C’était un 5 janvier : mort de Charles d’Orléans

Ch. d’Orléans recevant hommage d’un vassal

à Amboise, en 1465.
Capturé lors de la bataille d’Azincourt, en 1415, il demeura prisonnier des Anglais durant 25 ans.

C’est pour charmer l’ennui de sa captivité qu’il devint poète, cultivant la galanterie raffinée sous une pointe de mélancolie.
Libéré en 1440, il entreprit de conquérir le Milanais, qu’il tenait de droit par sa mère, mais ne put se rendre maître que du comté d’Asti. Il s’établit alors à Blois, où il tint une cour lettrée.
Il laisse une centaine de ballades, autant de chansons, et environ 400 rondeaux.
« Été revêt champs, bois et fleurs
De sa livrée de verdure
… Mais vous, Hiver, trop êtes, plein
De neige, vent, pluie et grésil
… Hiver, vous n’êtes qu’un vilain ! »

Ci-dessous sa fameuse Complainte de France

France, jadis on te souloit [avait l’habitude de] nommer,
En tous pays, le trésor de noblesse,
Car un chacun pouvait en toi trouver
Bonté, honneur, loyauté, gentillesse,
Clergie, sens, courtoisie, prouesse ;
Tous étrangers aimaient te suir [suivre],
Et maintenant vois, dont j’ai déplaisance,
Qu’il te convient maint grief mal soutenir,
Très chrétien, franc royaume de France.

Sais-tu d’où vient ton mal, à vrai parler ?
Connais-tu point pourquoi es en tristesse ?
Conter le veux, pour vers toi m’acquitter,
Ecoute-moi et tu feras sagesse.
Ton grand orgueil, glotonnie (1), paresse.
Convoitise, sans justice tenir,
Et luxure, dont as eu abondance,
Ont pourchassé vers Dieu de te punir,
Très chrétien, franc royaume de France.

Ne te veuilles pourtant désespérer,
Car Dieu est plein de merci à largesse ;
Va t’en vers lui sa grâce demander,
Car il t’a fait, de ja pieca, promesse ;
Mais que faces ton avocat Humblesse,
Que très joyeux sera de toi guérir :
Entièrement mets en lui ta confiance,
Pour toi et tous, voulut en croix mourir,
Très chrétien, franc royaume de France.

Souviens-toi comment voult ordonner
Que criasses Montjoye, par liesse,
Et, qu’en escu d’azur, dusses porter
Trois fleurs de Lis d’or, et pour hardiesse
Fermer en toi, t’envoya sa haultesse,
L’Aurifiamme qui t’a fait seigneurir
Tes ennemis ; ne mets en oubliance
Tels dons hautains, dont lui pleut t’enrichir,
Très chrétien, franc royaume de France.

En outre plus, te voulu envoyer
Par une colombe qui est plein de simplesse,
La unction dont dois tes Rois sacrer,
Afin qu’en eux dignité plus en cresse ;
Et, plus qu’à nul, t’a voulu sa richesse
De reliques et corps sains, départir ;
Tout le monde en a la congnoissance,
Sois certain qu’il ne te veut faillir,
Très chrétien, franc royaume de France.

Court de Rome si le fait appeller
Son bras dextre, car souvent de détresse
L’a mise hors, et pour ce approuver,
Les Papes font te seoir, seul, sans presse,
A leur dextre, se droit jamais ne cesse ;
Et pour ce, dois fort pleurer et gemir,
Quant tu déplais à Dieu qui tant t’avance
En tous états, lequel dusses chérir,
Très chrétien, franc royaume de France.

Quels champions souloit en toi trouver
Chrétienté ! Ja ne faut que l’expresse ;
Charlemagne, Roland et Olivier,
En sont témoins, pour ce, je m’en délaisse.
Et saint Louis Roi, qui fît la rudesse
Des Sarrasins souvent anéantir,
En son vivant, par travail et vaillance ;
Les chroniques le montrent, sans mentir,
Très chrétien, franc royaume de France.

Pour ce, France, veuilles toi adviser,
Et tôt reprends de bien vivre l’adresse ;
Tous tes méfaits mets peine d’amander,
Faisant chanter et dire mainte messe
Pour les âmes de ceux qui ont l’aspresse
De dure mort souffert, pour te servir ;
Leurs loyauté ait en souvenance.
Rien épargner n’ont pour toi garantir.
Très chrétien, franc royaume de France.

Dieu a les bras ouverts pour t’accoler,
Prêt d’oublier ta vie pécheresse ;
Requières pardon, bien te vendra aider
Notre Dame, la très puissant princesse,
Qui est ton cri, et que tiens pour maîtresse ;
Les sains aussi te viendront secourir,
Desquels les corps font en toi démourance.
Ne veuilles plus en ton péché dormir,
Très chrétien, franc royaume de France.

Et je, Charles Duc D’Orléans, rimer
Voulut ces vers, ou temps de ma jeunesse,
Devant chacun les veux bien avouer,
Car prisonnier les fis, je le confesse ;
Priant à Dieu, qu’avant j’ai vieillesse,
Le temps de paix partout puisse avenir,
Comme de coeur j’en ai la désirance,
Et que vois tous tes maux bref finir,
Très chrétien, franc royaume de France.

1. Glotonnie : Gloutonnerie.

Commentaires

commentaires

Les commentaires sont fermés.