5e Dimanche après Pâques – textes et commentaire

Nous vous proposons une présentation des textes liturgiques propres à ce dimanche (rite catholique traditionnel), avec leur commentaire.

« L’homme échappe au meilleur de lui-même avec une facilité déconcertante. L’Église nous exhorte au sérieux de la pratique chrétienne (Ép.) et nous fait demander à Dieu, avec la grâce de penser juste, celle d’y conformer notre conduite (coll.)
L’exhortation à la prière est fréquente dans les évangiles de ces derniers dimanches après Pâques ; elle est mise en rapport avec l’envoi de l’Esprit-Saint et la prière même du Christ.
»

Dom G. Lefèbvre

TEXTES AVEC COMMENTAIRE DE DOM GUÉRANGER
(dans l’Année liturgiquedisponible ici avec ses autres livres)

Note : cette fois nous mettons la belle introduction de Dom Guéranger, avant la messe commentée proprement dite :

« Encore quatre jours, et le divin Ressuscité, dont la société nous était si chère et si précieuse, aura disparu de la terre. C’est par cette annonce que ce cinquième dimanche après la joyeuse Pâque semble nous préparer à la séparation. Le dimanche suivant ouvrira la longue série de ceux qui doivent se succéder d’ici qu’il revienne pour juger le monde. A cette pensée, le cœur du chrétien se serre ; car il sait qu’il ne verra son Sauveur qu’après cette vie ; et il s’unit à la tristesse que ressentirent les Apôtres à la dernière Cène, lorsqu’il leur dit cette parole : « Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus [1]Johan. XVI, 16. ».

Mais après la résurrection de leur Maître, quelle dut être l’angoisse de ces hommes privilégiés qui comprenaient enfin ce qu’il était, lorsqu’ils s’aperçurent comme nous que l’heureuse quarantaine, si rapidement écoulée, touchait bientôt à sa fin ! Avoir vécu, pour ainsi dire, avec Jésus glorifié, avoir ressenti les effets de sa divine condescendance, de son ineffable familiarité, avoir reçu de sa bouche tous les enseignements qui devaient les mettre en état d’accomplir ses volontés, en fondant sur la terre cette Église qu’il était venu choisir pour son Épouse ; et se trouver tout d’un coup livrés à eux-mêmes, privés de sa présence visible, ne plus voir ses traits, ne plus entendre sa voix, et mener jusqu’au bout leur carrière avec de tels souvenirs : c’est le sort qui attendait les Apôtres et qu’ils avaient à accepter.

Nous éprouverons quelque chose de ce qu’ils durent ressentir, si nous nous sommes tenus unis à notre mère la sainte Église. Depuis le jour où elle ouvrit en notre faveur la série des émotions qui la transportent chaque année, lorsqu’elle repasse successivement tant de sublimes anniversaires, à partir de celui de la Naissance de son Emmanuel, jusqu’à celui de sa triomphante Ascension au ciel, n’est-il pas vrai que nous aussi nous avons vécu en société avec son divin Époux, qui est en même temps notre Rédempteur, et qu’au moment de le voir disparaître aux regards de notre foi attentive jusqu’à cette heure à le suivre dans tous ses états, l’émotion que ressentirent les Apôtres vient nous gagner nous-mêmes ?

Mais il est sur la terre, à la veille du jour où Jésus doit la quitter pour le ciel, une créature dont nous ne pourrons jamais sonder ni décrire les sentiments ; c’est Marie qui avait retrouvé son fils, et qui voit approcher le moment où il va s’éloigner encore. Jamais cœur ne fut plus soumis aux volontés de son Maître souverain ; mais jamais aussi semblable sacrifice ne fut demandé à une créature. Jésus veut que l’amour de Marie croisse encore, et c’est pour cela qu’il la soumet à l’épreuve de l’absence. Il veut en outre qu’elle coopère à la formation de l’Église, qu’elle ait la main dans ce grand œuvre qui ne devait s’élever qu’avec son concours. C’est en cela que se montre encore l’amour de Jésus pour sa mère ; il désire pour elle le mérite le plus grand, afin de déposer sur sa tète le diadème le plus glorieux, au jour où elle montera au ciel à son tour pour y occuper le trône qui a été préparé pour elle au-dessus de toute la création glorifiée.

