C’était un… 27 mars.

1378 : mort, Rome, de Grégoire XI. Né Pierre Roger de Beaufort, il est à ce jour le dernier pape français. Cardinal et prieur sans être prêtre, il avait gagné « l’estime de tous par son humilité et sa grande pureté de cœur » et fut élu rapidement et à l’unanimité par le conclave. Ordonné, sacré puis courronné pape dans la foulée, il poursuivit la réforme de l’Église entreprise par ses prédécesseurs, tenta de réconcilier les rois de France et d’Angleterre – mission vouée à l’échec –, pacifia la Castille, l’Aragon, la Navarre, la Sicile et Naples, déploya beaucoup d’efforts pour réunir à Rome l’Eglise grecque dissidente et entreprit une nouvelle croisade.

1482 : mort, à Bruges, des suites d’une chute de cheval, de Marie de Bourgogne. Fille unique du duc Charles le Téméraire, elle s’était retrouvée, à 19 ans, à la tête d’un duché bourguignon fragilisé. Promise par son père à tous les princes d’Europe, elle passa son règne de cinq ans à résister au roi de France qui voulait récupérer la Bourgogne. Son mariage en 1477 avec Maximilien d’Autriche orienta pour près de deux siècles la géopolitique de l’Europe. Elle fut la mère de Philippe le Beau, père de Charles Quint.
Louis XV, après la prise de Bruges en 1745, dit en considérant son mausolée : « Voilà le berceau de toutes nos guerres. »

1854 : face à l’expansionnisme de la Russie, la France et le Royaume-Uni lui déclarent la guerre et s’engagent dans la guerre de Crimée, aux côtés de la Turquie. Le conflit s’achèvera deux ans et demi plus tard par la défaite de la Russie, avec environ 700 000 tués (aux deux tiers Russes).

1902 : après des moments difficiles face aux syndicats rouges et leur violence, des ouvriers non communistes et réticents à la grève s’organisent de leur mieux dans toute la France et inaugurent ce jour le premier congrès national des « Jaunes », mot dont on les a surnommés. Cette expérience d’un syndicat nationaliste et conservateur sera dirigée par l’ouvrier horloger Charles Biétry, et le Figaro écrira quelques mois plus tard : « On avait commencé par les tourner en ridicule, et voici qu’il faut compter sur eux. Ils n’étaient qu’une minorité courageuse; aujourd’hui, ils sont une force. » On évoquera le chiffre de plus de 300 000 membres.
► sur ce thème, on peut lire un petit livre qui lui a été consacré.

 

1944 : Biarritz est bombardée par les Anglo-américains.
Ce jour-là, un raid aérien des alliés a lieu sur la ville et fait de nombreuses victimes civiles (environ 117 morts et 250 blessés).
► Voir la description de ce crime en fin d’article.

Sur les bombardements alliés ayant ravagé la France en général, on peut lire notamment deux livres : Les Français sous les bombes alliés d’Andrew Knapp et La France sous les bombes américaines de Jean-Claude Valla.
Ces bombardements ont fait près de 100 000 morts parmi les civils français !
On n’en parle jamais, contrairement à d’autres choses qui concernent beaucoup moins les Français.

1949 : début de la déportation massive des Baltes. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie sont occupés par l’Armée rouge et annexées, devenant des républiques de l’URSS. Qualifiés « d’ennemis du peuple », plus de 90 000 Baltes – 20 000 Estoniens (2,5 % de la population), 40 000 Lettons et 25 000 Lituaniens – sont déportés durant quatre jours vers les régions les plus inhospitalières de l’Union soviétique, en Sibérie. Il s’agissait de faciliter la collectivisation forcée des campagnes en éliminant toute personne susceptible de soutenir la guérilla anticommuniste des « Frères de la Forêt ».
► sur ce dernier thème, on peut lire La résistance antisoviétique et anticommuniste en Europe de l’est de 1944 à 1956.

1973 : Marlon Brando refuse un Oscar, pour son jeu dans Le Parrain, afin de dénoncer le rôle réservé selon lui aux Amérindiens dans les films américains. Il délègue une actrice et activiste améridenne pour le faire savoir. A la mort de celle-ci en 2022, ses sœurs révélèrent qu’elle avait menti sur ses origines et qu’elle était en réalité simplement d’ascendance mexicaine.

2002 : à la fin du conseil municipal de Nanterre (Hauts-de-Seine), Richard Durn abat huit élus et en blesse 19 autres avec des armes à feu. Arrêté, l’homme se suicide le lendemain, en pleine garde à vue, en se défenestrant quai des Orfèvres. C’était un membre très actif des « Verts » et de la « Ligue des droits de l’homme », qui n’ont évidemment nullement été mis en cause, alors que s’il s’était agi d’organisations de droite, elles auront été l’objet d’une campagne de haine et dissoutes.

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Voici comment raconta cette affreuse journée La Gazette de Bayonne, Biarritz et du Pays Basque, dans son édition du 28 mars 1944 (source Pays basque d’antan) :

« Biarritz victime d’un raid terroriste anglo-américain.

On compte de nombreux morts et blessés. Les dégâts sont considérables.

Biarritz bombardée.
Biarritz plongée dans le deuil et la désolation.

Aucun esprit sensé n’eût pu raisonnablement penser à une pareille éventualité.L’indignation sera grande, partout où cette nouvelle sera connue. Car personne n’admettra un instant que notre station pût abriter des objectifs militaires. Et les Anglo-Américains, autant que tous autres et dont certains venaient chaque été bénéficier des bienfaits exclusivement touristiques, savaient fort bien qu’en passant dans le ciel de Biarritz aucun motif de guerre ne pouvait leur faire actionner le redoutable manche qui laisse s’éparpiller dans l’air les bombes meurtrières.
Pourtant la réalité effroyable est là.

