Sainte Jeanne d’Arc, modèle de sainteté politique

En ce jour de la solennité de la fête de la sainte nationale, voici un texte de l’abbé Schaeffer – avec d’utiles rappels –  paru dans l’excellente revue L’Héritage (n°9) :

« L’histoire et la mission de Sainte Jeanne d’Arc comportent tous les éléments éclairant notre combat politique, elles suivent l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, les croisant dans la devise célèbre de notre héroïne nationale : « Messire Dieu premier servi ».

Cet ordre, c’est d’abord la naissance dans une famille chrétienne, dans l’éducation maternelle, avec l’appui d’une paroisse chrétienne, de la doctrine et des sacrements. Tel est l’ordre établi par Dieu, dans sa création et dans sa grâce.

Le deuxième miracle, si l’on peut dire, c’est le recours aux institutions légitimes de la nation française, la monarchie avec sa loi de succession, son caractère surnaturel  continué dans le sacre.  Enfin le prix de cette restauration de l’ordre temporel, c’est le sacrifice rédempteur de Jeanne, l’amour de Dieu l’emporte définitivement sur l’amour d’elle-même dans les flammes du bûcher de Rouen.

Nous pouvons être fiers et disciples de notre héroïne nationale, nous avons à apprendre d’elle la sainteté, elle éclate dans la limpidité d’une âme aimant Dieu sans retour sur elle-même dans l’obéissance et la docilité jusqu’à la fin de sa vie. Elle est l’instrument dans les mains de Dieu pour le salut de la France occupée par les Anglais, réduite à l’autorité d’un Dauphin en déroute et doutant de lui-même. La réponse vient d’un cœur de vingt ans résolu de tout souffrir pour accomplir la tâche assignée à sa faiblesse par le Bon Dieu. Son audace et son courage, Jeanne les puisent dans un renoncement à toutes les choses terrestres, dans son attachement à Dieu seul : « Je m’en remets de tout à Dieu pour créateur, dira-t-elle à ses juges, je l’aime de tout mon cœur, je m’en remets à mon juge, c’est le roi du ciel et de la terre ». Elle-même dans ses paroles définit sa sainteté. Don total de Jeanne parce qu’elle a entendu dans son coeur et sur son pays souffler la voix de Dieu.

En ce XVe siècle troublé, Dieu voulait une vierge inspirée pour redresser les voies de la Chrétienté en péril. Il se choisit une petite paysanne pour triompher au mépris des diplomates, des savants et des grands de ce monde. La marque divine est assurée. Une jeune paysanne de dix-sept ans pouvait-elle sans la volonté d’en haut affronter les hommes de guerre et ceux du pouvoir ?  Traverserles combats et les bandes de pillards, aller sur les grands chemins, les rivières, forcer les ponts-levis et aller jusqu’au Roi ? Combattante, elle se jette sur les bastides anglaises, elle entraîne les hommes d’armes pourris par les cantonnements des arrières. Elle renverse les intrigues, les inerties, les trahisons pour conduire à Reims un pauvre prince et en faire un roi. Puis, à 19 ans, elle se retrouve en prison les fers aux pieds, privée de la Sainte Eucharistie, un an de cachot, trois mois de procès, puis ce supplice l’horrifiant,  le feu où elle va mourir, s’écriant entre deux invocations du nom de Jésus « Mes voix étaient bien de Dieu ». Elle persiste jusque dans la mort par le témoignage de sa foi.

Telle est l’épopée de Jeanne, ses victoires, sa prison et sa mort. Le lien entre l’obéissance et la charité resplendit dans sa docilité et son humilité. « Sans la grâce de Dieu, déclare-t-elle, je ne saurais rien faire, tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par commandement de Notre-Seigneur ». Nous découvrirons ensemble Jeanne comme modèle de perfection chrétienne et comme sainte politique.

