15e dimanche après la Pentecôte (textes et commentaire)

Nous vous proposons une présentation des textes liturgiques propres à ce dimanche (rite catholique traditionnel, tel que le suivaient nos aïeux), avec leur commentaire.
Aujourd’hui l’Église nous rappelle l’épisode si touchant de la résurrection du fils d’une veuve par le Christ. L’Épître mérite d’être lu, relu et médité.

« Le Christ nous arrache à la mort du péché, comme il a autrefois arraché le jeune homme de Naïm à la mort naturelle, et en cela il obéit à la compassion que lui inspire notre mère l’Église qui pleure sur les pécheurs, comme il s’était laissé touché par la pauvre veuve désolée qui pleurait son fils. – Il faut que cette vie surnaturelle, qui est celle de l’Église, demeure toujours en nous et porte ses fruits qui consistent à pratiquer l’amour du prochain et la défiance de nous-mêmes, puisque nous ne sommes quelque chose que par Jésus-Christ. (Ép.) »

Dom G. Lefebvre

TEXTES AVEC COMMENTAIRE DE DOM GUÉRANGER
(dans l’Année liturgiquedisponible ici avec ses autres livres)

« L’épisode si touchant de la veuve de Naïm donne aujourd’hui son nom au quinzième Dimanche après la Pentecôte. L’Introït nous présente la forme des prières que nous devons adresser au Seigneur dans tous nos besoins. L’Homme-Dieu a promis, Dimanche dernier, d’y pourvoir toujours, à la condition d’être servi par nous fidèlement dans la recherche de son royaume. En lui adressant nos supplications, montrons-nous confiants dans sa parole, comme il est juste de l’être, et nous serons exaucés.

Introït :
Inclinez votre oreille vers moi, Seigneur, et exaucez-moi. Sauvez, mon Dieu, votre serviteur qui espère en vous. Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que j’ai crié vers vous tout le jour.
Réjouissez l’âme de votre serviteur, parce que j’ai élevé mon âme vers vous, Seigneur.

L’humilité de l’Église dans les supplications qu’elle adresse au Seigneur est pour nous un exemple. Si l’Épouse en use ainsi avec Dieu, quelles ne doivent pas être nos dispositions d’abaissement quand nous paraissons en présence de la souveraine Majesté ? Nous pouvons bien dire à cette tendre Mère, comme les disciples au Sauveur : Montrez-nous à prier [1]Luc. XI, 1. ! Unissons-nous à elle dans la Collecte.

Collecte :
Seigneur, purifiez et fortifiez votre Église par le continuel effet de votre miséricorde ; et puisqu’elle ne peut subsister sans vous, conduisez-la toujours au moyen de votre grâce.

Lecture de l’Épître de saint Paul Apôtres aux Galates :
Mes frères, si nous vivons par l’esprit, marchons aussi selon l’esprit. Ne devenons pas avides d’une vaine gloire, nous provoquant les uns les autres, et nous portant mutuellement envie. Mes frères, si un homme est tombé par surprise dans quelque faute, vous qui êtes spirituels, relevez-le avec un esprit de douceur ; prenant garde à toi-même, de peur que, toi aussi, tu ne sois tenté. Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ. Car si quelqu’un s’imagine être quelque chose, alors qu’il n’est rien, il se séduit lui-même. Mais que chacun examine son œuvre, et alors il aura sujet de se glorifier pour lui seul, et non par rapport aux autres. Car chacun portera son propre fardeau. Que celui à qui on enseigne la parole de Dieu, fasse part de tous ses biens à celui qui l’enseigne. Ne vous y trompez point : on ne se moque pas de Dieu. Car ce que l’homme aura semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème dans sa chair moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui sème dans l’esprit moissonnera de l’esprit la vie éternelle. Ne nous lassons pas de faire le bien ; car, le moment venu, nous moissonnerons, si nous ne nous lassons pas. C’est pourquoi, pendant que nous en avons le temps, faisons du bien à tous, mais surtout à ceux qui sont de la famille de la foi. 

La sainte Église reprend la lecture de saint Paul où elle l’avait laissée il y a huit jours. C’est la vie spirituelle, la vie produite par l’Esprit-Saint dans nos âmes pour remplacer celle de la chair, qui continue d’être l’objet des instructions apostoliques.

