulation, bloqua les fiacres et interrompit de nombreuses liaisons ferroviaires. Les autorités eurent beau tenter de dégager les rues rapidement, en évacuant par exemple la neige sur la Seine si gelée que les Parisiens pouvaient la traverser à pied, le poids de la neige était tel qu’il provoqua l’effondrement de plusieurs toitures, dont celui du marché Saint-Martin, dans le 10e arrondissement.
Il fait froid, très froid
Cette année là, les relevés météorologiques ont ainsi mesuré un froid d’une brutalité extrême sur l’ensemble du territoire. Autour du 10 décembre, les températures chutèrent ainsi à des niveaux records : -37 °C à Saint-Dié, -33 °C à Langres, -30 °C dans la région de Nancy et jusqu’à -23,9 °C à Paris.
Tous les grands fleuves du nord, du centre et de l’est du pays étaient pris par les glaces. La Seine, la Loire ou encore le Rhône cessèrent par endroits de couler, figées par le gel. À Lyon, la Saône se recouvrit d’une carapace atteignant près de 50 centimètres d’épaisseur. La France tout entière semblait transformée en une véritable terre de glace, comme si elle était revenue aux temps anciens de la préhistoire.
Un hiver et ses conséquences
Le froid persista plusieurs semaines encore, s’installant durablement dans le quotidien de Français déjà éprouvés par un mois de rigueurs extrêmes. Les déplacements devenus difficiles, voire impossibles, paralysèrent une partie de l’activité économique, tandis que le gel des voies de communication ralentissait les échanges. Dans ce contexte de pénurie et de confinement forcé, le froid et la promiscuité favorisèrent également la propagation des maladies, accentuant encore la détresse des populations. L’hiver semblait alors ne jamais vouloir desserrer son étreinte mortelle sur le pays.
Avec le passage à l’année 1880, l’enfer glacé, petit à petit, s’effaça. Mais le redoux qui finit enfin par s’imposer au début du mois de janvier ne marqua pas pour autant la fin des épreuves, car la fonte brutale des glaces accumulées sur les fleuves déclencha une débâcle d’une violence spectaculaire. D’immenses blocs de glace, arrachés aux rivières en crue, furent ainsi emportés par des flots impétueux, brisant des ponts, faisant sombrer des navires et envahissant de nombreux quartiers riverains. À Paris, la Seine sortit de son lit et, charriant de véritables icebergs, endommagea le pont des Invalides en emportant quelques-unes de ses arches.
Cet hiver de 1879 ne peut se résumer à une simple vague de froid, mais à une véritable succession d’épreuves dont les conséquences furent considérables pour toute la France. De quoi relativiser la vague de froid actuelle. »