Policiers roués de coups à Bobigny : « Ils frappaient uniquement au visage »

Si elle accepte de témoigner, c’est surtout pour insister sur cette « banalisation de la violence contre les policiers », raconte Sandrine, au téléphone. Cette policière, qui parle sous un prénom d’emprunt, compte parmi les trois fonctionnaires de la BAC de Seine-Saint-Denis évacués aux urgences après un contrôle de police au pied d’un immeuble de la cité de l’Amitié à Bobigny vendredi. Ils se sont vus prescrire 10 et 15 jours d’ITT.

« On ne s’y attendait pas du tout, ça a été extrêmement violent », raconte-t-elle. La voix est posée. En vingt ans de police en Seine-Saint-Denis, elle a eu l’occasion d’en voir des cités où les habitants n’ont pas la vie paisible. La cité de l’Amitié ne faisait pas partie des plus compliquées.

Des coups de poing « uniquement au visage, c’était un acharnement »

Vendredi, Sandrine est arrivée en renfort pour épauler des collègues. La situation aurait dégénéré au moment où une des personnes contrôlées «a refusé de donner son identité et a repoussé un collègue physiquement». Puis elle se souvient des cris, des coups. Elle reçoit des coups de poing, «au moins quatre», «uniquement au visage, c’était un acharnement», dit-elle, convaincue que les agresseurs, ce soir-là, «ont voulu frapper l’uniform ». Trois suspects, majeurs, ont été arrêtés et déférés au tribunal. Deux sont mis en examen pour violences sur policiers avec ITT supérieure à huit jours. Un est sous contrôle judiciaire, l’autre passait ce lundi devant le juge des libertés, le parquet ayant réclamé son incarcération. Le troisième est placé sous le statut de témoin assisté.

«Mon œil a un peu dégonflé dimanche mais je vois très trouble, j’ai un très gros hématome, j’ai très mal à la mâchoire aussi, c’est assez douloureux physiquement», confie Sandrine qui admet ne plus trouver le sommeil. «A cause du choc peut-être», dit pudiquement cette policière, qui énumère d’autres blessures passées : «par des jets de bouteilles de verre, des flacons, des pierres, j’ai aussi eu une main cassée il y a trois ans, et reçu un cocktail Molotov il y a une dizaine d’années».

Dans ces lendemains douloureux, où il a aussi fallu rassurer les proches alors que l’incertitude plane sur les séquelles physiques, les soutiens sont réconfortants. «J’ai reçu des messages d’anciens collègues perdus de vue, et le soutien total de ma hiérarchie, de l’officier au commissaire», tient à souligner Sandrine avec gratitude. Etre policier en Seine-Saint-Denis et y rester pendant vingt ans, n’a rien d’anodin. «Attraper le voleur d’un sac à main, l’agresseur d’une vieille dame, ou un cambrioleur en action, c’est ce qui nous motive, on a le sentiment d’avoir fait notre travail», commente-t-elle avant de conclure l’échange. Puis, après un rendez-vous chez le médecin, c’est elle qui rappelle. «J’ai oublié de vous dire, quand j’ai été frappée, j’ai tout de suite pensé à ma collègue agressée à Pantin il y a une douzaine d’années (NDLR : cité des Pommiers, en 2002). Elle a eu le visage cassé et après de multiples opérations elle souffre toujours…», ajoute-t-elle.

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