Tribune libre : « Mélenchon ou Bardella : qui assume vraiment son camp politique ? »

Il est évident que l’antifrançais Mélenchon est plus solide dans ses convictions et face à ses ennemis au pouvoir politico-médiatique, que ne le sont et ne l’ont jamais été Marine Le Pen et son poulain Jordan Bardella.

À ce propos, une tribune libre de Yann Valérie parue sur Breizh infos :

« Il faut parfois savoir reconnaître la cohérence chez son adversaire.

Jean-Luc Mélenchon est aujourd’hui dans la tempête. Après la mort tragique de Quentin, lynché à mort par des Antifas à Lyon, alors que des proches de militants antifascistes gravitent dans l’orbite insoumise, beaucoup attendaient une prise de distance, un désaveu, un sacrifice symbolique pour calmer la meute médiatique.

Il n’en a rien fait.

Au contraire. Conférence de presse organisée avec ses relais médiatiques (avez-vous déjà vu Jordan Bardella ou Marine Le Pen faire une conférence spéciale, dédiée à la presse alternative en France ?) dénonciation d’un « complot », défense assumée de la Jeune Garde dissoute, refus de « chasser » les siens. Et même contre attaque (avec le retour de la menace nazie, du péril fasciste dans le pays, sortez les violons).

Mélenchon a choisi son camp. Il l’assume. Jusqu’au bout. On peut détester ses idées. On peut combattre sa vision du monde. Mais on ne peut pas lui retirer cela : il ne renie pas les siens sous la pression. Il ne jette pas ses militants par-dessus bord à la première bourrasque. Il ne joue pas à l’équilibriste moral. Il y a quelque chose de chevaleresque dans ce comportement. D’humainement beaucoup plus moral et acceptable que certaines cuisines de droite.

Y a-t-il aussi un calcul politique derrière cette posture ? Évidemment. Mélenchon sait que sa base militante attend de lui une fidélité totale. Il sait que son autorité repose sur cette cohérence. Il sait que son camp le respecte précisément parce qu’il ne vacille pas. Il semble aussi avoir compris que sur un même territoire de toute façon, les populations ne seraient pas ou peu réconciliables (les différences politiques, ethniques, religieuses, culturelles étant trop importantes et incompatibles parfois), et qu’il faut donc choisir un camp.

Et la gauche radicale a compris une chose essentielle : un camp politique ne survit que s’il protège les siens.

Pendant ce temps, que fait le Rassemblement national ?

Jordan Bardella affirme qu’il n’a « aucun lien de près ou de loin » avec l’ultradroite. Il promet la dissolution des groupes d’extrême droite comme d’extrême gauche. Il s’empresse de se dissocier de tout ce qui dépasse, de tout ce qui gêne, de tout ce qui rappelle que les idées qu’il porte ont été, pendant des décennies, défendues par des militants bien moins fréquentables aux yeux du système.

Le contraste est saisissant.

D’un côté, une formation politique qui assume son écosystème, même lorsqu’il est contesté, même lorsqu’il est sulfureux, même lorsqu’il dérange.

De l’autre, un parti obsédé par la respectabilité, la normalisation, la « dédiabolisation » permanente. Un parti qui semble vouloir rassurer avant de convaincre. Un parti qui se comporte parfois davantage comme un RPR du XXIe siècle que comme un mouvement de rupture.

La question mérite d’être posée : peut-on prétendre incarner un changement profond tout en coupant les ponts avec ceux qui, hier, ont porté les thèmes aujourd’hui devenus centraux — notamment sur l’immigration, la souveraineté ou l’identité ?

Mélenchon, lui, n’a pas cette gêne. Il parle à son camp. Il protège son camp. Il consolide son camp.

Bardella, lui, parle d’ordre républicain et de dissolutions tous azimuts. Il prend soin de montrer patte blanche. Il craint la photo de trop, le mot de trop, la présence de trop dans une manifestation aux côtés de ceux qui pourtant, ont permis par leur activisme depuis des décennies, d’ouvrir les yeux à des millions de Français sur la question centrale de l’immigration.

La droite dite « nationale » veut gouverner. C’est légitime. Mais à force de vouloir rassurer ceux qui la combattaient hier, et qui la détestent encore aujourd’hui, elle finit par inquiéter ceux qui l’ont fait émerger et sans qui elle ne serait pas là aujourd’hui.

Il ne s’agit pas ici d’adhérer à la vision de Mélenchon. Il s’agit d’observer une mécanique politique. Un leader qui, quoi qu’on pense de lui, ne change pas de cap selon la pression médiatique. Un homme qui tient sa ligne, même lorsque le coût est élevé. La politique est aussi une affaire de fidélité. Un camp qui se sent protégé est un camp qui reste mobilisé.

À droite, la stratégie actuelle consiste à élargir en lissant. À gauche radicale, elle consiste à consolider en assumant. Chacun choisira sa méthode. Mais dans un monde où les convictions se diluent au premier sondage défavorable, il faut bien reconnaître une chose : la constance, même chez l’adversaire, est une force.»

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