Le général Desportes limogé pour avoir critiqué la stratégie américaine en Afghanistan

Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a annoncé mercredi qu’il allait sanctionner le général Vincent Desportes, directeur du Collège interarmées de défense (CID), pour des propos jugés non-orthodoxes, à propos de la guerre d’Afghanistan où la France vient de perdre son 45e homme au combat.

Quel crime a donc commis le général Desportes, trente-huit ans de service derrière lui et proche d’un départ à la retraite ? Il a émis des doutes, dans une interview au Monde, en réaction aux remous provoqués par l’éviction du commandant des forces de l’Otan en Afghanistan, sur la stratégie définie par Barack Obama. Stratégie qui s’applique aussi à la France, placée en Afghanistan sous les ordres du général McChrystal hier, et de son successeur, le général David Petraeus aujourd’hui.

Le général Desportes y faisait une évaluation très sombre de l’évolution de la guerre en Afghanistan où, disait-il, « la situation n’a jamais été pire ». Il rappelait que juin avait été le mois le plus meurtrier pour la coalition internationale opposée aux talibans, et mettait en cause la manière de combattre imposée par le commandement américain pour limiter les victimes collatérales civiles.

Il ajoutait un jugement plus général sur la stratégie :

« L’affaire McChrystal révèle une faiblesse. Le chef de l’exécutif aurait pu morigéner son chef militaire et le renvoyer au combat, comme l’avait fait Roosevelt avec le général Patton, qui avait dû s’excuser d’avoir giflé un soldat. Tout se passe comme si le Président n’était pas très sûr de ses choix. Il a limogé deux généraux en l’espace d’un an, David McKiernan, qui prônait la tactique américaine traditionnelle de la force, et McChrystal, qui avait l’option inverse. Il a choisi une voie moyenne qui peine à fonctionner.

A l’issue des débats sur les renforts nécessaires, il y a un an, il a opté pour 30 000 soldats de plus. Tout le monde savait que ce devait être zéro ou 100 000 de plus. On ne fait pas des demi-guerres.

Si la doctrine McChrystal ne fonctionne pas ou n’est plus acceptée, il faudra bien revoir la stratégie. Et il n’y a plus qu’une option : celle du vice-président Joseph Biden, qui dit que l’Amérique a d’autres intérêts stratégiques que l’Afghanistan, qu’elle est piégée là par une guerre sans fin, et qu’il faut en sortir, en réduisant les troupes à une capacité de frappes ponctuelles contre Al Qaeda.

Des trois lignes d’opérations, la sécurité, la gouvernance, le développement, Joseph Biden dit que seule la première marche -relativement. Le problème sera de réconcilier la stratégie avec ceux qui la mettent en œuvre. Il faudra aussi, probablement, repousser la date du retrait d’Afghanistan. »

Pour Morin comme Obama : pas de doutes en public

En sanctionnant le général Desportes pour avoir oublié que l’armée était la « grande muette », Hervé Morin s’aligne sur l’attitude de Barack Obama vis-à-vis du général McChrystal : on n’exprime pas de doutes en public.

Dans le même temps, le ministre de la Défense prend le risque de vouloir étouffer dans l’œuf un débat pourtant indispensable sur la manière dont est menée cette guerre en Afghanistan. Un débat inexistant en France, ni au Parlement qui a démissionné une fois pour toutes de ses responsabilités par rapport au « domaine réservé » du Président (affaires étrangères et défense), ni dans l’opinion, malgré les morts.

Mardi, l’Elysée a annoncé la mort d’un sous-officier français du 13e régiment de génie des suites de ses blessures après l’explosion d’un engin artisanal lors d’une opération de reconnaissance au nord-est de Kaboul. La 45e victime française depuis le début de l’engagement en Afghanistan.

Mais au-delà de ce « body count » (bilan des victimes) à la française, c’est le silence radio sur une stratégie qui, il est vrai, est exclusivement définie à Washington et exécutée par les troupes de l’Otan, c’est-à-dire sous commandement américain. Le général Desportes sera donc sanctionné pour avoir voulu susciter un débat que l’Elysée ne veut surtout pas voir éclater en France. Circulez, y’a rien à voir.

Source (merci à Sylvain)

2 commentaires concernant l'article “Le général Desportes limogé pour avoir critiqué la stratégie américaine en Afghanistan”

  1. Quand la Grande Muette devient trop bavarde, surtout quand son propos est pertinent, la sanction du pouvoir est immédiate !
    Je ne comprends pas pourquoi un conseil avisé d’un haut gradé devrait souffrir la sanction de politiques ignorants du terrain et de la souffrance des hommes sur place!
    D’autant plus quand ces politiques sont à la merci de lobbies aux options plus que douteuses!

  2. L’armee francaise est suppletive des usa et son format actuel ne lui permet plus que des operations pontuelles limitees dans le temps et l’ampleur.
    Vu la privatisation de la guerre l’on peut se poser la question a court terme de son demantelement.
    Et reconnaitre que notre pays n’est plus ce qu’il fut et sans doute ne le redeviendra jamais.
    Pourquoi un navire comme le charles de gaulle ( un seul navire operationnel plus les pannes) a quand une defense europeenne resserree sur 5 a 6 pays.
    Quelles economies sur 15 ans. ( soldes/avantage des generaux de 2 sections et autres retraites et pensions).
    Une reflexion s’impose a court terme.
    Notre armee n’est plus viable et a un coup prohibitif

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