Dimanche de Pâques – textes et commentaire

Nous vous proposons une présentation des textes liturgiques propres à ce dimanche (rite catholique traditionnel), avec leur commentaire.

la descente du Christ aux enfers

« Inaugurées dans la nuit de Pâques, les fêtes de la Résurrection vont se prolonger pendant quarante jours. Elles se complèteront par les fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte, couronnement des mystères du Christ et rayonnement de sa vie sur la nôtre par l’envoi du Saint-Esprit.

Le Temps pascal est le temps de la vie nouvelle. Celle du Sauveur d’abord, à jamais vivant d’une vie qui n’appartient plus à la terre, et qu’un jour nous partagerons au ciel avec lui. La nôtre ensuite ; du Christ à nous, il y a plus que la certitude de le rejoindre ; arrachés par lui au pouvoir de Satan, nous lui appartenons comme sa conquête et nous participons à sa vie. »

Dom G. Lefebvre

 TEXTES AVEC COMMENTAIRE DE DOM GUÉRANGER
(dans l’Année liturgiquedisponible ici avec ses autres livres)

« […] A la différence des autres dimanches de l’année, on ne bénit pas l’eau aujourd’hui pour l’Aspersion. Il y a quelques heures à peine, le Pontife a sanctifié cet élément avec les rites les plus sublimes, avant de l’employer à la régénération de nos néophytes. L’eau qui va servir à purifier l’assemblée sainte a été puisée dans la fontaine même dont ils sont sortis tout éclatants de blancheur. Pendant qu’on la répand sur les fidèles, le chœur chante l’Antienne Vidi aquam.

Dans les Églises des Gaules et des autres contrées occidentales, on chanta longtemps, à la Procession qui précédait la Messe, d’admirables strophes de saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers. Nous les donnerons ici, persuadé qu’elles seront agréables au pieux lecteur, et qu’elles l’aideront à entrer dans l’esprit de la grande solennité à laquelle elles servaient à préparer nos pères. On y retrouve l’enthousiasme qui a dicté le Vexilla regis et l’Hymne du saint Chrême ; c’est la même diction, ferme, énergique, un peu rude ; mais c’est aussi la même piété, le même enthousiasme et la même richesse d’images et de sentiment. Le chant qui accompagnait ces paroles est venu jusqu’à nous sur les manuscrits, et respire la majesté et l’onction.

CHANT PASCAL DES ÉGLISES DES GAULES.
Salut, jour solennel, vénérable dans tous les âges !
Jour où un Dieu triomphe du tombeau, et prend possession des cieux.
La terre, qui reprend son éclat et sa beauté, _ annonce que toute créature renaît aujourd’hui avec son auteur.
On répète : Salut, jour solennel.
Pour applaudir au triomphe du Christ sortant du tombeau, les forêts se couvrent de feuillage, les plantes étalent leur floraison.
La lumière, les cieux, les campagnes, les mers, célèbrent de concert
le Dieu qui s’élève au-dessus des astres, vainqueur de la loi du trépas.
Le Dieu crucifié naguère règne maintenant sur l’univers ;
la création entière adresse d’humbles vœux à son auteur.
O Christ, Sauveur de l’univers, créateur plein de bonté,
rédempteur de ton œuvre, Fils unique d’un Père qui est Dieu.
Toi qui, voyant le triste naufrage du genre humain,
daignas te faire homme pour délivrer l’homme.
Toi qui, non content de naître dans un corps, voulus dévouer
à la mort cette chair en laquelle tu pris une humble naissance.
Auteur de la vie artisan du monde, tu t’es abaissé jusqu’au sépulcre ;
pour nous assurer le salut, tu t’es engagé dans la voie du tombeau.
Mais voici que les chaînes lugubres des régions souterraines se sont rompues ;
l’abîme épouvanté a senti dans son sein pénétrer une lumière puissante.
A la présence du Christ rayonnant, les ténèbres s’effacent ;
les ombres épaisses de l’éternelle nuit ont disparu.
Ce n’est pas tout encore, ô puissant Roi ! Il est temps de dégager ta promesse ;
le troisième jour est venu ; lève-toi, mon Dieu enseveli !
Tes membres sacrés ne doivent pas plus longtemps reposer sous une vile pierre ;
la roche grossière ne doit plus retenir la rançon du monde.
Écoute ma prière, secoue ces linceuls, laisse ce suaire au fond du sépulcre ;
n’es-tu pas notre bien unique, celui sans lequel tout est néant ?
Délie ces générations captives dans leurs prisons souterraines ;
ramène dans les hauteurs tout ce qui avait croulé dans les abîmes.
Rends-nous ton visage béni, afin que le monde revoie la lumière ;
rends-nous le jour qui s’est éclipsé, au moment où tu expirais.
Mais tu as été fidèle, ô vainqueur plein de bonté ! le monde t’a vu reparaître ;
la mort est écrasée sous tes pieds ; ils sont abrogés, les droits dont elle osait se prévaloir.
Monstre au gosier béant et insatiable, elle engloutissait notre race ;
la voilà maintenant devenue ta proie, ô Dieu !
Elle revomit avec terreur ces générations qu’elle avait englouties dans sa férocité ;
et c’est l’Agneau qui arrache les brebis de la gueule loup.
En ce jour, ô divin Roi, le triomphe que tu remportas alors renouvelle une partie de sa splendeur ;
aujourd’hui que le lavoir sacré comble la félicité des âmes qu’il a rendues pures.
Une blanche armée s’élance du sein des eaux limpides,
et les âmes ont lavé la tache du péché dans les flots renouvelés par la bénédiction.
Un vêtement sans souillure exprime l’éclat dont elles brillent ;
et le pasteur se réjouit à la vue de son troupeau plus blanc que la neige.
Salut, jour solennel, vénérable dans tous les âges !
Jour où un Dieu triomphe du tombeau, et prend possession des cieux.

