Police et francs-maçons : « Ordinairement pistonnés et intouchables »

Extrait du livre témoignage « Flic – Chroniques de la police ordinaire » du lieutenant de police Bénédicte Desforges :

J’avais entendu parler de cette chose comme d’une sorte de secte dont les membres se reconnaissaient par des signes invisibles des profanes. Je me suis documentée, et j’ai lu que cette chose qui rayonnait (comme ils disent) à travers le monde avait une vocation humaniste. Et puis j’ai appris qu’il y avait plein de francs-maçons dans la police, alors, j’ai naïvement pensé que police et humanisme faisaient bon ménage et que c’était une bonne chose. J’étais loin du compte…
J’ai été approchée (comme ils disent) trois ou quatre fois. Cette approche se faisait sur le ton du secret : « Il faut que je te parle de quelque chose d’important, mais n’en dis mot à personne… » Et là, on me proposait une initiation (comme ils disent) sous couvert de fournir préalablement quelques petits travaux écrits, sur la laïcité par exemple, ou les droits de la femme. L’un et l’autre thèmes me semblaient pourtant hors sujet. Parler de laïcité lorsqu’on affectionne des rituels parareligieux dignes de pratiques moyenâgeuses, ou des droits de la femme en s’interdisant d’appliquer le principe de mixité dans la plupart des loges (comme ils disent), me paraissait tordu. Et rien que ça, qui me semblait tout droit sorti d’un autre âge, me confortait dans l’idée qu’il y avait entorse à la vocation originelle des droits de l’homme (et de sa femelle) qu’ils présentaient pourtant comme leur bible.
Appartenant à une administration où l’obligation de réserve et de discrétion est largement de rigueur, la perspective du silence auquel est réduit l’apprenti (comme ils disent), ne me séduisait guère plus. Apprendre à écouter, prétextaient-ils… Mais moi, je pensais au vœu de silence des moines, qui entre eux s’appellent aussi « frères ». Et puis surtout, s’intégrer dans une autre hiérarchie, il fallait vraiment en avoir envie.
Un des plus exaltés, une espèce de fasciste de gauche à géométrie politiquement variable, et gardien de la paix à temps perdu, m’avait évoqué une seconde naissance, une voie vers la lumière. Il était persuadé que j’avais ma place parmi eux, et désirait me réconcilier avec le concept. Mais le connaissant plus machiavélique que lumineux, son discours néomystique m’avait paru suspect. Il m’avait décrit par le menu et d’un ton passionné la cérémonie initiatique, et j’avais eu la délicatesse d’attendre la fin de son exposé pour éclater de rire. Il m’a définitivement achevée quand, dans une ultime parade de séduction, il a fièrement passé ses gants blancs, son sautoir (comme ils disent) et son tablier, et que je lui ai trouvé un air de soubrette lubrique.
Il m’avait énuméré les francs-maçons qui m’entouraient au boulot. J’ignorais tout de leur occulte particularité, bien sûr. Mais même à les regarder de cet oeil averti, je n’avais pas su détecter l’étincelle d’un humanisme hors du commun. Ordinairement pistonnés et intouchables, rien de plus… La plupart étaient des délégués de syndicats, de mutuelles, de l’orphelinat, ou des trois à la fois, et le rayonnement policier de leurs vertus restait, par la force des choses, dans les basses fréquences. Et il y avait le patron…
« Aaah, le patron ! me disait-il. J’en fais ce que je veux, on est dans la même fraternelle ! (comme ils disent).
– Ah ? Ça se passe comme ça ?
– Évidemment, et c’est là tout l’intérêt, le court-circuit… »
Et il m’avait touché deux mots de cette hiérarchie parallèle en perpétuelle interférence avec la hiérarchie officielle, et de l’avantage à être franc-maçon en matière d’avancement de carrière, de mutation et de nomination aux postes influents ou aux planques.
Je n’aime pas ceux qui croient penser mieux et plus haut que les autres.
Je n’aime pas les conspirations du silence.
Je n’aime pas l’embrigadement.
Je n’aime pas les tours d’ivoire.
Je n’aime pas les hiérarchies.
Je n’aime pas les magouilles.
Et j’ai toujours dit non…
L’humanisme était un prétexte, mais le pouvoir une réalité.
Les soi-disant nombreux et influents francsmaçons de la police nationale ne sont qu’une sorte de Rotary Club où la coutume dominante est l’échange de services, et le passe-temps la chasse aux sorcières profanes. Et les procès en sorcellerie. Sans jugement. Sans justice. Ni conseil de discipline. Juste dans le secret des commissions administratives paritaires. Et de leurs backrooms…
Ça doit être un rite accepté (comme ils disent).

16 commentaires concernant l'article “Police et francs-maçons : « Ordinairement pistonnés et intouchables »”

  1. Il faut savoir que les représentants syndicaux de la police sont quasiment tous francs-macs. Quant aux haut-gradés, ils le sont tous.

    Mais comme le dit Bénédicte Desforges, la plupart le sont par intérêt et non par idéologie ou mysticisme.

  2. Parce que certains se découvrent pour initier les nouveaux (pour convaincre le gradé ils lui ont dit que ts les gradés sont FM.) De plus dans certaines régions ils se cachent de moins en moins.

  3. c’ est peut-être ce qu’ ils lui ont dit mais je doute que l’ on puisse faire entièrement confiance à leur parole…
    Ce peut n’ être que du marketing.

  4. Elle n’aime pas la hiérarchie?
    Que fait elle dans la police?
    Je pense qu’il s’agit d’une propagande bien que cela porte à réflexion…

  5. Drôle de FM qui a énuméré tous ses frères rompant ainsi son serment !!! Encore du fantasme su la Franc Maçonnerie !!!

  6. Bonsoir,

    Très sincère je n’y crois pas. Ou bien il est tombé dans un nid de pourris.
    A la DDSP où je travaille, sur 500 collègues il y a 5 ou 6 maçons, dont la moitié d’officiers, soit 10% de la trentaine d’officiers. Les autres sont gardiens ou administratifs. Ils sont de plusieurs obédiences, aussi bien GOdF que GLNF, pourtant antagonistes, et pas tous cooptés par des collègues (soit par candidature spontanés ou cooptés par des amis du privés).
    Et sans êtres meilleurs que des « profanes », ce sont des gens de qualité, humbles, dévoués au travail et respectueux de leur hiérarchie.

    Signé : un des 5…

  7. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur tes raisons (je n’aime pas ceux…). De plus qu’est ce que c’est que ces gens qui se prétendent ouverts et qui se livrent à des rituels ridicules dignes du moyen age le plus obscurantiste. Pourquoi ce secret. Les « journées porte ouverte » qu’il font de temps en temps ne montrent rien de ce qu’ils font vraiment et veulent juste rassurer le « peuple ». Cette secte qui ne s’avoue pas comme telle ne sert qu’à la promotion dans les administrations qui vont contre le principe de l’avancement par concours. Il y a des arrangements entre fontionnaires de différents niveaux, par exemple un plus initié chez les franc macs et un moins initié franc mac mais plus bas dans la hiérarchie officielle par grade.
    Quand à ce que dit Zeric, je ne m’étonne pas que ses collègues franc macs soient « respectueux de leur hiérarchie » (lol) !
    signé Zorro

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