Ce n’est plus, il est vrai, un glaive de douleur qui transpercera le cœur de Marie ; c’est le feu d’un amour que nul langage ne saurait décrire qui consumera ce cœur dans une angoisse à la fois poignante et délicieuse, sous l’effort de laquelle elle tombera un jour, comme le fruit mûr que la branche de l’arbre ne soutient plus, parce qu’elle n’a plus rien à lui donner. Mais à ces instants suprêmes où nous sommes, dans les dernières étreintes de ce fils divin qui va la laisser en exil, quel serrement au cœur d’une telle mère qui n’a joui que durant quarante jours du bonheur de le voir glorieux et triomphant, et de recevoir ses divines et filiales caresses !

C’est la dernière épreuve de Marie ; mais en face de cette épreuve elle n’a encore que sa même réponse : « Voici la servante du Seigneur. ; qu’il me soit fait selon votre parole. » Sa vie tout entière est dans le bon plaisir de Dieu, et c’est ainsi qu’elle devient toujours plus grande, plus rapprochée de Dieu. Une sainte âme du XVIIe siècle, favorisée des plus sublimes révélations, nous a appris que le choix fut donné à Marie d’entrer dans le repos de la gloire avec son fils, ou de demeurer encore sur la terre dans les labeurs de l’enfantement de la sainte Église ; mais qu’elle préféra retarder les joies maternelles que lui réservait l’éternité, et servir, aussi longtemps qu’il plairait à la divine Majesté, au grand œuvre qui importait tant à l’honneur de son fils et au bien de la race humaine, dont elle était devenue aussi la mère.

Si un tel dévouement éleva la coopératrice de notre salut au plus haut degré de la sainteté, en lui faisant atteindre le point culminant de sa mission, on est en droit de conclure que l’amour de Jésus pour sa mère s’accrut encore, lorsqu’il reçut d’elle une marque si sensible de l’union qu’elle avait aux plus intimes désirs de son cœur sacré. De nouveaux témoignages de sa tendresse furent pour Marie la récompense de cet oubli d’elle-même, et de cette conformité aux desseins qui l’appelaient à être véritablement dès ici-bas la Reine des Apôtres, comme l’appelle l’Église, et la coadjutrice de leurs travaux.

Le Seigneur, durant ces dernières heures, allait multipliant les témoignages de sa bonté envers tous ceux qu’il avait daigné admettre dans sa familiarité. Pour plusieurs d’entre eux la séparation devait être longue. Jean le bien-aimé aurait à attendre plus de cinquante années sa réunion à son Maître divin. Ce ne serait qu’après trente ans que Pierre monterait à son tour sur l’arbre de la croix, pour se réunir à celui qui lui avait confié les clefs du royaume des cieux. Le même intervalle de temps devait être rempli par les soupirs enflammés de Madeleine ; mais aucun d’eux ne murmurait ; car tous sentaient qu’il était juste que le divin Rédempteur du monde, ayant suffisamment établi la foi de sa résurrection, « entrât enfin dans sa gloire [2]Luc. XXIV, 26. ».

Jésus avait fait donner ordre à ses disciples par les Anges, le jour même de sa résurrection, de se rendre en Galilée pour y jouir de sa présence. Nous avons vu comment ils obéirent à cet ordre, et en quelle manière le Sauveur se manifesta à sept d’entre eux sur les bords du lac de Génésareth ; ce fut la huitième des manifestations que les Évangiles ont enregistrées. La neuvième eut lieu pareillement dans la Galilée. Jésus aimait cette contrée, au sein de laquelle il avait pris la plupart de ses disciples, où Marie et Joseph avaient habité, et où lui-même avait passé tant d’années dans le travail et l’obscurité. La population, plus simple et plus morale que celle de la Judée, l’attirait davantage. Saint Matthieu nous révèle que la plus solennelle des manifestations de Jésus ressuscité, celle que nous compterons pour la dixième de fait, et pour la neuvième de celles que rapportent les Évangélistes, eut lieu sur une montagne de cette contrée [3]Matth. XXVIII, 16..

Selon le sentiment de saint Bonaventure et celui du pieux et savant Denys le Chartreux, cette montagne fut le Thabor, dont le sommet avait déjà été honoré par le mystère de la Transfiguration. Là se trouvèrent réunis, comme nous l’apprenons de saint Paul, plus de cinq cents disciples de Jésus [4]I Cor. XV, 5., assemblée formée en grande partie des habitants de la Galilée qui avaient cru en Jésus dans le cours de sa prédication, et qui avaient mérité d’être témoins de ce nouveau triomphe du Nazaréen. Jésus se montra à leurs regards, et leur donna une telle certitude de sa résurrection que l’Apôtre des Gentils, écrivant aux chrétiens de Corinthe, invoque leur témoignage à l’appui de ce mystère fondamental de notre foi.