Depuis hier, les Biarrots connaissent les terribles effets de la guerre aérienne.

Quand on leur en parlait, quand, par les journaux, ils apprenaient que telle et telle ville innocente de notre pays avaient été touchées par les bombardiers terroristes, ils réalisaient mal l’atroce guerre que font les Anglo-Américains.

Aujourd’hui, ils la connaissent. Et dès hier soir on entendait les réflexions des plus indifférents : c’est horrible, tant de morts, tant de blessés, tant de dégâts. Pour quelle raison?…D’autres qui commençaient à réfléchir envisageaient d’autres conséquences de la guerre : celles du fameux débarquement qui serait, bien entendu, précédé du grand pilonnage aérien.

Il a fallu l’épreuve terrible d’hier, il a fallu le chapelet meurtrier des terroristes de l’air, pour que Biarritz réfléchisse, pour que Biarritz comprenne…

Une autre terrible leçon s’impose depuis hier à tous les esprits : c’est celle de la prudence. Combien sont descendus dans les caves, dans les abris au moment de l’alerte? La majorité des Biarrots seront contraints d’avouer qu’ils étaient aux fenêtres ou dans la rue. Et c’est la raison pour laquelle le premier bombardement de Biarritz a fait tant de victimes. Soyons certains qu’à la prochaine alerte chacun prendra les précautions nécessaires.

Mais, hélas! la leçon aura été dure.

C’est à 14 h. 25 qu’a été donnée l’alerte. Peu après on aperçut, venant de l’ouest, un groupe de 11 avions, suivi d’un deuxième de 12 appareils, d’un troisième de 25 et enfin, un peu plus tard, d’un quatrième, formé de 9 avions.

C’est le dernier groupe qui laissa tomber sur la ville son redoutable chargement. Ce fut un moment d’affolement et de stupeur. Puis, la vague passée, on se ressaisit. Tous les services de la Défense Passive, les pompiers, la police, la gendarmerie furent immédiatement sur le pied de la guerre, organisèrent les secours.

Les dégâts étaient effroyables.

Quantité d’immeubles et maisons sont en miettes et les bombes, en démolissant, ont soufflé littéralement tout ce qui se trouvait alentour.

C’est un véritable spectacle de désolation.

Des maisons sont littéralement coupées en deux, des magasins ont été pulvérisés; partout des volets pendent lamentablement, des balcons, des corniches semblent ne tenir que par miracle. Les rues tout entières sont jonchées de débris de toutes sortes. Des milliers de vitres et vitrines jonchent les trottoirs. Dans les ouvertures béantes des maisons on aperçoit des vêtements, des objets de ménage. Curieux effets du bombardement, là où les murs sont intacts, tout l’intérieur a volé en éclats. De grands édifices ont souffert. Une église elle-même n’a pas été épargnée. Un garage est anéanti avec de nombreuses voitures et tout ce qui entoure la place voisine n’a pas résisté au souffle infernal.

Bien entendu, aussitôt après le bombardement les services de Défense Passive ont organisé les secours dans chaque secteur atteint et se sont occupés de dégager les victimes; on s’aperçut rapidement qu’elles étaient nombreuses du fait même qu’elles n’avaient pas cessé de vaquer à leurs occupations. Les morts étaient transportés dans une salle du Grand-Hôtel, dans ce lieu où la veille encore la kermesse de la Croix-Rouge déroulait ses attractions. Les blessés étaient transportés par divers moyens à la Maison de Secours, à la clinique Leroy, à l’hôpital de Bayonne. Certains étaient dans un état lamentable et ne devaient pas tarder à succomber; la liste tragique allait s »allonger durant la nuit.

Le nombre des morts est grand, et aussi celui des blessés dont beaucoup sont dans un état grave. Tous les morts qui ont été transportés au Grand Hôtel n’ont pu être identifiés, des femmes en particulier, qui n’ont aucun papier. D’innombrables sinistrés ont dû chercher asile chez des parents ou des amis; d’autres vont être obligés de quitter leur logement, aucun propriétaire n’étant en mesure, à l’heure actuelle, par suite du manque de main-d’oeuvre et de matériaux, de faire procéder à des réparations.

Outre les services de Défense Passive, des Pompiers, de la Croix-Rouge, du Corps Médical, il faut signaler la conduite exemplaire de nombreux volontaires. D’autre part, les services de police, sous la conduite de M. Bastet, commissaire de police et de gendarmerie sous la direction de l’adjudant-chef Dauré se sont dépensés sans compter et ont assuré une garde de jour et de nuit consécutives.

Du renfort est arrivé dans la matinée et une cinquantaine d’agents de la brigade de Bordeaux épauleront l’effort de notre police locale. Il faut prévoir, en effet, une surveillance constante des quartiers sinistrés.

Des scènes affreuses se sont déroulées à certains points de chutes de bombes; des gens ont été projetés avec une puissance inouïe contre le mur des maisons et tués sur place; d’autres réduits en bouillies, corps et vêtements dispersés en lambeaux…

Sur une place où travaillaient six ouvriers, cinq d’entre eux ont été projetés à une grande distance et tués net; le sixième avait eu la précaution de descendre à la tranchée.

Plusieurs membres d’une même famille ont péri, ici le père et le fils, là la grand-mère et la petite-fille.

La consternation se lisait hier soir sur tous les visages et on était atterré du nombre des victimes on faisait cependant remarquer que le bombardement coïncidait avec la fermeture des magasins et cette circonstance a fait qu’on n’ait pas encore davantage de victimes à déplorer.
Biarritz fêtait hier une radieuse journée de printemps. Les vandales sont passés et il ne reste plus dans notre station au passé resplendissant que deuils et que ruines. »

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