Messe du 24e Dimanche après la Pentecôte (textes et commentaires)

Nous vous proposons une présentation liturgique de ce dimanche (rite catholique traditionnel).
Le Christ prêchant, par paraboles
« Jésus est Dieu, car il nous révèle « des choses cachées depuis la création du monde » (Év.). Sa parole, qu’il compare à une petite semence jetée dans le champ du monde et à un peu de levain mis dans la pâte, est divine, car elle apaise nos passions et produit dans notre cœur les merveilles de foi, d’espérance et de charité (Ép.) que nous réalisons dans nos paroles et nos actions (Or.). »

Dom G. Lefebvre

Commentaire de Dom Guéranger (in L’année liturgique ; livres ici) :

Introït (Ier. 29,11,12 et 14.) :
« Moi, j’ai des pensées de paix et non d’affliction, dit le Seigneur ; vous m’invoquerez et je vous exaucerai, et je ramènerai vos captifs de tous les lieux.
Vous avez béni, Seigneur, votre terre, vous ayez délivré Jacob de la captivité. » (Ps. 84, 2.)
La demande du pardon revient sans cesse dans la bouche du peuple chrétien, parce que la fragilité de la nature entraîne sans cesse, ici-bas, le juste lui-même [1]Prov. XXIV, 16.. Dieu sait notre misère ; il pardonne sans fin, à la condition de l’humble aveu des fautes et de la confiance dans sa bonté. Tels sont les sentiments qui inspirent à l’Église les termes de la Collecte du jour.

Collecte :
Nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, faites que méditant toujours les vérités que vous avez proposées à notre intelligence, nous recherchions dans nos paroles et accomplissions dans nos actes ce qui vous est agréable.

ÉPÎTRE.
Lecture de l’Epître de Saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens
(Col. 1, 9-14.) :
Mes Frères : Nous rendons à Dieu pour vous tous de continuelles actions de grâces, en faisant mémoire de vous dans nos prières, en rappelant sans cesse devant notre Dieu et Père, les œuvres de votre foi, les sacrifices de votre charité et la constance de votre espérance en Jésus-Christ, sachant, frères bien-aimés de Dieu, comment vous avez été élus ; car notre prédication de l’Evangile ne vous a pas été faite en parole seulement, mais elle a été accompagnée de miracles, de l’effusion de l’Esprit-Saint et d’une pleine persuasion ; vous savez aussi quels nous avons été parmi vous pour votre salut. Et vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, en recevant la parole au milieu de beaucoup de tribulations avec la joie de l’Esprit-Saint, au point de devenir un modèle pour tous ceux qui croient dans la Macédoine et dans l’Achaïe. En effet, de chez vous, la parole du Seigneur a retenti non seulement dans la Macédoine et dans l’Achaïe, mais partout votre foi en Dieu s’est fait si bien connaître que nous n’avons pas besoin d’en rien dire. Car tous en parlant de nous racontent quel accès nous avons eu auprès de vous, et comment vous vous êtes convertis des idoles au Dieu vivant et vrai, pour le servir, et pour attendre des cieux son Fils, qu’il a ressuscité des morts, Jésus, qui nous sauve de la colère à venir.

L’éloge que fait ici saint Paul de la fidélité des chrétiens de Thessalonique à la foi qu’ils avaient embrassée, éloge que l’Église nous remet aujourd’hui sous les yeux, semblerait plutôt un reproche pour les chrétiens de nos jours. Livrés encore la veille au culte des idoles, ces néophytes s’étaient élancés avec ardeur dans la carrière du christianisme, au point de mériter l’admiration de l’Apôtre. De nombreuses générations chrétiennes nous ont précédés ; nous avons été régénérés dès notre entrée en cette vie ; nous avons sucé, pour ainsi dire, avec le lait, la doctrine de Jésus-Christ : et cependant notre foi est loin d’être aussi vive, nos mœurs aussi pures que l’étaient celles de ces premiers fidèles. Toute leur occupation était de servir le Dieu vivant et véritable, et d’attendre l’avènement de Jésus-Christ ; notre espérance est la même que celle qui faisait battre leurs cœurs ; pourquoi n’imitons-nous pas la foi généreuse de nos ancêtres ? Le charme du présent nous séduit. L’incertitude de ce monde passager est-elle donc ignorée de nous, et ne craignons-nous pas de transmettre aux générations qui nous suivront un christianisme amoindri et stérile, tout différent de celui que Jésus-Christ a établi, que les Apôtres ont prêché, que les païens des premiers siècles embrassaient au prix de tous les sacrifices ?

Graduel (Ps. 43, 8-9.) :
Vous nous avez délivrés, Seigneur, de ceux qui nous affligeaient et vous avez confondu ceux qui nous haïssaient.
En Dieu nous nous glorifierons tout le jour et nous célébrerons à jamais votre nom.
Allelúia, allelúia. V/.Ps, 129, 1-2.
Du fond des abîmes je crie vers vous, ô Seigneur ; Seigneur, exaucez ma prière. Alléluia.