La chair une fois domptée, nous ne devons pas croire achevé pour cela l’édifice de notre perfection ; outre que la lutte doit continuer après la victoire, sous peine d’en voir compromettre les résultats, il faut veiller à ce que l’une ou l’autre des têtes de la triple concupiscence ne profite point du moment où l’effort de l’âme est porté ailleurs, pour se redresser, et faire des blessures d’autant plus dangereuses souvent qu’on songerait moins à s’en préserver. La vaine gloire principalement, toujours prête à infecter de son venin subtil jusqu’aux actes eux-mêmes de l’humilité et de la pénitence, demande à l’homme qui veut servir Dieu, et non se plaire à lui-même dans sa vertu, une surveillance des plus actives.

Quelle folie ne serait-ce pas à un condamné racheté par la flagellation de la peine capitale qu’il avait méritée, de se glorifier des coups marqués dans sa chair par le fouet à châtier les esclaves ? Que cette folie ne soit jamais la nôtre ! Il parait bien cependant qu’elle pourrait l’être, puisque l’Apôtre fait suivre immédiatement ses avis sur la mortification des passions de la recommandation d’éviter la vaine gloire. Et en effet, nous ne serons assurés pleinement de ce côté, qu’autant que l’humiliation physique infligée au corps aura chez nous pour principe l’humiliation réfléchie de l’âme devant sa misère. Les anciens philosophes avaient, eux aussi, des maximes sur la répression des sens ; et la pratique de ces maximes célèbres était le marchepied dont s’aidait leur orgueil pour s’élever jusqu’aux cieux. C’est qu’ils étaient loin en cela des sentiments de nos pères dans la foi, lesquels, sous le cilice et prosternés en terre [2]I Par. XXI, 16 ; etc., s’écriaient du fond de l’humaine bassesse, dans l’intime de leur cœur : « Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon votre grande miséricorde ; car j’ai été conçu dans l’iniquité et mon péché est toujours devant moi [3]Psalm. L.. »

Imposer des souffrances au corps pour en tirer vanité, qu’est-ce autre chose que ce que saint Paul appelle aujourd’hui semer dans la chair, pour récolter au temps venu, c’est-à-dire au jour où seront manifestées les pensées des cœurs [4]I Cor. IV, 5., non la gloire et la vie, mais la confusion et la honte éternelle ? Parmi les œuvres de la chair énumérées dans l’Épître précédente se trouvent, en effet, non seulement les actes impurs, mais encore les contentions, les dissensions, les jalousies [5]Gal. V, 19-21., qui naissent trop souvent de cette vaine gloire sur laquelle l’Apôtre appelle en ce moment notre attention. La production de ces fruits détestables serait un signe trop certain que la sève de la grâce aurait fait place à la fermentation du péché dans nos âmes, que, redevenus esclaves, il nous faudrait compter avec la loi et ses sanctions terribles. On ne se moque pas de Dieu ; et la confiance que donne justement à quiconque vit de l’Esprit la fidélité surabondante de l’amour, ne serait plus, dans ces conditions, qu’une contre-façon hypocrite de la liberté sainte des fils du Très-Haut. Car ceux-là seuls sont ses enfants que l’Esprit-Saint conduit [6]Rom. VIII, 14. dans la charité [7]Gal. IV, 13. ; les autres sont dans la chair, et ne peuvent plaire à Dieu [8] Rom. VIII, 8..

Si nous voulons au contraire un signe non moins certain sous les obscurités de la foi que l’union divine est notre partage, au lieu de prendre occasion, pour nous enfler vainement, des défauts et des fautes de nos frères, soyons indulgents pour eux dans la considération de notre propre misère ; tendons-leur, quand ils tombent, une main secourable et discrète ; portons mutuellement nos fardeaux dans le chemin de la vie : et alors, ayant t ainsi rempli la loi du Christ, nous saurons [9]I Jean. IV, l3. que NOUS DEMEURONS EN LUI ET LUI EN NOUS. Car ces ineffables paroles employées par Jésus pour marquer son intimité future avec quiconque mangerait la chair du fils de l’homme et boirait son sang au banquet divin [10]Jean. VI, 57., saint Jean qui les avait rapportées les reprend mot pour mot, dans ses Épîtres, afin d’en faire l’application à quiconque observe dans l’Esprit-Saint le commandement de l’amour des frères [11]I Jean. III, 23-24 ; IV, 12-13..

