Le point sur le cas Matzneff (et les complaisances auxquelles on ne s’attendait peut-être pas)

Matzneff à la télévision, content de lui et de sa vie.

Voici un petit résumé si vous n’êtes pas très au fait de cette affaire assez révélatrice.

Gabriel Matzneff, écrivain maintenant âgé de 83 ans, est depuis quelques semaines dans la tempête médiatique. En effet, on lui reproche enfin des actes ignobles envers des jeunes filles – pourtant notoires et étalés par lui-même dans ses livres. On en entend en revanche beaucoup moins parler d’un autre aspect des mœurs, encore plus choquant…

Pendant des décennies Matzneff a séduit des jeunes filles, de préférence vierges, usant de sa grande différence d’âge et de son petit prestige, pour profiter d’elles et les débaucher.
Un aspect particulièrement répugnant du bonhomme est que, se présentant comme un homme profondément spirituel, il mêle incessamment à ses actes, dans les pages où il les décrit, des considérations « mystiques » de tonalité chrétienne. En plus d’être blasphématoire, cela manifeste un haut degré de perversion non seulement morale mais intellectuelle. Cet homme esclave de la chair présente son vice comme quelque chose de noble, et son attitude comme « aristocratique ».

Pendant des décennies Matzneff a bénéficié de la complaisance, voire de la bienveillance des mondes littéraire, médiatique et politique (même de « droite »). Nous l’avions de notre côté dénoncé en 2013.
Il « tombe » enfin, bien tardivement, car accusé par une femme qui fut sa victime quand elle avait 14 ans (et lui 50 ans !) et qui a publié récemment un livre racontant cet épisode l’ayant, évidemment, psychologiquement ravagée. La dénonciation de cette femme a eu de l’effet, ce qui n’aurait pas été le cas il y a quelques années (avant les vagues de dénonciation Me too…).
Ce n’est hélas pas un retour de « l’ordre moral » (que dénonçait Matzneff en le datant de 1982, ce qui correspond bizarrement à l’ébruitement de l’« affaire du Coral », dont nous ne connaîtrons pas le fin mot ici-bas…). Non, Matzneff est plutôt victime d’une nouvelle vague de féminisme, mais qui fait écho, pour une fois, à un vrai problème ; ne faisons donc pas la fine bouche.

Toutefois, il y a encore pire de la part du prédateur sexuel Matzneff, et les médias sont extrêmement peu diserts sur ce sujet (pourquoi?).
En effet, il ne s’est pas contenté d’abuser de nombreuses jeunes filles à peine pubères (y compris parfois avec le consentement de leurs coupables parents, déboussolés par Mai 68 et probablement « flattés »). Non, Matzneff a aussi exercé sa prédation envers des garçonnets de 11, 10, 8 ans…
Il ne s’en est pas caché non plus pourtant.
Dans son livre les Moins de 16 ans paru chez Julliard en 1976, il prévenait déjà : « ce qui me captive, c’est moins un sexe déterminé que l’extrême jeunesse, celle qui s’étend de la dixième à la seizième année […]. […] je ne m’imagine pas ayant une relation sensuelle avec un garçon qui aurait franchi le cap de sa dix-septième année. »
Et plus clairement encore, dans
son livre Un galop d’enfer (journal intime paru en 1985) : « Journée délicieuse, entièrement consacrée à l’amour, entre ma nouvelle passion, Esteban, beau et chaud comme un fruit mûr, douze ans, le petit que j’appelle Mickey Mouse, onze ans et quelques autres, dont un huit ans. […] Il m’arrive d’avoir jusqu’à quatre gamins – âgés de 8 à 14 ans – dans mon lit en même temps, et de me livrer avec eux aux ébats les plus exquis […] ». De nombreux autres extraits sont plus éloquents mais trop répugnants (franchement pornographiques) pour que nous les relayions ici.
Comment se fait-il qu’il n’ait pas été inquiété par la police et ni même par les gros médias jusqu’ici ?!
Un indice dans cet autre extrait :
« Mes amis pédophiles peuvent témoigner que ce n’est qu’exceptionnellement que j’utilise les réseaux de notre secte, où l’on se refile les gosses, et où l’unique séduction est celle du portefeuille. »
« Notre secte »…
Effectivement, les pédomanes (terme préférable à pédophiles) sévissent en réseau, un réseau aussi solide que secret : ils s’aident, ils se protègent. On y retrouve des politiciens de haut niveau, des juges, des journalistes, des comédiens, des pontes de la hiérarchie occulte (franc-maçonnerie)… Des noms sont connus dans ces milieux mais faute de preuve, il est délicat de lancer les accusations. La police, elle, ne fait rien, selon ses ordres.
Matzneff fut d’ailleurs – particulièrement dans les années 70 et 80, quand ça n’émouvait pas grand monde – un militant de la « pédophilie ». Voir ici des détails sur cet aspect.

Matzneff ne fut pas non seulement laissé tranquille par le Système : il fut choyé.
Les prix littéraires abondèrent (Académie français, Goncourt…).
Mais la bienveillance était aussi très matérielle :
• il jouissait depuis 26 ans d’un logement HLM attribué par la ville de Paris, situé dans un immeuble ancien du Quartier latin (34 m² pour 348 € par mois)… Aucun contrôle de revenus n’aurait été réalisé depuis 25 ans, comme c’est pourtant la règle pour les locataires de HLM.
• il avait également bénéficié de ses relations avec la sphère politique pour obtenir une bourse du Conseil national du livre (CNL) : 160 000 euros en vingt ans, sur nos impôts !