ÉVANGILE
Lecture du Saint Evangile selon saint Mathieu
(24, 15-35.):
En ce temps là : Jésus proposa aux foules cette parabole : « Le royaume de cieux est semblable à un grain de sénevé, qu’un homme a pris et a semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, lorsqu’il a poussé, il est plus grand que les plantes potagères et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent nicher dans ses branches. » Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des cieux est semblable au levain qu’une femme prit et mélangea dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout eût fermenté. » Jésus dit aux foules toutes ces choses en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, pour que s’accomplît la parole dite par le prophète : J’ouvrirai ma bouche en paraboles, je proférerai des choses cachées depuis la création du monde.

Notre Seigneur nous donne ici deux symboles bien expressifs de son Église, qui est son Royaume, et qui commence sur la terre pour s’achever au ciel. Quel est ce grain de sénevé, caché dans l’obscurité du sillon, inconnu à tous les regards, reparaissant ensuite comme un germe à peine perceptible, mais croissant toujours jusqu’à devenir un arbre : sinon cette Parole divine répandue obscurément dans la terre de Judée, étouffée un instant par la malice des hommes jusqu’à être ensevelie dans un sépulcre, puis s’échappant victorieuse et s’étendant bientôt sur le monde entier ? Un siècle ne s’était pas écoulé depuis la mort du Sauveur, que déjà son Église comptait des membres fidèles, bien au delà des limites de l’Empire romain. Depuis lors, tous les genres d’efforts ont été tentés pour déraciner ce grand arbre : la violence, la politique, la fausse sagesse, y ont perdu leur temps. Tout ce qu’elles ont pu faire a été d’arracher quelques branches ; mais la sève vigoureuse de l’arbre les a aussitôt remplacées. Les oiseaux du ciel qui viennent chercher asile et ombrage sous ses rameaux, sont, selon l’interprétation des Pères, les âmes qui, éprises des choses éternelles, aspirent vers un monde meilleur. Si nous sommes dignes du nom de chrétiens, nous aimerons cet arbre, et nous ne trouverons de repos et de sécurité que sous son ombre tutélaire. La femme dont il est parlé dans la seconde parabole, est l’Église notre mère. C’est elle qui, au commencement du christianisme, a caché, comme un levain secret et salutaire, la divine doctrine dans la masse de l’humanité. Les trois mesures de farine qu’elle a fait lever pour en former un pain délectable sont les trois grandes familles de l’espèce humaine, issues des trois enfants de Noé, et auxquelles remontent tous les hommes qui habitent la terre. Aimons cette mère, et bénissons ce levain céleste auquel nous devons d’être devenus enfants de Dieu, en devenant enfants de l’Église.

Offertoire (Ps. 129, 1-2.) :
Du fond des abîmes. je crie vers vous, ô Seigneur, Seigneur, exaucez, ma prière. Du fond des abîmes je crie vers vous, Seigneur.

Secrète :
Nous vous en prions, ô Dieu, faites que l’offrande de ce sacrifice nous purifie et nous renouvelle, nous dirige et nous protège.
Préface de la Sainte Trinité.

Communion (Marc. 11, 24.) :
En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous le recevrez et cela vous sera donné.

Postcommunion :
Nourris de celui qui fait les délices du ciel, nous vous en supplions, Seigneur, faites que nous ayons toujours faim de ce même aliment au moyen duquel nous vivons véritablement.

Commentaire de Dom Pius Parsch (in Le guide dans l’année liturgique):

« Le sénevé est le Christ mystique.

La fin approche de plus en plus : le royaume de Dieu parvient à la maturité parfaite. Extérieurement, il ressemble à l’arbre puissant, les peuples de la terre habitent dans ses branches. Intérieurement, il pénètre, comme le levain, l’homme tout entier. Nous apportons notre concours à ce double travail par le saint apostolat et notre sanctification personnelle. A l’approche de la fin de l’année liturgique, faisons un examen de conscience pour voir si nous méritons, nous aussi, la louange que notre mère, l’Église, nous adresse dans l’Épître.

1. Pensées du Dimanche. — On éprouve une consolation sans pareille quand on suit, en qualité de chrétien, le développement et l’activité de l’Église à travers les siècles. Elle est sortie du cénacle comme un petit grain de sénevé, puis s’est propagée sans arrêt, d’abord à Jérusalem, ensuite en Palestine, pour être portée plus tard par saint Paul dans le monde païen. Au premier siècle, il n’y a déjà plus une ville de l’empire romain où elle n’ait posé le pied. 300 ans de persécutions n’ont pas pu arrêter sa marche pacifique ; le sang des martyrs fut la semence des chrétiens. La voici qui parvient chez les peuples germaniques ; toujours le même spectacle : peu de siècles après, ils étaient devenus chrétiens. Et ce n’était pas là une simple croissance extérieure, mais aussi une transformation intérieure. La face du monde s’est véritablement renouvelée. Pensons seulement à l’esclavage, à la condition de la femme, de l’enfant. Le christianisme a vraiment agi comme un levain dans le monde.

