Nativité de Saint Jean-Baptiste – textes de la messe commentés

Nous vous proposons une présentation des textes liturgiques propres à ce dimanche (rite catholique traditionnel, tel que le suivaient nos aïeux), avec leur commentaire.

« Et, demandant des tablettes, il écrivit : Jean est son nom. (Luc 1, 63) »

« La liturgie fête dans la naissance de saint Jean-Baptiste l’aurore du salut, l’apparition en ce monde du Précurseur du Messie : « Élisabeth, femme de Zacharie, a mis au monde un grand homme, Jean-Baptiste, le Précurseur du Seigneur » (1ères ant. des 2e Vêpres). Six mois avant la naissance du Sauveur, celle du Précurseur participe à la grandeur du mystère de l’Incarnation qu’elle annonce ; au Moyen Age, on la fêtait comme une Noël d’été, qui avait ses trois messes comme Noël a les siennes. L’Église multiplie les rapprochements pour marquer la relation qu’elle veut mettre entre les deux fêtes : voyez la Secrète et la Postcommunnion. »

Dom G. Lefebvre

TEXTES AVEC COMMENTAIRE DE DOM GUÉRANGER
(dans l’Année liturgiquedisponible ici avec ses autres livres)

« Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez les sentiers du Seigneur ; voici votre Dieu ! » Oh ! Qui, dans notre siècle refroidi, comprendra les transports de la terre à cette annonce si longtemps attendue ? Le Dieu promis n’est point manifesté encore ; mais déjà les cieux se sont abaissés (Luc. 1, 17) pour lui livrer passage.
Il n’a plus à venir, celui que nos pères, les illustres saints des temps prophétiques, appelaient sans fin dans leur indomptable espérance. Caché toujours, mais déjà parmi nous, il repose sous la nuée virginale près de laquelle pâlit pour lui la céleste pureté des Chérubins et des Trônes ; les ardeurs réunies des brûlants Séraphins se voient dépassées par l’amour dont l’entoure à elle seule, en son cœur humain, l’humble fille d’Adam qu’il s’est choisie pour mère. La terre maudite, devenue soudain plus fortunée que l’inexorable ciel fermé jadis à ses supplications, n’attend plus que la révélation de l’auguste mystère ; l’heure est venue pour elle de joindre ses cantiques à l’éternelle et divine louange qui, dès maintenant, monte de ses profondeurs, et, n’étant autre que le Verbe lui-même, célèbre Dieu comme il mérite de l’être. Mais sous le voile d’humilité où, après comme avant sa naissance, doit continuer de se dérober aux hommes sa divinité, qui découvrira l’Emmanuel ? Qui surtout, l’ayant reconnu dans ses miséricordieux abaissements, saura le faire accepter d’un monde perdu d’orgueil, et pourra dire, en montrant dans la foule le fils du charpentier [1]Luc. 1, 63-1, 14. : Voilà celui qu’attendaient vos pères !

Car tel est l’ordre établi d’en haut pour la manifestation du Messie : en conformité de ce qui se fait parmi les hommes, le Dieu fait homme ne s’ingérera pas de lui-même dans les actes de la vie publique ; il attendra, pour inaugurer son divin ministère, qu’un membre de cette race devenue la sienne, un homme venu avant lui, et doué à cette fin d’un crédit suffisant, le présente à son peuple.

Rôle sublime, qui fera d’une créature le garant de Dieu, le témoin du Verbe ! La grandeur de celui qui doit le remplir était signalée, comme celle du Messie, longtemps avant sa naissance. […]

La Messe est composée de divers passages de l’Ancien et du Nouveau Testament. L’Église, disent les auteurs liturgistes, veut ainsi nous rappeler que Jean forme le trait d’union des deux alliances et participe de chacune. Il est l’agrafe précieuse qui fixe le double manteau de la loi et de la grâce [2]Petr. Chrys. Sermo 91. sur la poitrine du Pontife éternel.