Jeanne, modèle de perfection chrétienne

Dieu est à l’œuvre. Jeanne a 12 ans, elle garde les troupeaux familiaux. Une voix du ciel l’avertit : « Jeanne, tu es celle que le Roi du Ciel a choisi pour le relèvement du Royaume de France. Le Roi du Ciel l’ordonne et le veut, la volonté qui s’accomplit dans le ciel, s’accomplira sur la terre ». Il en résulte chez Jeanne une plus grande piété prouvant que le ciel lui donne son éducation spirituelle. De Saint Michel, elle apprend la grande pitié du Royaume de France, en même temps elle reçoit une préparation aux objectifs politiques et militaires. Si bien que lorsque vient le moment de partir, elle ne s’étonne de rien, elle sait comme elle doit agir dans les conseils politiques comme sur les champs de batailles. « Je suis née pour cela », elle l’affirme : « Il faut que j’aille vers le Gentil Dauphin, c’est la volonté du Seigneur, le roi du ciel, que j’aille vers lui, dussé-je m’user les jambes jusqu’aux genoux ». A l’heure du départ, elle dit clairement à Jean de Metz : « Il n’est personne au monde, ni roi, ni duc, ni fille du roi d’Ecosse, ni autres qui puissent secourir le royaume de France. Il n’y a de secours à espérer que de moi ».

Sa mission politique lui est dictée d’en haut, elle la reçoit dans l’humilité, la Providence indique tout. Les obstacles ne l’effrayent point. « Quand j’eusse eu cent pères et cent mères et que je fusse fille de Roi, je serai partie ». Elle en témoigne lors au procès car « mes dits et mes faits sont de la part de Dieu ». Dans cette soumission à la volonté divine, elle puise la force de passer outre aux tendresses familiales. Pour suivre ses voix, elle s’arrache aux siens « Va, fille de France ». Elle va, passant outre les dires des juristes, des conseillers et des politiciens à l’affût des trêves, « Vous avez été à votre conseil, leur rétorque-t-elle, j’ai été au mien qui vaut mieux que le vôtre ». Il lui faudra parler devant les grands, ne rien céder à l’opposition des puissants, à l’inertie du Roi. Elle affronte les autorités prêtes aux compromis, elle menace le roi étranger, remonte le moral des populations abattues et impose à l’armée le respect de Dieu.

La foi de Jeanne emporte tout, communicative elle devient irrésistible. Elle a parfaitement compris que c’est le péché mortel qui fait perdre les batailles. Aux hommes d’armes déjà surpris d’avoir à s’enrôler sous la bannière d’une jeune fille, elle impose « qu’ils se missent en état d’entrer en la grâce de Dieu et que s’ils sont en bon état avec l’aide de Dieu, ils obtiendront la victoire ». La veille du grand combat d’Orléans, elle fit publier que « nul n’alla le lendemain à l’assaut s’en s’être présenté à confesse ». Aussitôt, la victoire remportée, elle envoie son chapelain « avertir publiquement tous les hommes d’armes de confesser leurs péchés et de rendre grâce à Dieu de leur victoire. Sans quoi, elle ne resterait pas parmi eux, et les laisserait là ». Devant Paris, c’est la retraite imbécile, « la ville eut été prise » soutient Jeanne mais l’archevêque de Reims est là, il prêche la modération : « Composons, composons, la paix, la paix ». Le lendemain, Jeanne sentant la trahison, sa mission change de forme. Ses ennemis la disent sorcière, la volonté royale s’embrouille dans les compositions diplomatiques. Sous les remparts de Melun, une voix lui souffle « Il faut que tu sois prise ».
Dans la perspective du procès devenu le mémorial de ses victoires et de sa passion, le témoignage de cette charité supérieure suprême où la vie s’offre à l’exemple du Christ au calvaire.

Elle sera brûlée vive pour n’avoir pas voulu renier cette mission surnaturelle dans le temps. Cette jeune fille sans instruction va tout de même tenir tête à cinquante huit juges. Elle triomphe des pièges des théologiens, des canonistes. L’un de ses juges s’en aperçut « Je pense que ce n’est pas elle qui parlait, mais qu’en elle parlait l’Esprit ». Elle admoneste vivement Cauchon : « Evêque, vous dites que vous êtes bon juge, prenez garde à ce que vous faites, car en vérité je suis envoyée de Dieu et vous vous mettez en grand danger ». Au moment de partir au bûcher, elle s’écrie à nouveau : « Si je ne disais que Dieu m’a envoyé, je me damnerai, Dieu aidant, j’espère aller en paradis ».