Oh ! Puisse-t-elle donc résonner sans cesse à nos oreilles cette parole de l’Apôtre : Tandis que nous en avons le temps, faisons du bien à tous ! Car un jour viendra, qui n’est plus éloigné, où l’ange portant le livre mystérieux, un pied sur la terre et l’autre sur la mer, fera retentir dans les espaces sa voix puissante comme celle du lion, et, la main levée au ciel, jurera par Celui qui vit dans les siècles sans fin que le temps n’est plus [12]Apoc. X, 1-6. ! C’est alors que l’homme recueillera dans l’allégresse ce qu’il avait semé dans les larmes [13]Psalm. CXXV, 5. ; il ne s’était point lassé de faire le bien dans les ténébreuses régions de l’exil, il se lassera moins encore de récolter sans fin dans la vivante lumière du jour éternel.

Pensons, en chantant le Graduel, que si la louange agrée au Seigneur, c’est à la condition de s’élever d’une âme où règne l’harmonie des vertus. La vie chrétienne, réglée sur les dix commandements, est le psaltérion à dix cordes [14]Psalm. CXLIII, 9. d’où le doigt de Dieu, qui est l’Esprit-Saint [15]Cf. Luc. XI, 20 ; Matth. XII, 28., fait monter vers l’Époux des accords qui ravissent son cœur.

Graduel :
Il est bon de louer le Seigneur et de chanter des hymnes à votre nom, ô Très Haut.
Pour annoncer dès le matin votre miséricorde et votre vérité durant la nuit.

Lecture du Saint Evangile selon saint Luc :
En ce temps-là, Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm ; et ses disciples allaient avec lui, ainsi qu’une foule nombreuse. Et comme il approchait de la porte de la ville, voici qu’on emportait un mort, fils unique de sa mère, et celle-ci était veuve ; et il y avait avec elle beaucoup de personnes de la ville. Lorsque le Seigneur l’eut vue, touché de compassion pour elle, il lui dit : Ne pleure point. Puis il s’approcha, et toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s’arrêtèrent. Et il dit : Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. Et le mort se mit sur son séant, et commença à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, en disant : Un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple.

C’est la seconde fois que la sainte Église présente l’Évangile qu’on vient d’entendre à nos méditations, et nous ne devons pas nous en étonner ; car les Pères choisis par elle pour en donner l’interprétation [16]Ambr. in Luc. V ; Aug. Serm. 44, de verb. Dom. nous apprennent, dans les deux circonstances, que cette mère désolée qui suit en pleurs le convoi de son fils est l’Église même.

Nous la vîmes une première fois apparaître à nos yeux, sous ce touchant symbole, dans les jours consacrés à la pénitence quadragésimale [17]Cf. Fer. V post Dom. IV Quadr.., lorsqu’elle préparait par ses jeûnes, unis aux souffrances de l’Époux, la résurrection de ceux de nos frères qui étaient morts et que nous pûmes voir ensuite s’asseoir près de nous pleins de vie au banquet de la Pâque. Quelles ne furent pas, en ce grand jour, les joies maternelles s’unissant dans son cœur aux allégresses de l’Épouse ! Car, du même coup, Jésus, doublement vainqueur de la mort, mettait fin à son veuvage en sortant du tombeau et lui rendait ses fils. Et les disciples de Jésus qui le suivent de plus près en s’attachant à sa personne dans la voie des conseils, et toute la foule accompagnant l’Église chantaient à l’envi ces étonnants prodiges et célébraient la visite de Dieu à son peuple.

La Mère ne pleurait plus. Mais, depuis, l’Époux a disparu de nouveau, remontant vers son Père ; l’Épouse a repris les sentiers du veuvage, et les souffrances de son exil s’accroissent chaque jour immensément. Car des pertes nombreuses n’ont point tardé de se produire parmi les fils ingrats qu’elle avait engendrés, une seconde fois [18]Gal. IV, 19., dans la douleur et les larmes. Ces soins multipliés naguère autour des pécheurs, cet enfantement nouveau sous l’œil de son Époux expirant avaient fait de chacun d’eux, dans la grande semaine, comme l’enfant unique de l’Église. Combien, après la communion de tels mystères, dit saint Jean Chrysostome, n’est-il pas douloureux pour sa tendresse de les voir retourner d’eux-mêmes au péché qui les tue ! « Épargnez-moi, » a-t-elle bien droit de dire selon la parole que le saint Docteur met en la bouche de l’Apôtre : « quel autre enfant, une fois au monde, vient imposer derechef de telles douleurs au sein maternel ? » Car les chutes des fidèles, pour être réparées, ne lui causent pas un moindre travail que l’enfantement de ceux qui n’ont pas cru encore [19]Chrys. De pœnit. Hom. I..