Tous les préludes au Sacrifice étant terminés, la voix des chantres se fait entendre avec éclat et mélodie. Ils exécutent le solennel Introït, durant lequel le Pontife, entouré des Prêtres, des Diacres et des ministres inférieurs, se dirige vers l’autel. Ce chant d’entrée est le cri de l’Homme-Dieu sortant du tombeau, et adressant à son Père céleste l’hommage de sa reconnaissance.

Introït (Ps. 1 38, 18 et 5-6) :
Je suis ressuscité, et je suis encore avec Vous, Alléluia : Vous avez posé votre main sur moi, alléluia ; Votre sagesse a fait des merveilles, alléluia, alléluia.
Ps. (Ibid, 1-2)  Seigneur, Vous m’avez éprouvé et vous me connaissez : vous avez été témoin de ma mort et de ma résurrection.

Dans la Collecte, la sainte Église célèbre le bienfait de l’immortalité rendue à l’homme par la victoire que le Rédempteur a remportée sur la mort ; et elle demande que les vœux de ses enfants s’élèvent toujours plus haut vers cette sublime destinée.

Collecte :
O Dieu, qui avez en ce jour, par la victoire de votre Fils unique sur la mort, ouvert pour nous l’entrée de l’éternité : secondez de votre secours les vœux que vous nous inspirez, en nous prévenant au moyen de votre grâce.

ÉPÎTRE.
Lecture de l’Epître de Saint Paul Apôtre aux Corinthiens (1 Cor. 5, 7-8) :
« Mes Frères : purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, comme vous êtes des pains sans levain. Car le Christ, notre Pâque, a été immolé. Célébrons donc la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec les pains de levains de la sincérité et de la vérité. »

Dieu avait ordonné aux Israélites de manger l’Agneau pascal avec du pain azyme, c’est-à-dire sans levain ; leur enseignant, sous ce symbole, qu’ils devaient, avant de prendre ce repas mystérieux, renoncer à la vie passée, dont les imperfections étaient figurées par le levain. Nous chrétiens, qui sommes entraînés par le Christ vers cette vie nouvelle dont il nous a ouvert la voie en ressuscitant le premier, il nous faut désormais ne plus tendre qu’à des œuvres pures, à des actions saintes, azyme destiné à accompagner notre divin Agneau pascal, qui devient notre nourriture aujourd’hui.

Graduel (Ps. 117, 24 et 1) :
Voici le jour que le Seigneur a fait, passons-le dans l’allégresse et dans la joie.
V./ Célébrez le Seigneur parce qu’il est bon, parce que sa miséricorde est éternelle.
Allelúia, allelúia.
V/. Le Christ, notre Pâque, a été immolé.

Le Graduel est formé de ces joyeuses paroles que l’Église a extraites du Psaume CXVII, et qu’elle répète à toutes les heures du jour en cette solennité de la Pâque. Aujourd’hui, l’allégresse est un devoir pour tout chrétien ; tout nous y engage, et le triomphe de notre bien-aimé Rédempteur, et les grands biens qu’il a conquis pour nous. La tristesse aujourd’hui serait une protestation coupable contre les bienfaits dont Dieu a daigné nous combler en son Fils, qui non seulement a daigné mourir pour nous, mais encore a voulu pour nous ressusciter.

