Sarkozy : retour sur l’affaire des financements libyens

Les médias évoquent trop vaguement, et sans jamais bien résumer, l’affaire des financements libyens de la campagne de Sarko en 2012. Le journaliste d’investigation Fabrice Arfi revient plus en détail sur le faisceau de preuves qui accable l’ancien président de la République.

  • 1) Le témoignage de Takieddine vient confirmer en tous points (dates, lieux, montants, protagonistes) les aveux sur procès-verbal d’Abadallah Senoussi, ancien chef des services secrets libyens, devant la Cour pénale internationale.

Nous avons déjà raconté les circonstances de l’entretien avec Ziad Takieddine et pourquoi cela le rend aujourd’hui crédible. Je me permets de le redire. Le journaliste indépendant Nicolas Vescovacci, qui a cosigné nos révélations, a rencontré Ziad Takieddine le 18 octobre 2016 dans le cadre d’un projet personnel autour, notamment, de la Libye. Lors de cet entretien, qui a duré plus de quatre heures, l’homme d’affaires franco-libanais lui a confié pour la première fois avoir remis des valises d’espèces en provenance de Libye à MM. Sarkozy et Guéant pour un montant total de 5 millions d’euros.

Trois semaines après cette entrevue, Mediapart rendra public le procès-verbal d’audition – inconnu jusqu’alors et que Ziad Takieddine ne pouvait pas connaître matériellement avant sa révélation – d’Abdallah Senoussi, recueilli en 2012 dans le cadre d’une procédure d’instruction de la CPI. Senoussi y racontait donc, dans le détail, comment il avait fait livrer à MM. Sarkozy et Guéant la même somme de 5 millions d’euros par l’entremise du même Takieddine. La justice française n’a eu connaissance de cette audition devant la CPI que le 20 juin 2016.

En résumé, nous avons aujourd’hui celui qui a remis l’argent en Libye (Senoussi) qui a avoué sur PV et celui qui l’a transporté et livré en France (Takieddine), aussi – après ses confidences à Mediapart, l’homme d’affaires a tout confirmé à la police. Pour ceux qui en doutent, il existe des témoignages concordants qui font des preuves testimoniales.

  • 2) Cela semble avoir échappé à M. Pujadas, mais Ziad Takieddine a livré devant les caméras de l’agence Premières Lignes (qui a filmé ses confidences pour Mediapart) bien plus qu’un témoignage. Ce sont des aveux. L’intermédiaire, pour la première fois, a accepté de s’auto-incriminer, c’est-à-dire de reconnaître la commission d’un possible délit au cœur des secrets financiers entre deux États, la Libye et la France. Cela ne sera pas sans conséquence judiciaire pour lui, à n’en pas douter.
  • 3) Cela ne s’arrête pas là. Comme nous l’avons déjà raconté, l’ancien premier ministre libyen, Choukri Ghanem, avait consigné, en 2007, dans un petit carnet manuscrit l’existence de versements libyens, notamment de… Senoussi, au profit de Nicolas Sarkozy. Et en 2007, la lune de miel entre Kadhafi et Sarkozy était totale. Personne ne peut objecter aujourd’hui que Choukri Ghanem avait anticipé la guerre quatre ans en avance pour consigner la corruption dès 2007, dans le but éventuel de monter une forgerie financière contre Sarkozy pour venger le régime Kadhafi. Cela est impossible matériellement. Il n’est de toute façon pas possible d’opposer quoi que ce soit à Choukri Ghanem : son corps a été retrouvé flottant dans le Danube à Vienne (Autriche), le 29 avril 2012, le lendemain des premières révélations de Mediapart sur la corruption libyenne de Sarkozy.
  • 4) La justice dispose par ailleurs d’éléments matériels qui confirment que Ziad Takieddine s’est bien rendu en Libye à plusieurs reprises entre novembre 2006 et janvier 2007, dates durant lesquelles aurait eu lieu la valse des mallettes, d’après l’intermédiaire. Ils ont aussi des éléments qui prouvent qu’il rencontrait fréquemment à l’époque Claude Guéant, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur. De fait, Takieddine n’est pas n’importe qui dans l’histoire franco-libyenne. Il est celui – et ceci est également documenté par la justice – qui a introduit Nicolas Sarkozy auprès du dictateur libyen en 2005. C’est lui qui a organisé les visites, les déplacements, a parfois assuré la traduction des entretiens, y compris les plus confidentiels.
  • 5) Senoussi est bien connu de l’ancienne présidence de la République et des amis de Nicolas Sarkozy. Comme Mediapart l’a déjà raconté, l’Élysée a tout fait jusqu’en 2009 pour accéder au vœu le plus cher (sans mauvais jeu de mots) de Senoussi : faire tomber le mandat d’arrêt dont il avait écopé en 1999 après avoir été condamné par la cour d’assises de Paris à la réclusion criminelle à perpétuité dans l’affaire de l’attentat du DC-10 d’UTA. Et qui M. Senoussi avait-il choisi comme avocat en novembre 2005, un mois après la première visite de Sarkozy à Tripoli, pour défendre ses intérêts ? Un certain Thierry Herzog, l’avocat personnel de Nicolas Sarkozy.
  • 6) Je passe sur ce que nous avons déjà raconté mille fois sur Mediapart : le document officiel libyen que nous avions révélé et que M. Sarkozy avait qualifié de « faux grossier »la justice lui a donné tort ; la fuite organisée par l’État français du directeur de cabinet de Kadhafi, Bachir Saleh, pourtant recherché par Interpol, au lendemain de révélations de Mediapart ; les témoignages concordants qui parlent des financements libyens de Sarkozy par le clan Kadhafi ; les espèces de l’ambassadeur Boillon, proche de Sarkozy et Kadhafi…

Source : Mediapart

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