Le scandale de la notation des élèves au collège

Sur Twitter, un professeur de collège explique avec humour et un « langage réseau sociaux », le système de notation des élèves depuis la réforme Collège 2016, un scandale.

 

« Vous imaginez un conseil de classe de 3ème où les personnes présentes (profs et chefs) pourraient augmenter ou diminuer manuellement les moyennes des élèves depuis la 5ème ? Non ? C’est pourtant ce qu’il se passe depuis #college2016. Explications :

1/ Tout commence en classe, dans chaque matière, où, un peu partout, on a imposé aux profs d’évaluer par compétences. Avec des couleurs. Parce que les notes, c’est stigmatisant. Voire violent. Alors que les couleurs, c’est bienveillant. Exemple :

 

2/ Le principe avec #college2016, c’est que chaque prof est censé évaluer des compétences dans tous les domaines du socle. On se retrouve donc, dans chaque « domaine », avec plein de petites cases colorées provenant de différentes matières :

 

3/ A chaque trimestre ou semestre, les parents reçoivent un bulletin de compétences. Point de moyenne chiffrée, mais des « positionnements ». En gros, chaque prof compte les petits carrés et fait une sorte de moyenne de couleurs.

4/ Parfois, c’est simple de « positionner » (photo 1). Parfois, c’est un peu plus… difficile (photo 2). Certains profs tiennent compte de l’évolution, d’autres font une moyenne arithmétique – mais qu’il ne faut surtout pas appeler « moyenne », malheureux !
5/ Arrive la fin des trois ans de cycle, c’est-à-dire le dernier trimestre/semestre de 6ème et de 3ème. Là, il faut « positionner » chaque élève sur le socle commun. Une sorte de bilan sur 3 ans. Pas par matière, mais par domaine (avec toutes les matières mélangées, donc).
6/ Deux méthodes possibles : soit le logiciel (ici, pronote) calcule les positionnements avec un paramétrage réglable, en attribuant une « valeur » à chaque couleur (mais ne surtout pas dire que c’est comme une note !). Encore faut-il que ce paramétrage soit connu et compris…
7/ Soit le prof principal fait ça manuellement, en comptant les petits carrés. Une sorte de moyenne de couleurs – mais ho on a dit de ne pas appeler ça moyenne, ça suffit la mauvaise foi hein. Bref, bon courage aux profs principaux :
8/ C’est quand même important, ces « positionnements » de fin de cycle, parce que ça compte pour le brevet et l’orientation – d’ailleurs pour ces derniers les couleurs sont converties en points mais c’est toujours pas des « notes » non non non ça serait trop stigmatisant tu vois.
9/ Arrive ensuite de conseil de fin de cycle.
Dans mon collège, on le fait juste après le conseil de classe du deuxième semestre. Avec les profs qui ont la classe cette année, donc. Pour évaluer 3 ans de scolarité. Cherchez l’erreur.
10/ Début du conseil de cycle, le chef annonce :
« Nous allons regarder les positionnements de chaque élève et nous pourrons ajuster, c’est-à-dire augmenter ou diminuer le niveau de maîtrise de l’élève. »
11/ WHAAAAT ???? On peut changer les moyennes – pardon, les positionnements, là, maintenant ? Genre augmenter Anne-Cécile parce qu’elle est mimi et diminuer Kévin parce qu’il est chiant ?
12/ Ouaip. On peut. Parce que c’est dans les textes, c’est écrit, c’est le « conseil de cycle » qui positionne. Donc on peut « ajuster ».
Pour l’égalité de traitement entre les élèves, par contre, on repassera.
13/ Voilà comment les profs de l’année peuvent modifier les positionnements faits à partir des évaluations faites les trois dernières années. Et puis le chef, qui « connait les élèves », peut le faire aussi. Y’a pas de raison, hein.
14/ Et puis le chef, il a des objectifs à atteindre, en termes de %, pour le brevet et l’orientation. Sinon il va se faire taper sur les doigts. Donc en général, le chef il aime bien quand on modifie les positionnements à la hausse. C’est la BIENVEILLANCE.
15/ Histoire que le conseil de cycle serve à quelque chose, le chef demande (quand même) l’avis des profs présents : « Madame ProfDeFrançais, vous en pensez quoi du D1.1 pour Kévin ? On le laisse dans le rouge ou on le met dans le jaune ? »
16/ Madame ProfDeFrançais est un peu gênée. En français, Kévin n’a eu que du rouge. Mais comme tout le monde évalue chaque domaine, le collègue d’EPS a aussi, comme d’autres, évalué des compétences dans le D.1.1. « Langue française à l’oral et à l’écrit ».
17/ Le collègue d’EPS a mis du vert. Parce que Kévin a su expliquer le hors-jeu à l’oral avec un vocabulaire adapté. Le chef tranche : « Allez, Kévin a des capacités à l’oral, on le met dans le jaune pour le D1.1. ». Bienveillance.
18/ Pour le D.1.2 « Langues étrangères et régionales », problème : le prof d’anglais n’est pas présent, il a du aller chercher ses enfants – la garderie ferme à 19h et il est presque 20h. Pas grave, c’est la prof d’espagnol qui va « ajuster ».
Les absents ont toujours tort.
19/ Dans mon collège, on n’a sans doute pas tout compris. On est p’être un peu cons. Faut dire, on ne nous a pas laissé le choix. Mais il paraît que #college2016 est une réussite, c’est ce qu’ils disent dans les rectorats et dans les journaux. Et chez vous, ça se passe comment ?
Au temps pour moi. On n’est pas seulement cons, on est aussi flemmards. Tant qu’à faire. »