Désormais nous demeurons sans renseignements positifs sur ce qui se passa encore dans la Galilée, quant à ce qui est des manifestations du Sauveur ressuscité ; mais nous savons qu’il intima à ses disciples l’ordre de se rendre à Jérusalem, où il devait bientôt reparaître à leurs yeux une dernière fois, avant de monter aux cieux. Suivons en ces jours la marche des disciples vers la ville coupable. Combien de fois, dans cette même ville, Jésus avait voulu réunir ses fils comme la poule ramasse ses poussins sous ses ailes, et elle ne l’a pas voulu [5]Matth. XXIII, 37. ! Il va revenir dans ses murs ; mais elle ne le saura pas. Il ne se montrera pas à elle, il ne se révélera qu’à ses amis, et il partira en silence, pour ne plus revenir qu’au jour où il viendra juger ceux qui n’ont pas connu le temps de sa visite.

Le cinquième dimanche après Pâques, dans l’Église grecque, est appelé le dimanche de l’Aveugle-né, parce qu’on y lit le récit de l’Évangile où est rapportée la guérison de cet aveugle. On l’appelle aussi le dimanche de l’Épisozomène, qui est un des noms par lesquels les Grecs désignent le mystère de l’Ascension, dont la solennité, chez eux comme chez nous, interrompt le cours de cette semaine liturgique.

A LA MESSE.

Introït (Is. 48, 20)
Avec des cris de joie, publiez-le, faites-le savoir, alléluia ; proclamez-le jusqu’aux extrémités de la terre : le Seigneur a délivré son peuple, alléluia, alléluia.
(Ps 65, 1-2) Poussez vers Dieu des cris de joie, ô terre entière ; chantez un hymne à son nom ; rendez glorieuse sa louange.

Isaïe, le plus sublime des Prophètes, a fourni la matière de l’Introït. Sa voix éclatante et mélodieuse convie toutes les nations de la terre à célébrer la victoire que le divin Ressuscité a remportée, et dont le prix a été notre délivrance.

Collecte
Dieu, de qui procèdent tous les biens, accordez à vos serviteurs suppliants : que, par votre inspiration, nos pensées se portent à ce qui est bien ; et que notre volonté, guidée par vous, l’accomplisse.

Dans la Collecte, la sainte Église nous apprend que nos pensées et nos actions, pour être méritoires de la vie éternelle, ont besoin de la grâce qui inspire les unes et aide notre volonté à accomplir les autres.

ÉPÎTRE.
Lecture de l’Épître du Bienheureux Apôtre Jacques (Iac. 1, 22-27) :
Mes bien-aimés, mettez cette parole en pratique, et ne vous contentez pas de l’écouter, vous trompant vous-mêmes. Car si quelqu’un écoute la parole et ne la met pas en pratique, il est semblable à un homme qui regarde dans un miroir son visage naturel, et qui, après s’être regardé s’en va, et oublie aussitôt quel il était. Mais celui qui aura considéré attentivement la loi parfaite de la liberté, et qui l’aura fait avec persévérance, arrivant ainsi, non à écouter pour oublier, mais à pratiquer l’œuvre prescrite celui-là trouvera le bonheur dans son activité. Si quelqu’un croit être religieux, et ne met pas un frein à sa langue, mais trompe son propre cœur, la religion de cet homme est vaine. La religion pure et sans tache devant Dieu notre Père consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leur tribulation, et à se conserver pur du siècle présent.

Le saint Apôtre dont nous venons d’entendre les conseils avait reçu les leçons du Sauveur ressuscité ; nous ne devons donc pas être étonnés du ton d’autorité avec lequel il nous parle. Jésus, ainsi que nous l’avons raconté, avait même daigné lui accorder une de ses manifestations particulières : ce qui nous montre l’affection dont il honorait cet Apôtre, auquel les liens du sang le rattachaient par sa mère nommée aussi Marie. Nous avons vu cette sainte femme se rendre au sépulcre, avec Salomé sa sœur, dans la compagnie de Madeleine. Jacques le Mineur est véritablement l’Apôtre du Temps pascal, où tout nous parle de la vie nouvelle que nous devons mener avec le Christ ressuscité. Il est l’Apôtre des œuvres, et c’est lui qui nous a transmis cette maxime fondamentale du christianisme, que si la foi est nécessaire avant tout au chrétien, cette vertu, sans les œuvres, est une foi morte qui ne pourrait le sauver. Il insiste aujourd’hui sur l’obligation où nous sommes de cultiver en nous-mêmes l’attention aux vérités que nous avons une fois comprises, et de nous tenir en garde contre cet oubli coupable qui cause tant de ravages dans les âmes inconsidérées. Parmi ceux en qui s’est accompli le mystère de la Pâque, il en est qui n’y persévéreront pas ; et ce malheur leur arrivera, parce qu’ils se livreront au monde, au lieu d’user du monde comme n’en usant pas [30]. Rappelons-nous toujours que nous devons marcher dans une vie nouvelle, à l’imitation de celle de notre divin Ressuscité qui ne peut plus mourir.