Introït (Is., 49, 1-2) :
Des le sein de ma mère, le Seigneur m’a appelé par mon nom : Il a rendu ma bouche semblable à un glaive acéré, il m’a protégé à l’ombre de sa main, il a fait de moi comme une flèche choisie.
Il est bon de louer le Seigneur : et de célébrer votre nom, ô très-haut. (Ps. 81, 2)
V/.Glória Patri.

L’Introït est d’Isaïe ; nous retrouverons plus au long, dans l’Épître, le texte d’où il est tiré. Le Psaume qui se chantait autrefois avec lui est le XCIe, dont le premier verset reste seul maintenant en usage, quoique la raison primitive du choix de ce psaume se trouve dans le suivant et le treizième : Il est bon d’annoncer au matin votre miséricorde, et de manifester votre vérité dans la nuit !… Le juste fleurira comme le palmier ; il se multipliera comme le cèdre du Liban.

Collecte :
Dieu, vous nous avez rendu ce jour vénérable par la nativité du bienheureux Jean : accordez à votre peuple la grâce des joies spirituelles ; et dirigez les âmes de tous les fidèles dans la voie du salut éternel.

La Collecte rassemble les vœux du peuple fidèle, en ce jour devenu si grand par la naissance du Précurseur. Elle implore l’abondance des joies spirituelles, qui sont la grâce propre de cette fête, ainsi que l’avait annoncé Gabriel ; et, rappelant le rôle du fils de Zacharie qui consiste à redresser les sentiers du salut, elle demande que pas un des chrétiens ne s’écarte des voies de l’éternelle vie.

ÉPÎTRE.
Lecture du prophète Isaïe (Is., 49, 1-3 et 5-7) :
Îles, écoutez, et vous, peuples lointains, soyez attentifs. Le Seigneur m’a appelé dès le sein de ma mère ; lorsque j’étais encore dans ses entrailles, il s’est souvenu de mon nom. Il a rendu ma bouche semblable à un glaive acéré, il m’a protégé à l’ombre de sa main ; il a fait de moi comme une flèche choisie, il m’a caché dans son carquois. Et il m’a dit : Tu es mon serviteur, Israël, et je me glorifierai en toi. Et maintenant le Seigneur dit, lui qui m’a formé dès le sein de ma mère pour être son serviteur : voici que je t’ai établi pour être la lumière des nations, et mon salut jusqu’à l’extrémité de la terre. Les rois verront et les princes se lèveront, et ils adoreront, à cause du Seigneur qui a été fidèle, et du Saint d’Israël qui t’a choisi.

Isaïe, dans ces quelques lignes, a directement en vue d’annoncer le Sauveur ; l’application qu’en fait l’Église à saint Jean-Baptiste, nous montre une fois de plus l’étroite union du Christ et de son Précurseur dans l’œuvre de la Rédemption. Capitale de la gentilité, devenue la mère de l’univers chrétien, Rome s’est plue à faire entendre, dans ce grand jour, aux fils que l’Époux lui a donnés, la prophétie consolante qui s’adressait à eux, avant même qu’elle ne fût fondée sur les sept collines. Huit siècles avant la naissance de Jean et du Messie, une voix s’élevait de Sion, et, franchissant les limites de Jacob, retentissait sur tous les rivages où la nuit du péché retenait l’homme asservi à l’enfer : Écoutez, îles ; et vous, peuples éloignés, soyez attentifs ! C’était la voix de Celui qui devait venir et de l’ange chargé de marcher devant lui, la voix de Jean et du Messie, exaltant la commune prédestination qui faisait d’eux, comme serviteur et Maître, l’objet des mêmes décrets éternels. Et la voix, après avoir célébré le privilège qui les désignerait, quoique si diversement, dès le sein maternel, aux complaisances du Tout-Puissant, formulait l’oracle divin qui devait être promulgué en d’autres termes, sur leurs berceaux, par le ministère de Zacharie et des anges. Je me glorifierai en vous, qui êtes vraiment pour moi Israël ; c’est peu de Jacob, qui ne vous écoutera point et dont vous ne me ramènerez qu’un petit nombre [3]Isai. XLIX, 4-6.) : voici que je vous ai donné pour lumière aux nations, vous êtes le salut que j’enverrai jusqu’aux extrémités de la terre ; pour le peu d’accueil que vous aura fait mon peuple, les rois se lèveront et, à votre parole, ils adoreront le Seigneur qui vous a choisi comme négociateur de son alliance [4]Ibid. 8..