3 commentaires concernant l'article “Le scandale de la notation des élèves au collège”

  1. Excellent article, j’imaginais bien l’éducation nationale capable de telles conneries, mais subsistait en moi un léger doute. Le voilà levé… Un petit conseil, toutefois : on pourrait, pour « stigmatiser » encore un peu moins les « apprenants », utiliser les couleurs, et aussi différencier, par exemple les couleurs, mais aussi leurs caractéristiques propres : claires ou foncées ? Avec tout ce pédagogisme (gros mot…) On est en train de se fabriquer de belles générations d’ignares… Ce n’est plus de l’éducation, mais de la pure démagogie politique. Dieu merci, mes fils ont maintenant 27 ans, un bon métier, et parlent et écrivent en bon Français, des valeurs en voie de disparition, certes…

  2. Très drôle mais … hélas très vrai. J’ai un peu honte de participer à cette mascarade.
    Un prof désabusé

  3. Je fais prof particulier pour des élèves qui sont en grandes difficultés scolaires… Comprendre : fin de 3ème, niveau sur les matières de bases maximum fin de CM1…
    Je leur fais régulièrement des « tests » en temps limité et notés… oui NOTES ! Ils ont une note ! Bon pour les cas les plus en retard, je note pas trop hard non plus… A certains il leur faut du temps pour que la note monte même si il y a une évolution : le résultat est toujours faux, mais au moins il y a un début de recherche du résultat. Il y a le début du raisonnement même si il ne sait pas encore aller jusqu’au bout. Le but c’est pas d’être sadique, le but c’est de montrer une évolution concrète sur la capacité à faire une addition, une multiplication, une rédaction, une dictée, etc…

    Bah non seulement ça marche mais quand on leur rend un test fait en classe avec plein de couleurs dans tous les sens, ils me le filent et me demande de mettre une note pour savoir si ils sont bon ou pas ! Pour savoir si ils ont vraiment réussi ou pas…

    A savoir également que pour la majorité, la couleur bah c’est l’occasion d’en faire le moins possible : si il faut du blanc pour être OK, bah on fait le minimum pour avoir le blanc… pas plus… si on prend un exemple concret : 20 questions, si on a :
    -> de 0 à 3 bonnes réponses : rouge,
    -> de 4 à 8 bonnes réponses : jaune,
    -> de 9 à 11 bonnes réponses : blanc,
    -> de 12 à 16 bonnes réponses : vert,
    -> de 17 à 20 bonnes réponses : vert foncé,
    Bah ils réviseront pour avoir 9 bonnes réponses, c’est tout… puisque ça vaut autant que d’en savoir 11, pourquoi se fatiguer ?
    Idem pour le vert… on va pas se faire suer à tenter d’avoir un niveau « 16/20 » alors qu’un niveau « 12/20 » suffit pour avoir la couleur.

    Bref, une bonne connerie ce système…

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