Assurance emprunteur : les banques attaquent la loi sur la résiliation annuelle

Si une loi en faveur des Français est à retenir du quinquennat Hollande, c’est celle sur le droit à la résiliation annuelle de l’assurance emprunteur.

En effet, dans la très grande majorité des dossiers d’emprunts bancaires, les établissements financiers vendent l’assurance en plus du crédit. Cette prévoyance, assure à la banque de recouvrer le montant prêté, même en cas de décès, d’invalidité ou d’un arrêt de travail prolongé de l’emprunteur.

Ces assurances de groupe (bancaire), sont très souvent bien plus onéreuse qu’une assurance individuelle, dont le coût diminue à mesure que les échéances remboursent le capital emprunté.

Avant la loi de février 2017, l’emprunteur ne pouvait changer d’assurance, qu’au cours de la première année du remboursement de crédit. Désormais, pour les nouveaux crédits, la loi permet de changer d’assurance chaque année. Par souci d’équité, la loi prévoit d’étendre cette libéralité à l’ensemble des prévoyances de prêt, à partir du 1er janvier 2018. On devrait donc pouvoir changer d’assurance emprunteur dès 2018, même pour un crédit contracté il y a plusieurs années.

Seulement voila, les banques n’entendent pas abandonner de juteux bénéfices aussi facilement. A trois mois de l’échéance, le lobby bancaire attaque en justice cette mesure favorable aux Français…

Pour casser le texte, la Fédération bancaire française (FBF) a porté le dossier devant le Conseil d’État le 27 juillet dernier, en lui demandant d’annuler l’arrêté du 14 juin 2017 relatif au format et au contenu de la fiche standardisée d’information.

A l’appui de cette requête, la FBF a demandé le même jour au Conseil d’Etat de renvoyer au Conseil constitutionnel la question de la conformité des dispositions concernant la résiliation annuelle de l’assurance de prêt immobilier à la constitution (question prioritaire de constitutionnalité -QPC).

La Fédération bancaire française soutient notamment que celles-ci portent atteinte aux principes d’égalité devant la loi et au droit au maintien de l’économie des conventions légalement conclues. En clair : le fait de pouvoir résilier tous les ans les contrats d’assurance emprunteur modifie l’économie des contrats tels qu’ils ont été proposés et vendus.

La FBF a été rejoint dans son action par plusieurs organismes assureurs : les sociétés Assurances du Crédit mutuel, BPCE Vie SA, Cardif Assurance Vie, CNP Assurances, HSBC AssuranceVie (France), Prédica – Prévoyance dialogue du Crédit agricole, Sogecap et Suravenir.
Ces dernières ont demandé au Conseil d’Etat de faire droit à la demande de renvoi au Conseil constitutionnel de la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par le syndicat bancaire.

Considérant que les dispositions contestées soulèvent une question présentant un caractère sérieux, le Conseil d’Etat a donc décidé de saisir le Conseil constitutionnel en date du 11 octobre. Celui-ci a donc jusqu’au 11 janvier 2018 pour valider ou non la loi.

Ce n’est pas la première fois que le sujet de la résiliation annuelle de l’assurance emprunteur se présente devant le Conseil constitutionnel. Fin 2016, les sages avaient refusé le droit de résiliation annuel de l’assurance de prêt adopté dans le cadre de la loi Sapin II. A l’époque, la censure avait porté sur la procédure et non sur le fond (lire Previssima du 8/12/2016)

Reste que rien n’est gagné à ce stade à moins de 3 mois de l’entrée en vigueur de la loi pour tout le stock de contrats en cours.

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