Enfants de l’Épouse, entrons dans ses pensées ; comprenons quelle reconnaissance doit être la nôtre, à nous gentils, envers celui à qui toute chair devra d’avoir connu le Sauveur [5]Ibid. XL, 5.. Du désert, où sa voix stigmatisait l’orgueil des descendants des patriarches, il nous voyait succéder à l’altière synagogue ; sans rien diminuer des divines exigences, son austère prédication avait, pour les futurs privilégiés de l’Époux, des ménagements de langage qu’il ne connaissait point avec les Juifs. « Race de vipères, disait-il à ceux-ci, qui donc vous montre à fuir le châtiment qui s’avance ? Faites de dignes fruits de pénitence, et n’allez pas dire : Nous avons pour père Abraham ; car je vous dis, moi, que Dieu peut faire sortir de ces pierres des fils d’Abraham. Pour vous, déjà la cognée est à la racine, et l’arbre stérile sera jeté au feu » [6]Luc. III, 7-9.. Mais au publicain méprisé, au soldat détesté, à tous les cœurs arides de la gentilité, trop comparables en effet aux rochers du désert, Jean-Baptiste annonçait la grâce qui désaltérerait et féconderait dans la justice leurs âmes desséchées : « Publicains, ne dépassez pas les exigences du fisc ; soldats, contentez-vous de votre solde [7]Ibid : 12-14.. Moïse a donné la loi ; mais meilleure est la grâce, œuvre de celui que j’annonce [8]Johan. 1, 15-17. : c’est lui qui ôte les péchés du monde [9]Ibid. 29., et nous donne à tous de sa plénitude » [10]Ibid. 16.. Quels horizons nouveaux pour ces délaissés, que le dédain d’Israël avait si longtemps tenus à l’écart ! Mais pour la synagogue, pareille atteinte au privilège prétendu de Juda était un crime. Elle avait supporté les invectives sanglantes du fils de Zacharie ; elle s’était montrée prête à l’acclamer comme le Christ [11]Ibid. 19. ; mais l’inviter à marcher de pair, elle qui se proclamait pure, avec l’impure gentilité, c’en était trop : Jean, dès ce moment, fut jugé comme le sera son Maître. Jésus, plus tard, insistera sur cette différence de l’accueil fait à son Précurseur par ceux qui l’écoutaient ; il en fera la base de sa sentence de réprobation contre les Juifs : « En vérité, je vous le dis, les publicains et les femmes perdues vous précéderont dans le royaume de Dieu ; car Jean est venu à vous dans la voie de la justice et vous ne l’avez point écouté, tandis que les publicains et les femmes perdues ont reçu sa parole, sans que cette vue vous ait amenés à pénitence » [12]Matth. XXI, 31-2 2..

Graduel (Ier. 1, 5 et 9) :
Avant que je t’eusse formé dans les entrailles de ta mère, je t’ai connu : avant que tu fusses sorti de son sein, je t’ai sanctifié.
V/. Alors le Seigneur étendit sa main et toucha ma bouche et me dit.
Allelúia, allelúia. V/. (Luc, 1, 76) Toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies. Alléluia.