Et si nous comparons nos temps à cet âge où la bouche des pasteurs faisait entendre par tout l’univers ses accents respectés, est-il un seul des enfants restés fidèles à l’Église, qu’un tel rapprochement ne pousse à se serrer davantage autour d’une Mère si outrageusement délaissée ? « Resplendissante alors de tout l’éclat des joyaux spirituels dont l’Époux l’avait ornée au jour de ses noces, dit saint Laurent Justinien, elle tressaillait de l’accroissement de ses fils en vertu comme en nombre, les appelant à monter plus haut toujours, les offrant à son Dieu, les portant dans ses bras jusqu’aux cieux. Obéie d’eux, elle était bien la mère du bel amour et de la crainte [20]Eccli. XXIV, 24., belle comme la lune, éclatante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille [21]Cant. VI, 9.. Comme le térébinthe elle étendait ses rameaux [22]Eccli. XXIV, 22., et, sous leur ombre, protégeait ceux qu’elle avait engendrés contre la chaleur du jour, la tempête et la pluie. Tant qu’elle put donc elle travailla, nourrissant dans son sein tous ceux qu’elle parvenait à rassembler. Mais son zèle, tout incessant qu’il fût, a redoublé depuis qu’elle en a vu plusieurs, et des multitudes, abandonner la ferveur première. Depuis nombre d’années, elle gémit en voyant s’étendre chaque jour l’offense de son Créateur, ses propres pertes et la mort de ses fils. Celle qui se revêtait de pourpre a pris la robe de deuil, et ses parfums n’exhalent plus leur odeur ; une corde a remplacé sa ceinture d’or, on ne voit plus sa brillante chevelure, et le cilice tient lieu d’ornement sur son sein [23]Isai. III, 24.. Aussi ne peut-elle arrêter maintenant ses lamentations et ses pleurs. Sans cesse elle prie, cherchant si par quelque manière elle n’arrivera point à retrouver dans le présent sa beauté passée, quoiqu’elle défaille presque en sa supplication, regardant comme impossible de redevenir ce qu’elle était. La parole prophétique s’est accomplie pour elle : Tous ils se sont détournés de la voie, ensemble ils sont devenus inutiles ; il n’y en a point qui fassent le bien, il n’y en a pas même un seul [24]Psalm. XIII, 3. !… Les œuvres multipliées par les enfants de l’Église contre les préceptes divins montrent bien, dans ceux qui les font, des membres pourris et étrangers au corps du Christ. L’Église, cependant, se souvient de les avoir engendrés dans le bain du salut ; elle se souvient des promesses par lesquelles ils s’étaient engagés à renoncer au démon, aux pompes du siècle et à tous les crimes. Elle pleure donc leur chute, comme étant leur vraie mère, et elle espère toujours obtenir leur résurrection par ses larmes. O quelle pluie de larmes est répandue ainsi tous les jours en présence du Seigneur ! que de prières ferventes cette vierge très pure envoie, parle ministère des saints anges, au Christ salut des pécheurs ! Elle crie dans le secret des cœurs, dans les retraites isolées, comme dans ses temples au grand jour, afin que la divine miséricorde rappelle à la vie ceux qui sont ensevelis dans le bourbier des vices. Qui dira son intime allégresse, quand elle reçoit vivants ceux qu’elle pleurait comme morts ? Si la conversion des pécheurs réjouit tellement le ciel [25]Luc. XV, 7., combien aussi la Mère ! Selon la mesure de la douleur qu’elle avait conçue de leur perte [26]Psalm. XCIII, 19., la consolation déborde alors en son cœur [27]Laur. Just. De compunct. et planctu christ. perfect.. »