Allelúia, allelúia. V/. Le Christ est ressuscité, et il a fait lever sa lumière sur nous, qu’il a rachetés de son sang.
Allelúia. V/. (Ioann. 16, 28) Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; je quitte de nouveau le monde, et je vais auprès du Père. Alléluia.

Les deux Versets de l’Alléluia célèbrent l’éclat de sa résurrection ; mais déjà son Ascension prochaine y est annoncée. Sorti du Père éternellement, descendu dans le temps jusqu’à notre terrestre demeure, il nous avertit que sous peu de jours il va remonter à son Père.

ÉVANGILE.

Suite du Saint Évangile selon saint Jean (Ioann. 19, 23-30) :
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. Je vous ai dit ces choses en paraboles. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vous parlerai ouvertement du Père. En ce jour-là, vous demanderez en mon nom ; et je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous ; car le Père vous aime lui-même, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; je quitte de nouveau le monde, et je vais auprès du Père. Ses disciples lui dirent : Voici que, maintenant, vous parlez ouvertement, et vous ne dites plus de parabole. Maintenant nous savons que vous savez toutes choses, et que vous n’avez pas besoin que personne ne vous interroge ; voilà pourquoi nous croyons que vous êtes sorti de Dieu.

Lorsque le Sauveur, à la dernière Cène, annonçait ainsi à ses Apôtres son prochain départ, ils étaient loin encore de comprendre tout ce qu’il était. Déjà cependant ils croyaient « qu’il était sorti de Dieu ». Mais cette croyance était faible, puisqu’elle devait s éteindre sitôt. Dans les jours où nous sommes, entourant leur Maître ressuscité, illuminés par sa parole, ils savent mieux ce qu’il est. Le moment est arrivé « où il ne leur parle plus en paraboles » ; nous avons vu quels enseignements il leur donne, comme il les prépare à devenir les docteurs du monde. C’est maintenant qu’ils peuvent lui dire : « O Maître, vous êtes véritablement sorti de Dieu. » Mais par là même ils comprennent davantage la perte dont ils sont menacés ; ils ont l’idée du vide immense que son absence leur fera sentir.

Jésus commence à recueillir le fruit que sa divine bonté a semé en eux, et qu’il a attendu avec une si ineffable patience. Si, lorsqu’ils étaient autour de lui à la table de la Cène, il les félicitait déjà sur leur foi ; maintenant qu’ils l’ont vu ressuscité, qu’ils l’ont entendu, ils méritent bien autrement ses éloges ; car ils sont devenus plus fermes et plus fidèles. « Le Père vous aime, leur disait-il lors de cette dernière cène, parce que vous m’avez aimé ; » combien plus le Père doit-il les aimer, maintenant que leur amour s’est accru ! Que cette parole nous donne espérance. Avant la Pâque, nous aimions faiblement le Sauveur, nous étions chancelants à son service ; maintenant que nous avons été instruits par lui, nourris de ses mystères, nous pouvons espérer que le Père nous aimera ; car nous aimons davantage, nous aimons mieux son Fils. Ce divin Rédempteur nous invite à demander au Père en son nom tous nos besoins. Le premier de tous est la persévérance dans l’esprit de la Pâque ; insistons pour l’obtenir, et offrons à cette intention la divine Victime qui dans peu d’instants sera présentée sur l’autel.

Offertoire (Ps. 65, 8-9 et 20) :
Nations, bénissez notre Dieu et faites entendre les accents de sa louange ; c’est lui qui a conservé la vie à mon âme, et qui n’a point permis que mes pieds soient ébranlés. Béni soit Dieu qui n’a pas rejeté ma prière ni éloigné de moi sa miséricorde, alléluia.

L’Offertoire est emprunté des Psaumes ; c’est un chant d’action de grâces que le fidèle, uni à Jésus ressuscité, offre à Dieu qui a daigné l’établir dans la vie nouvelle, en lui faisant part de ses miséricordes les plus choisies.

Secrète :
Recevez, Seigneur les prières des fidèles avec l’oblation de ces hosties, afin que, par ces pieux témoignages de notre dévotion, nous parvenions à la gloire céleste.