A la suite d’Isaïe prophétisant la venue de Jean et du Sauveur, Jérémie, figure de l’un et de l’autre, apparaît au Graduel ; lui aussi fut sanctifié dès le sein de sa mère, et préparé dès lors au ministère qu’il devait remplir. Le Verset demeure en suspens sur l’annonce d’un discours du Seigneur ; selon le rit autrefois usité, il se complétait par la reprise du Graduel. Le Verset alléluiatique est emprunté à l’Évangile, et tiré du Benedictus.

ÉVANGILE.
Suite du Saint Évangile selon saint Matthieu Luc Jean Marc (Luc 1, 57-68) :
Le temps où Élisabeth devait enfanter s’accomplit, et elle mit au monde un fils. Ses voisins et ses parents apprirent que le Seigneur avait signalé envers elle sa miséricorde, et ils l’en félicitaient. Et il arriva qu’au huitième jour ils vinrent pour circoncire l’enfant, et ils l’appelaient Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère, prenant la parole, dit : Non, mais il sera appelé Jean. Ils lui dirent : II n’y a personne dans ta famille qui soit appelé de ce nom. Et ils faisaient des signes à son père, pour savoir comment il voulait qu’on l’appelât. Et, demandant des tablettes, il écrivit : Jean est son nom. Et tous furent dans l’étonnement. Au même instant, sa bouche s’ouvrit, et sa langue se délia, et il parlait en bénissant Dieu. Et la crainte s’empara de tous leurs voisins, et, dans toutes les montagnes de la Judée, toutes ces choses étaient divulguées. Et tous ceux qui les entendirent les conservèrent dans leur cœur, en disant : Que pensez-vous que sera cet enfant ? Car la main du Seigneur était avec lui. Et Zacharie, son père, fut rempli du Saint-Esprit, et il prophétisa, en disant : Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’il a visité et racheté son peuple.

Après les lieux sanctifiés par le passage en ce monde du Verbe fait chair, il n’en est point, dans la Palestine, qui doive intéresser plus l’âme chrétienne que celui où se sont accomplis les événements racontés dans notre Évangile. La ville qu’illustra la naissance du Précurseur se trouve à deux lieues de Jérusalem vers le couchant, comme Bethléhem, où naquit le Sauveur, est à deux lieues au midi de la Ville sainte. Sorti par la porte de Jaffa, le pèlerin qui se dirige vers Saint-Jean-de-la-Montagne rencontre d’abord le monastère grec de Sainte-Croix, élevé sur l’emplacement où furent coupés les arbres dont fut faite la croix du Seigneur. Puis, continuant sa marche à travers le massif des montagnes de Juda, il atteint un sommet d’où se découvre à ses yeux la Méditerranée. La maison d’Obed-Edom qui abrita trois mois l’arche sainte, s’élevait en cet endroit, d’où un sentier rapide conduit au lieu où Marie, la véritable arche d’alliance, passa elle-même trois, mois de bénédictions chez sa cousine Élisabeth. Deux sanctuaires, éloignés d’environ mille pas l’un de l’autre, consacrent les grands souvenirs qui viennent de nous être rappelés par saint Luc : dans l’un fut conçu et naquit Jean-Baptiste ; dans l’autre eut lieu la circoncision du Précurseur, huit jours après sa naissance. Le premier remplace la maison de ville de Zacharie ; il remonte, dans sa forme actuelle, à une époque antérieure aux croisades. C’est une belle église à trois nefs et à coupole, mesurant trente-sept pas en longueur. L’autel majeur est dédié à saint Zacharie, celui de droite à sainte Élisabeth. Sur la gauche, sept degrés de marbre conduisent à une chapelle souterraine creusée dans le roc, et qui n’est autre que l’appartement le plus reculé de la maison primitive : c’est le sanctuaire de la Nativité de saint Jean. Quatre lampes tempèrent l’obscurité de cette crypte vénérable, tandis que six autres, suspendues sous la table même de l’autel, éclairent cette inscription gravée sur le marbre du pavé : HIC PRAECURSOR DOMINI NATUS EST. Unissons-nous en ce jour aux pieux enfants de saint François, gardiens de tant d’ineffables souvenirs ; plus heureux ici qu’à la grotte bénie de Bethléhem, ils n’ont point à disputer au schisme les honneurs qu’au nom de l’Épouse légitime, ils rendent à l’Ami de l’Époux sur le lieu même de sa naissance.