Chrétiens préservés de la défection par la miséricorde du Seigneur, il nous appartient de compatir aux angoisses de l’Église, et d’aider en tout les démarches de son zèle pour sauver nos frères. Il ne peut nous suffire de n’être point de ces fils insensés qui sont la douleur de leur mère [28]Prov. XVII, 25. et méprisent le sein qui les a portés [29]Ibid. XXX, 17.. Quand nous ne saurions pas de l’Esprit-Saint lui-même que c’est thésauriser que d’honorer sa mère [30]Eccli. III, 5. le souvenir de ce que lui a coûté notre naissance [31]Tob. IV, 4. nous porterait assez à ne manquer aucune occasion de sécher ses pleurs. Elle est l’Épouse du Verbe, aux noces duquel prétendent aussi nos âmes ; s’il est vrai que cette union soit la nôtre également, prouvons-le comme l’Église, en manifestant dans nos œuvres l’unique pensée, l’unique amour que communique l’Époux dans ses intimités, parce qu’il n’en est point d’autre en son cœur : la pensée de la gloire de son Père à restaurer dans le monde, l’amour des pécheurs à sauver.

Chantons avec l’Église, dans l’Offertoire, ses espérances réalisées ; que notre bouche ne reste jamais muette devant les bienfaits du Seigneur.

Offertoire :
Avec espérance, j’ai attendu le Seigneur, et il a jeté un regard vers moi ; il a exaucé ma supplication. Il a mis sur mes lèvres un cantique nouveau, un hymne à notre Dieu.

Confions-nous, dans la Secrète, à la garde toute-puissante des divins Mystères.

Secrète :
Que vos sacrements nous gardent, ô Seigneur, et nous protègent toujours contre les attaques des démons.

La parole de Jésus rappela du trépas le fils de la veuve de Naïm ; sa chair est la vie du monde dans le pain sacré que chante l’Antienne de la Communion.

Communion :
Le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde.

L’union divine ne sera parfaite en nous, qu’autant que le Mystère d’amour dominera tellement nos âmes et nos corps qu’ils en soient possédés pleinement, ne trouvant plus leur direction qu’en lui, non dans la nature. C’est ce qu’explique et demande la Postcommunion.

Postcommunion :
Que l’action de votre don céleste s’exerce parfaitement, ô Seigneur, en nos âmes et en nos corps, en sorte que ce ne soit pas notre propre sens, mais son influence qui prédomine toujours en nous.

COMMENTAIRE DE DOM PIUS PARSCH (dans le Guide dans l’année liturgique) :

« Celui qui ressuscite les morts.

C’est une véritable messe de dimanche qu’on pourrait intituler : Pâques et parousie [retour du Christ à la fin des temps – NDCI]. Le Christ est, dans un double sens, celui qui ressuscite les morts. Sur la terre, il les ressuscite spirituellement par la grâce ; au dernier jour, il les ressuscitera corporellement dans la gloire. Chaque dimanche unit, dans le sacrifice eucharistique, Pâques et la parousie. Il renouvelle la grâce du baptême, accomplit par avance le dernier avènement et nous donne, dans le pain de vie, le gage de la résurrection. Ces pensées trouvent dans la messe d’aujourd’hui une très belle expression : L’Église, cette fois encore, veut que, toute la journée, nous vivions du récit évangélique. Dès le matin, nous voyons Jésus venir à Naïm : « Jésus se rendit dans une ville nommée Naïm et voici qu’on portait en terre un jeune homme, fils unique de sa mère ». Le mort, c’est chacun de nous. C’est avec cette impression que nous nous rendons à la messe du dimanche. Mais, le soir, nous rendons grâces pour la résurrection : « Un grand Prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple ».

1. Le passage à l’automne ecclésiastique. — Jusqu’ici, dans les dimanches après la Pentecôte, nous avons dirigé nos regards vers deux objets ; nous avons regardé en arrière vers la Pentecôte et nous avons considéré le présent. En considérant la Pentecôte passée, nous avons essayé sans cesse de renouveler en nous la grâce du baptême ; la considération du présent nous a appris à soutenir le combat contre le mal. Tels étaient les deux objets typiques des dimanches précédents ; c’était tantôt une guérison miraculeuse où l’Église nous faisait voir une image du renouvellement de la grâce du baptême, tantôt l’opposition entre les deux royaumes, le royaume de Dieu et le royaume du monde. Comme nous l’avons souvent fait remarquer, l’Église ne voulait pas nous proposer un choix ; notre choix est déjà fait. Elle voulait nous inviter à analyser notre âme en portant la lumière dans notre intérieur et en nous faisant y découvrir deux âmes. Aujourd’hui, l’Église commence à nous faire considérer un troisième objet ; elle nous fait envisager l’avenir, le retour du Seigneur. Nous entrons ainsi dans la dernière partie de l’année liturgique, celle qui est consacrée au retour du Christ.