Le verset alléluiatique nous donne un des motifs de la joie qui doit nous faire tressaillir aujourd’hui. Un festin est dressé pour nous ; l’Agneau est prêt ; cet Agneau est Jésus immolé, et désormais vivant : immolé, afin que nous soyons rachetés dans son sang ; vivant, pour nous communiquer l’immortalité qu’il a conquise.

Pour accroître la joie des fidèles, la sainte Église ajoute à ses chants ordinaires une œuvre lyrique dans laquelle respire le plus vif enthousiasme envers le Rédempteur sortant du tombeau. Cette composition a reçu le nom de Séquence, parce qu’elle est comme une suite et un prolongement du chant de l’ Alléluia.

Séquence (Ps. 59, 4 et 6) :
« A la victime pascale, que les Chrétiens immolent des louanges.
L’Agneau a racheté les brebis : le Christ innocent a réconcilié les pécheurs avec son Père.
La vie et la mort se sont affronté en un duel prodigieux : l’Auteur de la vie était mort, il règne vivant.
Dis-nous, Marie, qu’as-tu vu en chemin ?
J’ai vu le tombeau du Christ vivant, et la gloire du ressuscité.
J’ai vu les témoins angéliques, le suaire et les linceuls.
Il est ressuscité, le Christ, mon espérance : il vous précèdera en Galilée.
Nous le savons : le Christ est ressuscité des morts : ô Vous, Roi vainqueur, ayez pitié de nous. Amen. Alléluia.
V/. Guérissez ses brisures, car elle est ébranlée.
V/. Afin que vous élus fuient devant l’arc : qu’ils soient délivrés. »

ÉVANGILE.
Lecture du Saint Evangile selon saint Marc.(16, 1-7) :
« En ce temps-là : Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller oindre Jésus. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil s’étant déjà levé. Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre de l’entrée du sépulcre ? » Et ayant levé les yeux, elles virent que la pierre avait été roulée : or elle était fort grande. Entrant dans le sépulcre, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur. Mais il leur dit : « Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici. Voici le lieu où on l’avait mis. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre, qu’il vous précède en Galilée : là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. »  »
La sainte Église emprunte aujourd’hui à saint Marc, de préférence à tout autre Évangéliste, le récit de la Résurrection. Saint Marc fut disciple de saint Pierre ; il écrivit son Évangile à Rome, sous les yeux du Prince des Apôtres. Il est convenable que, dans une telle solennité, on entende, en quelque sorte, la voix de celui que le divin ressuscité a proclamé la Pierre fondamentale de son Église, et le Pasteur suprême des brebis et des agneaux.

« Il est ressuscité ; il n’est plus ici » : un mort que des mains pieuses avaient étendu là, sur cette table de pierre, dans cette grotte ; il s’est levé, et tout à coup, sans même déranger la pierre qui fermait l’entrée, il s’est élancé dans une vie qui ne doit plus finir. Personne ne lui a porté secours ; nul prophète, nul envoyé de Dieu ne s’est penché sur le cadavre pour le rappeler à la vie. C’est lui-même qui, par sa propre vertu, s’est ressuscité. Pour lui la mort n’a pas été une nécessité ; il l’a subie, parce qu’il l’a voulu ; il l’a brisée, quand il l’a voulu. O Jésus qui vous jouez de la mort, vous êtes le Seigneur notre Dieu ! Nous fléchissons le genou devant ce sépulcre vide, que votre séjour de quelques heures a rendu sacré pour jamais. « Voici le lieu où ils vous avaient mis. » Voici les linceuls, les bandelettes, qui n’ont pu vous retenir, et qui attestent votre passage volontaire sous le joug de la mort.