Les traditions locales placent à quelque distance de ce premier sanctuaire, ainsi que nous l’avons dit, le souvenir de la circoncision du Précurseur. Outre sa maison de ville en effet, Zacharie en possédait une autre plus isolée. Élisabeth s’y était retirée durant les premiers mois de sa grossesse, pour goûter dans le silence le don de Dieu [13]Luc. I, 24-26.. C’était là que Notre-Dame venant de Nazareth l’avait rencontrée, là que s’était produit le sublime tressaillement des enfants et des mères, là que le Magnificat avait prouvé au ciel que la terre désormais l’emportait sur lui dans la louange et l’amour. Il convenait que le chant de Zacharie, le Cantique du matin, retentît lui-même, pour la première fois, au lieu d’où celui du soir était monté comme un encens de si suave odeur. Les récits des anciens pèlerins signalent en cet endroit deux sanctuaires superposés, avec un escalier conduisant de l’un à l’autre : en bas avait eu lieu la rencontre de Marie et d’Élisabeth ; ce fut au-dessus, à l’étage supérieur de la maison de campagne de Zacharie, que se passa la plus grande partie du récit qui vient de nous être proposé par la sainte Église.

Urbain V, en 1368, avait ordonné de chanter le Credo au jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste et durant l’Octave, pour éviter que le Précurseur ne parût inférieur aux Apôtres. La coutume ancienne de supprimer le Symbole en cette fête a néanmoins prévalu [14]Jusqu’au Code des Rubriques de Jean XXIII en 1960 où le Credo fut rétabli pour le 24 juin. : non comme une marque d’infériorité, à l’égard de celui qui s’élève au-dessus de tous ceux qui annoncèrent jamais le royaume de Dieu ; mais pour rappeler qu’il acheva sa course avant la promulgation de l’Évangile.

Offertoire (PS., 91, 13) :
Le juste fleurira comme le palmier : et il se multipliera comme le cèdre du Liban.

L’Offertoire est tiré du psaume d’Introït ; c’est le verset qui formait autrefois l’Introït même de la deuxième Messe du Saint, à l’aurore.

Secrète :
Seigneur, nous accumulons les dons sur vos autels : célébrant avec l’honneur qui lui est dû, la nativité de celui qui a rendu hommage au Sauveur du monde, avant sa venue, et qui l’a désigné ensuite comme présent, en la personne de notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui avec vous.

La Secrète relève le double caractère de Prophète et d’Apôtre, qui fait la grandeur de saint Jean ; le Sacrifice qui s’apprête en son honneur va encore augmenter sa gloire, en mettant de nouveau sous nos yeux l’Agneau de Dieu qu’il annonça et qu’il montra au monde.

Communion (Luc 1, 76) :
Toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut : car tu marcheras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies.

L’Époux est en possession de l’Épouse, et c’est Jean-Baptiste qui lui a préparé les voies, ainsi que le rappelle l’Antienne de la Communion. Le moment des Mystères est celui où, chaque jour, il répète : L’Époux est celui à qui est l’Épouse ; l’ami de l’Époux, qui se tient près de lui et l’entend, tressaille de joie à la voix de l’Époux : cette joie donc, qui est la mienne, est complète ((Johan. III, 29..

Postcommunion :
Que votre Église, Seigneur, trouve un sujet de joie en la naissance du bienheureux Jean-Baptiste, par qui elle a reconnu l’auteur de sa régénération, Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils. Qui avec vous.

