C’était un… 12 avril

1704 : mort, à Paris, de Jacques-Bénigne Bossuet, le plus grand prédicateur du siècle de Louis XIV, le « grand siècle » français.
Ses oraisons funèbres, en particulier celles d’Anne d’Autriche (1667) et du Grand Condé (1687), demeurent des modèles. Théoricien de l’absolutisme, il fut aussi le chef spirituel de l’épiscopat français et défenseur d’un certain gallicanisme.
On pourra lire notamment ses Elévations sur les mystères (méditations) et la vie cachée en Jésus-Christ.

1882 : mort de Charles Darwin, naturaliste anglais, père de la théorie de l’évolution. On peut lire une critique de cette théorie notamment dans le livre Le Darwinisme tient-il debout ? ainsi que dans les ouvrages de Dominique Tassot.

1961 : sur ordre de de Gaulle, libération de 700 terroristes du FLN.

1962 : assassinat du jeune Robert Boissières, qui venait tout juste d’avoir 20 ans, par des gendarmes en goguette, qui étaient devenus, depuis le pseudo-cessez-le-feu gaulliste du 19 Mars, des alliés irréprochables du FLN.

Extrait d’Aspects de la France du jeudi 19 avril 1962 (qui devait donc modérer son propos à cause de la censure gaulliste) :

« Le 12 avril 1962, vers 23 heures, un peu avant le couvre-feu, un jeune Français de 20 ans, étudiant en 1ère année de Droit, Robert Boissières, a été tué par les « forces de l’ordre », une patrouille de gendarmerie de l’Air, près du Rectorat, route du Golf à Alger.
Il venait, avec quatre camarades, dont son frère, âgé de 18 ans, d’apposer des inscriptions « O.A.S. » dans le quartier.
Ils rentraient chez eux lorsque, entendant une voiture militaire, ils se cachèrent dans le rebord du talus, parmi les herbes. C’est là que sans sommation aucune, Robert Boissières fut exécuté d’une rafale de mitraillette, tandis que son camarade, Jean Zonza, 21 ans, étudiant en médecine, était grièvement blessé.
Le quartier fut mis en émoi par cette rafale et en particulier les parents de Robert qui habitent au Clair Logis des P.T.T. Son père, inquiet, descendit immédiatement sur les lieux du drame. Il rencontra un militaire qui lui annonça froidement qu’il venait de « fusiller » un jeune, en même temps qu’il lui tendait la carte d’identité de sa victime. Douleur du pauvre père lorsqu’il reconnut que c’était celle de son fils.
[…] Les obsèques de la jeune victime ont été célébrées ce matin, lundi 16 avril, à 9 heures, à la « sauvette ». On avait interdit tous faire-part et communiqués dans les journaux. On craignait l’affluence… J’y suis allé avec mes enfants et deux camarades de Robert Boissières.
Malgré toutes les précautions prises par les autorités, il y avait plus d’un millier de personnes à suivre ce malheureux convoi de quelques mètres dans le cimetière de Saint-Eugène, entre la morgue et le dépositoire. Mais obsèques émouvantes, bouleversantes dans leur simplicité, dans leur clandestinité. Foule digne, très impressionnée… Les martyrs de la foi en ont eu d’identiques, et de telles morts, de telles obsèques ne peuvent qu’affermir une religion ou un idéal…
Le jeune frère de Robert, retenu à l’école de police d’Hussein Dey, n’a pas été autorisé à rendre ce dernier hommage… Quelle tristesse. […]
Après cette pénible cérémonie, je suis allé ensuite, seul, me recueillir sur les lieux du drame. À l’endroit où est tombé ce pauvre enfant : des bouquets de fleurs, quelques-uns avec ruban tricolore et contre le tronc d’un arbre mort trois lettres sont épinglées : celle d’une mère bouleversée, et deux autres écrites par des camarades de la victime. Lettres qui crient une indignation bien légitime… »

Personne n’a eu vent d’une enquête, ou d’une sanction. Mais le meurtre de patriotes par les forces de l’ordre ou les barbouzes recrutées par le pouvoir était chose courante à cette époque.

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