2. La messe (Inclina Domine). Aujourd’hui, nous n’entrons pas dans le sanctuaire avec le visage radieux, de l’enfant transfiguré de Dieu, mais comme des exilés soucieux engagés dans le combat. Le poids des combats de la semaine fait fléchir notre âme. L’âme cherche la « joie », elle « s’élève » vers son Dieu (Récitons le psaume en entier. Quand la liturgie prend le premier verset du psaume pour en faire l’antienne, elle entend méditer tout le psaume). Nous avons besoin d’une grande miséricorde, d’une miséricorde continuelle de Dieu, pour « nous purifier et nous protéger » ; autrement, il n’y a pour nous aucun salut (Or.). L’Épître se rattache aux dimanches précédents. Saint Paul parlait de la vie de l’esprit par opposition à la vie de la chair. Il tire aujourd’hui les conséquences pratiques qu’on peut résumer brièvement ainsi : Marchons aussi selon l’esprit. C’est tout un recueil de pensées vitales. La liturgie nous propose ici quelques leçons qui conviennent à la vie commune : Pas d’ambition, pas d’envie parmi les chrétiens ; de la douceur et de la pitié pour ceux qui défaillent : « que chacun porte le fardeau de l’autre, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ » ; respectez le pasteur de la communauté, faites du bien à ceux qui partagent votre foi. L’Église a toujours son idéal devant les yeux : une communauté d’enfants de Dieu réunie dans la charité. Au Graduel et surtout dans le verset de l’Alléluia, le soleil de Pâques brille à travers les nuages. Le Christ, le grand Seigneur et le grand Roi du monde entier, celui qui ressuscite les morts, se tient maintenant devant nous, à l’Évangile. On peut observer dans cette messe une gradation constante : l’imploration de l’Introït, l’oraison qui respire la sollicitude maternelle de l’Église pour ses enfants en péril, les sérieux avertissements de saint Paul ; puis vient le Graduel où le soleil perce les nuages pour briller de tout son éclat à l’Évangile : Maintenant, au Saint-Sacrifice, le Christ veut semer dans notre âme le grain de froment qui doit donner comme moisson la vie éternelle (Ép.). Le Christ est aujourd’hui celui qui ressuscite les morts ; il veut « visiter son peuple », lui donner une « vie » nouvelle ; c’est pour cela qu’il a préparé son « pain » (Comm.). Pour cette résurrection des morts nous le remercions profondément à l’Offertoire. Dans la Postcommunion, nous entendons encore un écho de la pensée familière des deux royaumes.

3. Construction de ponts. — Les prêtres sacrificateurs de l’antique Rome païenne s’appelaient pontifes, ce qui veut dire littéralement : constructeurs de ponts. Ce nom vient peut-être de ce qu’ils offraient leurs sacrifices auprès d’un pont. L’Église a adopté ce mot dans sa liturgie et l’emploie pour désigner le Pape et même les évêques. Et, certes, l’étymologie de ce mot permet une belle interprétation, car le prêtre lui aussi est un constructeur de ponts : il établit un pont entre le ciel et la terre, c’est-à-dire qu’il est médiateur entre Dieu et les hommes. Nous pourrions appliquer ce sens à la Sainte Église ; elle aussi construit un pont d’or qu’elle jette par-dessus la vie de chacun de nous depuis notre naissance jusqu’à notre mort. Le premier pilier de ce pont est le baptême, le dernier est le retour du Seigneur et, entre ces deux piliers, elle jette le pont de l’Eucharistie. Comme nous l’avons souvent dit, tel était le chemin que suivait la piété de l’ancienne Église : du baptême à la parousie par l’Eucharistie. Nous trouvons une belle expression de cette pensée dans la messe d’aujourd’hui. La résurrection du jeune homme de Naïm représente notre résurrection spirituelle dans le baptême. L’Église nous fait voir en même temps dans ce miracle l’annonce de la résurrection de la chair au dernier jour. Les autres textes nous donnent des instructions sur les moyens de salut qui nous permettront de conserver la vie divine. Le principal de ces moyens est l’Eucharistie : « Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde ».

