C’était un 24 août : massacre de 76 Français au Grand Bornand

Histoire d’équilibrer un peu le travail de mémoire, penchons-nous sur cet épisode sanglant où des Français (a priori) mirent à mort des Français (le plus jeune avait 16 ans) après une parodie de procès. Rappelons que « l’Epuration » a fait beaucoup plus de morts que l’Occupation.

Ici les victimes furent 76 Savoyards, qui, pendant la 2e Guerre mondiale, s’étaient engagés par patriotisme dans la Milice (service d’ordre au service de la Révolution nationale du Maréchal Pétain).

Le cimetière, improvisé et sans précisions, où beaucoup de touristes croient se recueillir sur les tombes de résistants.

« Au matin du samedi 19 août 1944, des miliciens savoyards incorporés dans la Franc-Garde, depuis l’ordre de mobilisation lancé par Joseph Darnand, quittent leur cantonnement annécien de La Commanderie par la route d’Albertville. Dans la nuit, les chefs départementaux Yves Barbaroux et Jacques Chambaz ont rencontré les chefs de la Résistance : les francs-gardes se rendent avec les honneurs de la guerre, ils conservent leurs armes et seront traités en prisonniers de guerre.

A Saint-Jorioz, au milieu d’un grand rassemblement de maquisards (toute résistance étant alors impossible), les francs-gardes sont désarmés à l’exclusion des chefs qui conservent leur pistolet. Pressentant sans doute la suite des évènements, le franc-garde Lambotin se tire une balle dans la tête. Les captifs sont poussés dans des camions et sous bonne garde, par Faverges et Thônes, conduits au Grand-Bornand. Là, ils sont entassés jusqu’au grade de chef de dizaine, sous les combles de la salle paroissiale, les officiers, toujours en possession de leurs armes, étant conduits dans une pièce au 2ème étage du même bâtiment.

Après des sévices qu’il est inutile de retracer, c’est dans la salle de cinéma, au rez-de-chaussée, que commence au milieu de la matinée du mercredi 23 août la comparution des francs-gardes devant une cour martiale qui a fixé elle même sa procédure et que préside un commandant FTP ayant pour assesseurs deux représentants de l’AS et deux autres FTP. Le procureur et le greffier sont eux aussi des résistants.

Enchaînés, gardés par les gendarmes, les miliciens sont appelés dix par dix et brièvement interrogés. Parfois, des résistants témoignent, puis le procureur requiert une peine… La mort en général. Pour donner à cette procédure une apparence de régularité, quatre avocats d’Annecy, commis d’office, tentent d’improviser une défense. [L’organisation “juridique” a été confiée à Jean Comet, magistrat professionnel révoqué par Pétain… et qui commandera 75 cercueils avant l’ouverture de l’audience – NDCI]

La Cour siège sans désemparer jusqu’au matin du jeudi 24 août. Après une ultime plaidoirie, l’arrêt est rendu. Soixante-seize condamnations à mort, vingt et un « acquittements » (qui vaudront, en fait à leurs bénéficiaires l’emprisonnement et la comparution devant une Cour de Justice au cours des mois suivants).

L’abbé Ducroz et le vicaire du Grand-Bornand décident de ne plus quitter les condamnés. Ils procèdent à une absolution collective et leur donnent le Saint Sacrement.

Il est huit heures lorsque les camions emmenant les condamnés quittent la salle paroissiale pour le hameau du Bouchet au lieu-dit La Peserettaz.

En route [pour le lieu de l’exécution], les miliciens disent leur chapelet.

A leur arrivée sur le champ un gendarme leur remet une image pieuse portant la prière d’indulgence de [Saint] Pie X pour l’heure des morts […]. Ils s’agenouillent, chapelet entre les doigts ou autour du cou. Le prêtre les embrasse. Deux miliciens s’étreignent: « A tout à l’heure, au ciel ».

Cinq par cinq les prisonniers vont vers les poteaux plantés à la lisière de la forêt.

Une vingtaine d’entre eux crient avant de mourir: « Vive le Christ-Roi, vive la France! ». »

Ils refusent le bandeau et tombent sous la salve en clamant leur foi, en ce jeudi 24 août dédié à Saint-Barthélemy.

La plupart d’entre eux, chrétiens convaincus sont des paysans issus de la terre savoyarde. […]

Le plus âgé avait combattu à Verdun, le plus jeune venait d’ avoir seize ans. »

Extraits mêlés de La Milice Française de Michèle Cointet, Fayard, et de Histoire de la Collaboration, Dominique Venner, Pygmalion

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