Si la joie déborde en l’Ami de l’Époux, comment l’Épouse, en ce moment béni des Mystères, ne serait-elle pas elle-même toute allégresse et reconnaissance ? Qu’elle exalte donc, en la Postcommunion, celui qui lui fit connaître son Sauveur et Seigneur ! »

 

References   [ + ]

1. Luc. 1, 63-1, 14.
2. Petr. Chrys. Sermo 91.
3. Isai. XLIX, 4-6.) : voici que je vous ai donné pour lumière aux nations, vous êtes le salut que j’enverrai jusqu’aux extrémités de la terre ; pour le peu d’accueil que vous aura fait mon peuple, les rois se lèveront et, à votre parole, ils adoreront le Seigneur qui vous a choisi comme négociateur de son alliance ((Ibid. 8.
4. Ibid. 8..

Enfants de l’Épouse, entrons dans ses pensées ; comprenons quelle reconnaissance doit être la nôtre, à nous gentils, envers celui à qui toute chair devra d’avoir connu le Sauveur ((Ibid. XL, 5.

5. Ibid. XL, 5.. Du désert, où sa voix stigmatisait l’orgueil des descendants des patriarches, il nous voyait succéder à l’altière synagogue ; sans rien diminuer des divines exigences, son austère prédication avait, pour les futurs privilégiés de l’Époux, des ménagements de langage qu’il ne connaissait point avec les Juifs. « Race de vipères, disait-il à ceux-ci, qui donc vous montre à fuir le châtiment qui s’avance ? Faites de dignes fruits de pénitence, et n’allez pas dire : Nous avons pour père Abraham ; car je vous dis, moi, que Dieu peut faire sortir de ces pierres des fils d’Abraham. Pour vous, déjà la cognée est à la racine, et l’arbre stérile sera jeté au feu » ((Luc. III, 7-9.
6. Luc. III, 7-9.. Mais au publicain méprisé, au soldat détesté, à tous les cœurs arides de la gentilité, trop comparables en effet aux rochers du désert, Jean-Baptiste annonçait la grâce qui désaltérerait et féconderait dans la justice leurs âmes desséchées : « Publicains, ne dépassez pas les exigences du fisc ; soldats, contentez-vous de votre solde ((Ibid : 12-14.
7. Ibid : 12-14.. Moïse a donné la loi ; mais meilleure est la grâce, œuvre de celui que j’annonce ((Johan. 1, 15-17.
8. Johan. 1, 15-17. : c’est lui qui ôte les péchés du monde ((Ibid. 29.
9. Ibid. 29., et nous donne à tous de sa plénitude » ((Ibid. 16.
10. Ibid. 16.. Quels horizons nouveaux pour ces délaissés, que le dédain d’Israël avait si longtemps tenus à l’écart ! Mais pour la synagogue, pareille atteinte au privilège prétendu de Juda était un crime. Elle avait supporté les invectives sanglantes du fils de Zacharie ; elle s’était montrée prête à l’acclamer comme le Christ ((Ibid. 19.
11. Ibid. 19. ; mais l’inviter à marcher de pair, elle qui se proclamait pure, avec l’impure gentilité, c’en était trop : Jean, dès ce moment, fut jugé comme le sera son Maître. Jésus, plus tard, insistera sur cette différence de l’accueil fait à son Précurseur par ceux qui l’écoutaient ; il en fera la base de sa sentence de réprobation contre les Juifs : « En vérité, je vous le dis, les publicains et les femmes perdues vous précéderont dans le royaume de Dieu ; car Jean est venu à vous dans la voie de la justice et vous ne l’avez point écouté, tandis que les publicains et les femmes perdues ont reçu sa parole, sans que cette vue vous ait amenés à pénitence » ((Matth. XXI, 31-2 2.
12. Matth. XXI, 31-2 2..

Graduel (Ier. 1, 5 et 9) :
Avant que je t’eusse formé dans les entrailles de ta mère, je t’ai connu : avant que tu fusses sorti de son sein, je t’ai sanctifié.
V/. Alors le Seigneur étendit sa main et toucha ma bouche et me dit.
Allelúia, allelúia. V/. (Luc, 1, 76) Toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies. Alléluia.

