L’art Con c’est l’art contemporain, l’art conceptuel. Il a ses grands escrocs, de Duchamp à Jeff Koons et Anish Kapoor en passant par Damien Hurst ou Soulages. Pierrette Bloch, surprise par la mort dans sa quatre-vingt-dixième année, en était une petite main. Nécessaire, par sa discrétion même, au système.
L’art Con est une spéculation, c’est un marché, une secte, un totalitarisme. On en connaît la définition, l’art ne dépend pas d’une compétence ni d’une esthétique, mais d’une étiquette : est art ce que l’artiste nomme art. On en connaît aussi l’origine : les ready made de Marcel Duchamp, objets d’art tout prêts fournis par l’industrie à l’artiste. On sait enfin le geste qui brise l’enchantement enfantin de l’art Con, la transgression libératrice : il a suffi de faire pipi dans l’urinoir de Marcel Duchamp pour qu’il perde son statut d’œuvre d’art et retrouve sa fonction première. C’est pourquoi l’art Con ne supporte ni la dérision ni le bon sens : ces messagers de la réalité lui sont fatals, comme à toute escroquerie.
L’appareil intimidant de l’art Con, spéculation totalitaire
C’est pourquoi encore l’art Con a ses duègnes, ses précieuses, ses académies, tout cet appareil de sérieux bouffon nécessaire à conférer aux étiquettes artistiques l’autorité qui intimide le pékin. Naguère, nul marchand de tableaux ne pouvait croiser un autre marchand de tableaux sans sourire : il a fallu rendre tout cela plus imposant, à la mesure des créations parfois pharaoniques de l’art Con (Colonnes de Buren, Plug annal, vagin de la Reine, etc.). Il faut des réseaux, il faut des journaux, il faut des musées (le Moma à New York, le Yokohama Museum of Art au Japon), il faut des mécènes comme l’inénarrable Pinault, marchand de bois et esthète de veau. Il faut aussi, pour compenser les paillettes et le fla-fla, à côté des grands faisans qui occupent l’actualité et donnent à rêver aux lectrices de Closer, des ouvrières méritantes et taciturnes, qui nourrissent la réflexion du Monde et de Télérama, et que quelques happy few se font une orgueilleuse joie d’aller admirer à Beaubourg. Ce fut le cas de Pierrette Bloch, petite main de l’art con, décédée à Paris cette semaine dans sa quatre-vingt-dixième année.
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