Telle est l’âme de Jeanne, en elle retentit le Fiat de la Sainte Vierge, tout y est relatif à Dieu.

Jeanne, Sainte politique

Dieu a fait d’elle la grande sainte de la charité politique, pour appeler à sa suite toutes nos nations à reprendre le chemin du bien commun ouvrant sur le bonheur du ciel. « Tu es phare de civilisation, proclame Pie XII, et l’Europe civilisée et le monde te doivent ce qu’il y a de plus sacré et de plus sain ; de plus sage et de plus honnête chez tous les peuples, ce qui exalte et fait la beauté de leur histoire ». Nous le croyons et l’espérons comme une extrême nécessité. « J’eus cette volonté de croire » avoue Jeanne. Sa politique procède d’en haut, elle a la marque divine, par là elle est présente à toute politique désireuse de la réalisation d’un bien commun temporel s’entrecroisant avec la mission de l’Eglise. Le premier regarde la terre mais il n’oublie pas avec le second : orienter nos âmes vers le jugement de Dieu.

Toute la mission de Jeanne le crie, elle est l’artisan d’un ordre chrétien où se conjugue la nature et la grâce, cette pax donnée par le Christ, vainqueur de la mort. La présence de Jeanne nous invite au combat politique, fondé sur la fidélité aux vertus théologales de foi, d’espérance et de charité.

N’oublions pas sa bravoure militaire, elle frappe tout le monde, son courage et sa science militaire surprennent. Suivant son mot d’ordre « hardiment », elle accourt et se bat là où est le péril, elle persiste lorsque les autres abandonnent. Jamais elle ne commande la retraite, jamais elle n’envisage la défaite. Blessée au siège de Paris, il faut l’arracher de force du fossé où elle combat. La force de tenir puis de passer à l’attaque, dans sa certitude inébranlable du secours divin avec lequel elle bouscule des obstacles humainement insurmontables. La flamme du bûcher, consumant son corps, inscrit dans le ciel que Dieu seul a sauvé la France.

Jeanne est pour nous un modèle, mais aussi un avertissement face à trop de complaisance envers les comportements du monde, elle balaye de son épée nos propres théories et nos recettes politiques. La politique de Jeanne est le contraire de la laïcité excluant la foi et le surnaturel de la cité. Au milieu de nos générations ébranlées par le doute, tentées par le désespoir, Jeanne est l’expression de notre identité française, d’une histoire façonnée par l’ordre naturel et divin. La puissance du mal ne l’empêche pas d’agir, de sorte que Jésus-Christ seul assurera la défaite finale de l’ennemi.

L’objet de la mission temporelle de Jeanne est politique, rétablir l’autorité dans la cité, car d’elle vient la relation du bien privé au bien commun. Cette visée politique se place dans le sens de la réalité, nous sommes des êtres dépendants de Dieu. Cette vision de la politiqueécarte les obstacles humains, elle ne se détermine ni par l’esprit de parti, ni pour des intérêts particuliers mais pour l’ordre réel. « Celui, dit le pape Pie XI, de la bonne, de la vraie, de la grande politique, celle dirigée vers le plus haut bien et le bien commun… Tel est ce domaine où la politique qui regarde les intérêts de la société toute entière et qui sous ce rapport est le champ de la plus vaste charité, de la charité politique dont on peut dire qu’aucune autre ne lui est supérieure, sauf celui de la religion ».

Jeanne est là pour le sacre, pour l’intégrité du territoire, elle saisit le problème concrètement. Ce faisant, elle réalise l’union indispensable de la politique nationale et de la religion dans l’unique réalité française. Elle la proclame, elle la défend et la fait émerger d’un immense chaos. Ce n’est pas une sainteté dans les nuages, son sens aigu du bien commun ne se perd pas dans un océan de religiosité humanitaire. Sa foi et son civisme, greffés l’un sur l’autre, sont plantés dans la même terre de France. Pas d’abstraction, pas de « double vérité », la sotte conception de la séparation du religieux et du politique ne l’affleure même pas. Inspirée de Dieu, elle sait que les deux sont inséparables, se compénètrent car ils s’adressent aux mêmes hommes, tout en conservant leur finalité propre en rapport néanmoins avec notre fin ultime.