Il y a hélas un autre aspect de cet affaire ignoble qu’il faut constater et évoquer : la complaisance et même la sympathie dont Matzneff a bénéficié dans les milieux « de droite » ou « dissidents ».
Parce que certains de ses paragraphes étaient de saveur réactionnaire sur tel ou tel sujet, ou bien qu’il était opposé à l’agression otanesque contre la Serbie, on s’est plu à l’inviter dans certains milieux, on s’est enorgueillit de fréquenter cette vedette du Quartier latin.
Le pédocriminel Matzneff (nous rejetons évidemment sa fausse distinction entre les méchants pédophiles et les gentils pédophiles – qui eux, ne violeraient pas) fut édité chez des maisons réputées « de droite » (La Table ronde, l’Âge d’homme…), il eut droit, jusqu’à très récemment, à des entretiens avec des journaux « de droite », avec des sites « de droite », dans des émissions sur Radio Courtoisie. Il collabora au Choc du Mois. Il eut droit au « prix du livre incorrect » présidé par le faux historien de droite Jean Sévillia… On le défendait encore il y a peu, sur le principal site dissident, quant à son rapport aux adolescentes…
Tout cela peut révéler, à ceux qui l’ignoraient, les maux qui rongent ces milieux et les condamnent non seulement à l’inefficacité mais à la honte : l’absence de rigueur et de cohérence intellectuelles (de doctrine) ainsi que le relativisme moral.

Ceux qui connaissent la « Nouvelle Droite » (courant idéologique néo-païen et européiste, anti-moderne sur certains points, et qui raille la morale chrétienne – courant dont etait proche Matzneff, se déclarant « à la fois païen et chrétien » et « athée ») seront un peu moins surpris de voir que la figure de proue de cette mouvance (et pas que lui), Alain de Benoist, défend vigoureusement Matzneff.
Enfin, peut-être pas à ce point quand même…
Jetons en effet un coup d’œil sur la revue phare de la Nouvelle Droite, Éléments, en 1986 (n°60). De Benoist y évoque deux des livres les plus crus de Matzneff (Les Moins de 16 ans et Un Galop d’enfer), dans un article exalté intitulé scandaleusement L’Archange Gabriel :
« D’où l’innocence perverse des midi-deux heures et des cinq à sept (l’heure du goûter) entre la patinoire Molitor, la piscine Deligny, le lycée Paul-Valéry et les résultats du bac. (Aveux sans fard, cynisme compris : “Ce qu’il y a d’agréable avec les très jeunes, c’est qu’entre le bahut et papa-maman elles ne sont guère libres, et qu’on ne les a pas tout le temps sur le dos”). S’ajoutait à cette confession, qui n’a surpris que ceux qui le voulaient bien, un engagement résolu en faveur du génie de l’enfance contre la médiocrité satisfaite des grandes personnes qui donnent des leçons de morale du haut de leur suffisance, et contre l’encroûtement familial (“Ah ! la famille ! quelle invention du diable !”). “L’univers où se meuvent les enfants (je veux dire : que leur imposent les adultes), écrivait Matzneff, est pour l’ordinaire d’une telle bassesse, d’une telle vulgarité, d’une telle déliquescence intellectuelle et morale, que c’est faire oeuvre sainte que de leur apprendre à les mépriser et de les aider à s’en échapper.” [quelle ignoble inversion morale !  NDCI] Une confidence, enfin : “Si j’aime l’extrême jeunesse, c’est parce qu’elle me rend à la part la plus pure, à ce qu’il y a de meilleur en moi.” Avec de tels propos, Gabriel Matzneff ne pouvait évidemment espérer obtenir la médaille en chocolat des associations de parents d’élèves ni le prix du Quai des Orfèvres (section Brigade des mineurs). Il ne pouvait, au contraire, que scandaliser les ligues de vertu et les majorités morales, les esprits pincés, les fesses serrées, les pères-poules et les mâchoires carrées (…). »
Le chef de file de la « Nouvelle Droite » d’ajouter : « Bien des imbéciles se sont horrifiés de la publication des Moins de 16 ans. […] Quant aux jeunes personnes qui fréquentent Gabriel Matzneff, je ne doute pas qu’elles apprendront à son contact plus de choses belles et élevées que dans la vulgarité et la niaiserie que sécrète à foison leur vie familiale et scolaire. […] et je tiens ce livre salubre pour un acte de courage qui mérite d’être salué ».
Il n’a pas de mots assez durs contre ceux qui ne goûtent pas les écrits et l’activité de Matzneff, « qui [l]‘enchante de ce qu’il écrit et [l]‘honore de son amitié ». « Les gens qui n’aiment pas Matzneff me sont immédiatement antipathiques », déclarait-il encore en 2012. Et, par exemple, toujours dans ce numéro 86, à propos de « l’œuvre » de son ami qu’il qualifie souvent d’« aristocratique » (comme lui, faut-il croire) : « les réactions hostiles qu’elle suscite ont valeur de signe : elles désignent immanquablement les natures méprisables, les natures basses de ceux qui, quoi qu’ils en aient par ailleurs, sont fondamentalement étrangers à toute aristocratie spirituelle. On peut même en faire un test : entre ceux qui aiment Matzneff et certains de ceux qui ne l’aiment pas, il passe à mes yeux une frontière infranchissable, qui vaut tous les poteaux indicateurs. »

Nous serons au moins d’accord sur cette dernière phrase.

Merci à Stéphane