Quand nous sommes venus au monde, nous portions déjà en nous le germe de la mort ; dès notre premier jour, nous étions déjà sous le coup de cette malédiction : tu es poussière et tu retourneras en poussière. Notre vie terrestre est comme un convoi funèbre ; nos passions et nos péchés sont les porteurs qui hâtent le pas pour nous ensevelir dans la poussière. C’est alors que le Christ se présente au milieu de notre marche vers la tombe ; il prononce la grande parole : Jeune homme, je te le dis, lève-toi. Ce fut le baptême. Nous reçûmes alors une vie nouvelle, immortelle. Mais il s’agit de conserver cette vie et de la développer. Au baptême, mon âme était comme un enfant nouveau-né ; il faut qu’elle grandisse. Des ennemis l’épient déjà pour lui enlever la vie divine. Mais le Christ est là de nouveau. Il nous rompt, tous les dimanches ou même tous les jours, le « pain pour la vie du monde ». Sans doute ce pain ne crée pas la vie ; son rôle est de la conserver et de la développer. C’est ce que nous indique l’Épître d’aujourd’hui en nous ordonnant de « vivre dans l’esprit et de marcher dans l’esprit ». Ainsi, tout le long de notre vie, nous construisons le pont d’or qui nous conduira au jour radieux du retour du Seigneur.

Nous allons entrer dans l’automne ecclésiastique. La moisson des âmes a déjà commencé (l’Assomption de la Sainte Vierge). Nous voyons les vierges sages attendre l’Époux, une lampe allumée à la main ; le serviteur vigilant, les reins ceints et portant une lumière à la main, va au-devant de son Maître. Nous voyons déjà briller au ciel la grande croix d’or, le signe du Fils de l’Homme (Exaltation de la Sainte Croix). Chrétiens, le temps est court ; hâtons-nous de construire un pont d’or et de l’achever pour la résurrection bienheureuse. »

Notes   [ + ]

1. Luc. XI, 1.
2. I Par. XXI, 16 ; etc.
3. Psalm. L.
4. I Cor. IV, 5.
5. Gal. V, 19-21.
6. Rom. VIII, 14.
7. Gal. IV, 13.
8. Rom. VIII, 8.
9. I Jean. IV, l3.
10. Jean. VI, 57.
11. I Jean. III, 23-24 ; IV, 12-13.
12. Apoc. X, 1-6.
13. Psalm. CXXV, 5.
14. Psalm. CXLIII, 9.
15. Cf. Luc. XI, 20 ; Matth. XII, 28.
16. Ambr. in Luc. V ; Aug. Serm. 44, de verb. Dom.
17. Cf. Fer. V post Dom. IV Quadr..
18. Gal. IV, 19.
19. Chrys. De pœnit. Hom. I.
20. Eccli. XXIV, 24.
21. Cant. VI, 9.
22. Eccli. XXIV, 22.
23. Isai. III, 24.
24. Psalm. XIII, 3.
25. Luc. XV, 7.
26. Psalm. XCIII, 19.
27. Laur. Just. De compunct. et planctu christ. perfect.
28. Prov. XVII, 25.
29. Ibid. XXX, 17.
30. Eccli. III, 5.
31. Tob. IV, 4.

1 commentaire concernant l'article “15e dimanche après la Pentecôte (textes et commentaire)”

  1. « … l’Église qui pleure sur les pécheurs… »

    Je suis écoeuré d’entendre constamment des révélations sur la pédophilie dans l’Église… D’entendre que les coupables sont seulement mutés ailleurs, couverts par leur hiérarchie, les « affaires » étouffées…
    Des milliers d’enfants depuis 1960, et combien avant ?!…

    Mais ce n’est pas la priorité du Pape !…

    Sauf avec Benoît XVI, ça n’a jamais été la priorité des papes.

    Comment défendre l’Église après tout ça ? J’ai des difficultés aujourd’hui à me rendre aux messes : tout le système traîne derrière lui de lourdes odeurs.

    La faute à une hiérarchie qui n’a jamais pris conscience de la gravité de ces horreurs, et de l’impact produit dans la conscience des gens…

    Quand au Pape actuel, militant actif de l’ultra gauche, il est un véritable repoussoir pour beaucoup.

    Prononcer le mot « Église » devient même difficile…

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