Dans la Secrète, l’Église demande pour nous l’entrée dans la gloire céleste, dont la Pâque terrestre est l’introduction. Tous les mystères divinement opérés ici-bas ont pour but de nous sanctifier, afin que nous devenions mûrs pour la vision et la possession éternelle de Dieu ; c’est ce que l’Église, instruite par les divines Écritures, appelle la gloire.

Communion (Ps. 95, 2) :
L’Antienne de la Communion est un chant de jubilation qui exprime l’allégresse continue de la Pâque, et dont les accents sont empruntés au Roi-Prophète.

L’Antienne de la Communion est un chant de jubilation qui exprime l’allégresse continue de la Pâque, et dont les accents sont empruntés au Roi-Prophète.

Postcommunion :
Accordez-nous, Seigneur, après nous avoir rassasiés par la vertu du céleste banquet, de désirer ce qui est juste, et de recevoir ce que nous désirons.

La sainte Église nous suggère dans la Postcommunion la formule de nos demandes à Dieu. Il nous faut désirer le bien ; demandons ce désir, et continuons notre prière jusqu’à ce que le bien lui-même nous arrive. La grâce descendra alors, et ce sera à nous de ne la pas négliger.

Nous terminons la journée par cette grave exhortation que l’Église gothique d’Espagne adressait aux fidèles au milieu même des joies pascales, afin de les avertir des précautions qui leur étaient nécessaires pour conserver en eux la vie nouvelle qu’ils avaient reçue.

MISSA
Sachons, frères bien aimés, unir nos transports avec la réserve, nos fêtes avec la vigilance, nos joies avec la règle. Il est juste que nous soyons dans l’allégresse, puisque nous sommes ressuscités ; mais il nous faut craindre aussi, de peur qu’il ne nous arrive de tomber. Entre la vie nouvelle et la mort qui l’a précédée, connaissons bien celle des deux à laquelle nous avons échappé, et choisissons celle que nous devons aimer. Ce n’est pas erreur, c’est mépris, de pécher quand on est averti. Une peine plus sévère attend après la récidive celui qui fut d’abord gracié ; et ce serait une chose indigne si celui que l’on a racheté allait de nouveau retomber dans les fers. Outre la bonté, Dieu possède la puissance ; cette puissance est de nature à nous faire trembler, et la crainte qu’elle inspire vient de ce qu’elle est vengeresse. Si Dieu s’est montré si miséricordieux envers l’homme, c’est que sa colère s’était déchargée d’abord contre le démon. Une grâce toute gratuite nous a rendu nos forces : n’allons pas retomber par le péché dans notre première maladie. C’est dans le but de nous voir corrigés que Dieu nous a octroyé le pardon, et son indulgence demeurera sur nous, si nos offenses ne se renouvellent pas. En nous remettant nos péchés, il nous a avertis de ne pécher plus. Sa clémence a été pour nous un bien, si la pénitence nous a changés. La grâce divine a daigné adopter un pécheur ; mais l’enfer n’a pas encore reçu le démon, et ne s’est pas refermé sur lui. On lui a arraché violemment le pécheur ; mais la nature qui produit le péché est restée. L’arène du combat est ouverte, et le repos n’aurait aucune sûreté. L’adversaire a été dépouillé, mais non tué ; sa rage doit être au comble d’avoir perdu les sujets qu’il dominait avec tant d’empire. La foi est devenue pour nous un camp, la croix une arme, la chair et le sang du Christ un étendard ; reste à attendre le moment de la bataille. Celui qui a voulu nous assujettir au combat comme à une nécessité, approuve en nous l’espoir de la victoire. Il a commencé par nous octroyer le don de l’adoption ; le jugement lui reste à porter sur notre vie. Maintenant il nous promet ses bienfaits : après l’heure du travail viendra le moment critique. Ayons donc devant les yeux le bienfait du Seigneur plein de miséricorde qui, lorsqu’il s’est agi de notre rançon, n’a pas versé un poids d’argent, un talent d’or, ne s’est pas borné à répandre ses grâces, mais s’est soumis à un infâme gibet, acceptant jusqu’à la plus sanglante insulte dans sa chair, l’insulte du tombeau. Certes, il ne pouvait rien faire de plus grand que ce qu’il a fait pour nous, rien de plus avantageux ; mais il a dû exiger que notre service envers lui fût d’autant plus soigneux, qu’il a daigné nous racheter à un plus grand prix. Afin donc qu’il daigne achever en nous les bienfaits de sa rédemption, attachons-nous avec constance et persévérance à la prière. »

Notes   [ + ]

1. Johan. XVI, 16.
2. Luc. XXIV, 26.
3. Matth. XXVIII, 16.
4. I Cor. XV, 5.
5. Matth. XXIII, 37.