La partie qui se joue devant Jeanne n’est pas différente des défis actuels, invasions étrangères, trahison des princes et des clercs, démission des corps constitués. En célébrant Sainte Jeanne d’Arc, nous réunissons le national et le religieux, sans nous inquiéter des bons apôtres toujours prêts à s’entendre avec l’ennemi. Nos adversaires sont bien semblables à ceux qui traitent Jeanne de sorcière, de ribaude, d’hérétique, d’invocatrice du démon. Lors de son procès, on l’accuse de « s’opposer à tous les traités de paix, d’inciter les hommes d’armes à la guerre, au meurtre, de faire répandre le sang humain… » Mais pour Jeanne, la première exigence de la vie nationale, c’est l’existence et l’intégrité du territoire, la restauration de l’autorité. Elle appelle cela « la bonne querelle du royaume de France ». Pas de détours, elle va directement au but, ce qu’il faut c’est la délivrance d’Orléans, le sacre du Roi, le départ des Anglais. « Je suis venue pour bouter l’ennemi hors de notre France ». S’ils ne veulent pas en convenir, « elle leur entrera dedans » et elle le fait. Elle offre la paix, mais dans l’honneur, sans question de fléchir sur le prestige et les droits de la patrie. Aux illusionnés de la paix, elle déclare : « la paix nous ne l’aurons qu’ au bout de la lance ». La paix n’existe pas en dehors de la justice, sans l’ordre et sans l’unité. Cette unité repose pour Jeanne dans le partage unanime d’une même foi religieuse et nationale.

Elle appelle tous les Français de son temps et du nôtre à cette solidarité pour la patrie. « Plus il y aura ensemble de sang de France, mieux cela vaudra » et tous se mobilisent. Le pays est là tout entier : miracle bien français et toujours possible si la France veut retrouver en Jeanne, son âme, sa foi et son œuvre, si en face des idéologues malfaisants et des traîtres, la foi rend aux Français la ferveur des heures glorieuses de son histoire.

Nous l’avons vu, la politique de Jeanne, c’est d’abord la subordination de l’autorité humaine à l’autorité divine. La fidélité de la nation à elle-même, à son intégralité morale et matérielle. C’est la justice sociale, l’amour du peuple dans l’accord harmonieux des libertés naturelles garanties par l’autorité.
La reconquête commence dans nos familles capables de faire jaillir d’autres Jeanne, dans les communautés, bases de la réalisation du bien commun, dans la restauration à tous les niveaux , familles, métiers, cités, de la notion de Bien Commun.
La mission de Jeanne continue, ses voix ne nous disent pas autre chose, elles nous dictent d’aller hardiment au combat que Dieu réclame de nous. Avec des cœurs dépouillés des péchés, des cœurs « doux et humbles » à l’image du Cœur Sacré de Jésus mais en même temps magnanimes – « en nom Dieu, les hommes d’armes batailleront, Dieu donnera la victoire », le message est toujours actuel « Je veux régner, révèle Jésus à Sainte Marguerite-Marie, et je régnerai malgré Satan et tous ceux qui voudraient s’y opposer ».

A la suite de Jeanne, Dieu attend notre générosité, l’élan de notre charité et Il nous donne gratuitement la grâce d’accomplir, non ce qui vient uniquement de nous, mais ce qui naît directement de lui. Sainte Jeanne d’Arc et la cohorte de nos héros nationaux, en tous temps de notre histoire nous en fournissent la preuve et la conviction d’un combat utile et à l’heure de Dieu  victorieux. »


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1 commentaire concernant l'article “Sainte Jeanne d’Arc, modèle de sainteté politique”

  1. Sainte Jeanne d’Arc revenez ils sont pires que jamais, ne tardez pas , vous aurez du travail, beaucoup de travail, nous obéirons à vos ordres.

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