A la suite d’Isaïe prophétisant la venue de Jean et du Sauveur, Jérémie, figure de l’un et de l’autre, apparaît au Graduel ; lui aussi fut sanctifié dès le sein de sa mère, et préparé dès lors au ministère qu’il devait remplir. Le Verset demeure en suspens sur l’annonce d’un discours du Seigneur ; selon le rit autrefois usité, il se complétait par la reprise du Graduel. Le Verset alléluiatique est emprunté à l’Évangile, et tiré du Benedictus.

ÉVANGILE.
Suite du Saint Évangile selon saint Matthieu Luc Jean Marc (Luc 1, 57-68) :
Le temps où Élisabeth devait enfanter s’accomplit, et elle mit au monde un fils. Ses voisins et ses parents apprirent que le Seigneur avait signalé envers elle sa miséricorde, et ils l’en félicitaient. Et il arriva qu’au huitième jour ils vinrent pour circoncire l’enfant, et ils l’appelaient Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère, prenant la parole, dit : Non, mais il sera appelé Jean. Ils lui dirent : II n’y a personne dans ta famille qui soit appelé de ce nom. Et ils faisaient des signes à son père, pour savoir comment il voulait qu’on l’appelât. Et, demandant des tablettes, il écrivit : Jean est son nom. Et tous furent dans l’étonnement. Au même instant, sa bouche s’ouvrit, et sa langue se délia, et il parlait en bénissant Dieu. Et la crainte s’empara de tous leurs voisins, et, dans toutes les montagnes de la Judée, toutes ces choses étaient divulguées. Et tous ceux qui les entendirent les conservèrent dans leur cœur, en disant : Que pensez-vous que sera cet enfant ? Car la main du Seigneur était avec lui. Et Zacharie, son père, fut rempli du Saint-Esprit, et il prophétisa, en disant : Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’il a visité et racheté son peuple.

Après les lieux sanctifiés par le passage en ce monde du Verbe fait chair, il n’en est point, dans la Palestine, qui doive intéresser plus l’âme chrétienne que celui où se sont accomplis les événements racontés dans notre Évangile. La ville qu’illustra la naissance du Précurseur se trouve à deux lieues de Jérusalem vers le couchant, comme Bethléhem, où naquit le Sauveur, est à deux lieues au midi de la Ville sainte. Sorti par la porte de Jaffa, le pèlerin qui se dirige vers Saint-Jean-de-la-Montagne rencontre d’abord le monastère grec de Sainte-Croix, élevé sur l’emplacement où furent coupés les arbres dont fut faite la croix du Seigneur. Puis, continuant sa marche à travers le massif des montagnes de Juda, il atteint un sommet d’où se découvre à ses yeux la Méditerranée. La maison d’Obed-Edom qui abrita trois mois l’arche sainte, s’élevait en cet endroit, d’où un sentier rapide conduit au lieu où Marie, la véritable arche d’alliance, passa elle-même trois, mois de bénédictions chez sa cousine Élisabeth. Deux sanctuaires, éloignés d’environ mille pas l’un de l’autre, consacrent les grands souvenirs qui viennent de nous être rappelés par saint Luc : dans l’un fut conçu et naquit Jean-Baptiste ; dans l’autre eut lieu la circoncision du Précurseur, huit jours après sa naissance. Le premier remplace la maison de ville de Zacharie ; il remonte, dans sa forme actuelle, à une époque antérieure aux croisades. C’est une belle église à trois nefs et à coupole, mesurant trente-sept pas en longueur. L’autel majeur est dédié à saint Zacharie, celui de droite à sainte Élisabeth. Sur la gauche, sept degrés de marbre conduisent à une chapelle souterraine creusée dans le roc, et qui n’est autre que l’appartement le plus reculé de la maison primitive : c’est le sanctuaire de la Nativité de saint Jean. Quatre lampes tempèrent l’obscurité de cette crypte vénérable, tandis que six autres, suspendues sous la table même de l’autel, éclairent cette inscription gravée sur le marbre du pavé : HIC PRAECURSOR DOMINI NATUS EST. Unissons-nous en ce jour aux pieux enfants de saint François, gardiens de tant d’ineffables souvenirs ; plus heureux ici qu’à la grotte bénie de Bethléhem, ils n’ont point à disputer au schisme les honneurs qu’au nom de l’Épouse légitime, ils rendent à l’Ami de l’Époux sur le lieu même de sa naissance.