Pourtant, si édifiante que soit cette contemplation, pour nous, amis de la liturgie, elle est encore trop extérieure. Le grain de sénevé est le Christ mystique qui atteint la taille d’un arbre puissant. Chaque saint, qui lui a été incorporé par le baptême, forme un rameau et le demeure après sa mort. Le nombre des élus est déterminé par Dieu ; aussitôt que le dernier rameau sera fixé sur l’arbre du Christ mystique, la mission de l’Église sera terminée. Maintenant, à la fin de l’année liturgique, nous regardons l’arbre pour voir dans quelles proportions le sénevé s’est développé. — Le levain, c’est la vie divine en nous ; elle doit pénétrer tous les domaines. Les saints nous font mieux comprendre ce que cela signifie. Toute leur vie en a été pénétrée. Mais nous avons trouvé la voie pour réaliser, nous aussi, personnellement, cette double parabole. Il convient particulièrement à la fin de l’année liturgique de nous demander : Comment le Christ a-t-il grandi en nous ? Comment a-t-il agi en nous à la manière d’un levain ? Ici, nous pouvons nous faire l’application de l’Épître : avons-nous « une foi agissante, un amour prêt au sacrifice, une espérance ferme en Notre Seigneur Jésus Christ ? » — Encore une pensée : L’Eucharistie est aussi un grain de sénevé ; elle est le levain. Tous les dimanches, le Divin Semeur jette ce grain dans notre âme et, pendant la semaine, ce grain doit devenir un arbre qui porte feuilles, fleurs et fruits. Tous les dimanches, la « femme », l’Église, mêle à la farine de l’âme le levain de l’Eucharistie (le mot fermentum désignait, dans la primitive Église, l’Eucharistie envoyée par le Pape) ; maintenant notre âme a besoin d’un levain. C’est le rôle de l’Eucharistie : elle n’est pas un arbre, ni un pain levé, mais un petit grain et un levain ; elle est une force et une grâce qui ne deviennent efficaces qu’avec la collaboration de la volonté humaine.

2. La Messe (Dicit Dominus). — Nous sommes de nouveau sous l’impression des derniers jours ; à l’Introït, nous entendons le Juge parler avec douceur et cependant avec gravité : Mes pensées sont des pensées de paix, et non de châtiment… Une fois encore, nous voyons dans le cortège du clergé notre propre retour dans la maison du Père céleste. Après nous être ainsi remémoré le jour qui approche, nous revenons, à l’Oraison, dans la vie réelle. Ah ! Combien nous voudrions ne dire, ne faire, ne méditer que ce qui est agréable à Dieu (Or.). Si le Seigneur revenait maintenant (et chaque messe est déjà une anticipation de son retour), dans quel état trouverait-il le monde, l’Église et notre âme ? Saint Paul nous montre l’image d’une communauté de choix (et aussi d’un Apôtre idéal). Qu’en est-il de notre foi, de notre charité ? En nous aussi, l’Évangile apparaît-il dans toute sa force et sa riche plénitude ? Sommes-nous un exemple pour les autres croyants ? Et attendons-nous vraiment le Sauveur qui descendra du ciel ? A la pensée de cet idéal et de l’attente du Seigneur, nous chantons encore une fois le De profundis. L’Évangile appartient tout entier à notre cercle de pensées. Le royaume de Dieu doit être réalisé sur terre ; cette réalisation présente deux aspects : du point de vue extérieur, tout ce qui est capable de rédemption doit être incorporé au corps mystique du Christ ; l’arbre de l’Église doit donc recevoir son complet couronnement. Toutefois, du point de vue intérieur, le levain de la vie divine doit pénétrer toute la masse. Quand ce moment sera venu, et il dépend des voies de Dieu, alors l’Église retournera dans sa patrie pour le festin éternel. Nous avons déjà montré plus haut l’application des deux paraboles à la messe : l’Eucharistie est un grain de sénevé et un levain qui ne deviennent efficaces qu’avec notre collaboration. Puisse donc la messe d’aujourd’hui, semblable au levain, agir en nous, « en nous purifiant, en nous renouvelant, en nous dirigeant, en nous protégeant » (Secr.).

3. Le fermentum. — Autrefois, à la messe du Pape, c’était l’usage que deux acolytes apportent, au début, sur l’autel, une parcelle de la Sainte Eucharistie provenant de la messe précédente ; cette parcelle (nommée sancta) était déposée, après le Pater noster, dans le calice. Cette cérémonie avait pour but d’exprimer l’unité et l’union qui existaient entre la messe précédente et la messe actuelle. Dans d’autres églises de Rome, on déposait à ce moment dans le calice le fermentum (c’est-à-dire le levain) ; c’était une parcelle consacrée que le Pape envoyait, le dimanche ou les jours de fête, aux autres églises de Rome, en signe de communion avec le Siège Apostolique. La veille du dimanche des Rameaux, le Pape envoyait aussi le fermentum aux évêques voisins pour la prochaine fête de Pâques. Le fermentum était donc un magnifique symbole de l’unité de l’Église et de l’unité du Sacrifice. »

source Introibo

Notes   [ + ]

1. Prov. XXIV, 16.