Les traditions locales placent à quelque distance de ce premier sanctuaire, ainsi que nous l’avons dit, le souvenir de la circoncision du Précurseur. Outre sa maison de ville en effet, Zacharie en possédait une autre plus isolée. Élisabeth s’y était retirée durant les premiers mois de sa grossesse, pour goûter dans le silence le don de Dieu ((Luc. I, 24-26.

13. Luc. I, 24-26.. C’était là que Notre-Dame venant de Nazareth l’avait rencontrée, là que s’était produit le sublime tressaillement des enfants et des mères, là que le Magnificat avait prouvé au ciel que la terre désormais l’emportait sur lui dans la louange et l’amour. Il convenait que le chant de Zacharie, le Cantique du matin, retentît lui-même, pour la première fois, au lieu d’où celui du soir était monté comme un encens de si suave odeur. Les récits des anciens pèlerins signalent en cet endroit deux sanctuaires superposés, avec un escalier conduisant de l’un à l’autre : en bas avait eu lieu la rencontre de Marie et d’Élisabeth ; ce fut au-dessus, à l’étage supérieur de la maison de campagne de Zacharie, que se passa la plus grande partie du récit qui vient de nous être proposé par la sainte Église.

Urbain V, en 1368, avait ordonné de chanter le Credo au jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste et durant l’Octave, pour éviter que le Précurseur ne parût inférieur aux Apôtres. La coutume ancienne de supprimer le Symbole en cette fête a néanmoins prévalu ((Jusqu’au Code des Rubriques de Jean XXIII en 1960 où le Credo fut rétabli pour le 24 juin.

14. Jusqu’au Code des Rubriques de Jean XXIII en 1960 où le Credo fut rétabli pour le 24 juin. : non comme une marque d’infériorité, à l’égard de celui qui s’élève au-dessus de tous ceux qui annoncèrent jamais le royaume de Dieu ; mais pour rappeler qu’il acheva sa course avant la promulgation de l’Évangile.

Offertoire (PS., 91, 13) :
Le juste fleurira comme le palmier : et il se multipliera comme le cèdre du Liban.

L’Offertoire est tiré du psaume d’Introït ; c’est le verset qui formait autrefois l’Introït même de la deuxième Messe du Saint, à l’aurore.

Secrète :
Seigneur, nous accumulons les dons sur vos autels : célébrant avec l’honneur qui lui est dû, la nativité de celui qui a rendu hommage au Sauveur du monde, avant sa venue, et qui l’a désigné ensuite comme présent, en la personne de notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui avec vous.

La Secrète relève le double caractère de Prophète et d’Apôtre, qui fait la grandeur de saint Jean ; le Sacrifice qui s’apprête en son honneur va encore augmenter sa gloire, en mettant de nouveau sous nos yeux l’Agneau de Dieu qu’il annonça et qu’il montra au monde.

Communion (Luc 1, 76) :
Toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut : car tu marcheras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies.

L’Époux est en possession de l’Épouse, et c’est Jean-Baptiste qui lui a préparé les voies, ainsi que le rappelle l’Antienne de la Communion. Le moment des Mystères est celui où, chaque jour, il répète : L’Époux est celui à qui est l’Épouse ; l’ami de l’Époux, qui se tient près de lui et l’entend, tressaille de joie à la voix de l’Époux : cette joie donc, qui est la mienne, est complète ((Johan. III, 29.

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