L’Ange dit encore aux femmes : « Vous cherchez Jésus de Nazareth qui a été crucifié. » Souvenir plein de larmes ! Avant-hier, on apporta ici sa dépouille meurtrie, déchirée, sanglante. Cette grotte dont la pierre a été arrachée violemment par la main de l’Ange, et que cet Esprit céleste illumine d’une éblouissante clarté, couvrit de son ombre sépulcrale la plus éplorée des mères ; elle retentissait des sanglots de Jean et des deux disciples, des lamentations de Madeleine et de ses compagnes. Le soleil disparaissait à l’horizon, et le premier jour de la sépulture de Jésus allait commencer. Mais le Prophète avait prédit : « Au soir régneront les pleurs ; mais au matin éclatera l’allégresse. » [14] Nous sommes à cet heureux matin ; et notre joie est grande, ô Rédempteur, de voir que ce même tombeau où nous vous accompagnâmes avec une douleur sincère n’est plus que le trophée de votre victoire. Elles sont donc guéries, ces plaies sacrées que nous baisions avec amour, en nous reprochant de les avoir causées. Vous vivez plus glorieux que jamais, immortel ; et parce que nous avons voulu mourir à nos péchés, pendant que vous mouriez pour les expier, vous voulez que nous vivions avec vous éternellement, que votre victoire soit la nôtre, que la mort, pour nous comme pour vous, ne soit qu’un passage, cl qu’elle nous rende un jour intact et radieux ce corps que la tombe ne recevra plus désormais que comme un dépôt. Gloire soit donc à vous, honneur et amour, ô Fils éternel de Dieu, qui avez daigné non seulement mourir, mais encore ressusciter pour nous ! L’Offertoire reproduit les paroles dans lesquelles David annonce le tremblement de terre qui signala l’instant de la résurrection de l’Homme-Dieu. Ce globe a été témoin des plus sublimes manifestations de la puissance et de la bonté de Dieu ; et le souverain maître a voulu plus d’une fois qu’il s’associât, par des mouvements en dehors des lois communes, aux scènes divines dont il était le théâtre.

Offertoire (Ps. 75, 9-10) :
La terre a tremblé et s’est tue lorsque Dieu s’est levé pour rendre justice, alléluia.

Le peuple saint tout entier va s’asseoir au banquet pascal ; l’Agneau divin convie tous les fidèles à se nourrir de sa chair ; l’autel est tout chargé des hosties qu’ils ont présentées ; la sainte Église, dans la Secrète, implore pour ces heureux convives les grâces qui leur assureront l’immortalité bienheureuse dont ils vont recevoir le gage.

Secrète :
Recevez, nous vous en supplions, Seigneur, les prières de votre peuple avec l’oblation de ce sacrifice : qu’inauguré par les mystères de Pâques, il nous serve par votre action de remède pour l’éternité.

A la Messe papale, au moyen âge, pendant que le Pontife récitait cette oraison secrète, les deux plus jeunes Cardinaux-diacres se détachaient de leurs collègues, et, couverts de leurs dalmatiques blanches, venaient se placer chacun à l’une des extrémités de l’autel, la face tournée vers le peuple. Ils représentaient les deux Anges qui gardaient le tombeau du Sauveur, et qui apparurent aux saintes femmes et leur annoncèrent la résurrection de leur maître. Ces deux diacres demeuraient à cette place en silence, jusqu’au moment où le Pontife quittait l’autel à l’Agnus Dei, pour remonter à son trône, sur lequel il devait accomplir la sainte communion.

On observait encore un autre usage non moins touchant, à Sainte-Marie-Majeure. Lorsque le Pape, après la fraction de l’hostie, adressait à l’assistance le souhait de la paix par les paroles accoutumées : Pax Domini sit semper vobiscum, le chœur ne répondait pas, comme aux jours ordinaires : Et cum spiritu tuo. La tradition racontait que, dans cette même solennité et dans cette même Basilique, saint Grégoire le Grand célébrant un jour le divin sacrifice, et ayant prononcé ces mêmes paroles qui font descendre l’Esprit de paix sur l’assemblée sainte, un chœur d’Anges lui répondit avec une si suave mélodie, que les voix de la terre se turent, n’osant s’unir au concert céleste. L’année suivante, on attendit, sans oser répondre au Pontife, que les voix angéliques se fissent entendre de nouveau ; cette attente dura plusieurs siècles ; mais le prodige que Dieu avait fait une fois pour son serviteur Grégoire ne se renouvela pas. Enfin le moment où la foule des fidèles va participer au divin banquet est arrivé. L’antique Église des Gaules faisait retentir alors un appel sublime, qu’elle adressait à toute cette multitude désireuse du pain de vie. Cette Antienne lyrique se conserva dans nos cathédrales, après même l’introduction de la Liturgie romaine par Pépin et Charlemagne ; et elle n’a succombé totalement que par suite des innovations du siècle dernier. Le chant qui l’accompagnait respire la majesté des mystères : nous plaçons ici les paroles, comme pouvant aider les fidèles à s’approcher avec plus de respect de cette table sacrée où le divin Agneau pascal est au moment de se donner à eux.

APPEL DU PEUPLE A LA COMMUNION.
Peuples, venez ; approchez-vous de l’immortel mystère : venez goûter la libation sacrée.
Avançons avec crainte, avec foi, les mains pures ; venons nous unir à celui qui est le prix de notre pénitence : l’Agneau offert en sacrifice à Dieu son Père.
Adorons-le, glorifions-le, et avec les Anges, chantons Alléluia.

Pendant que les ministres du festin pascal distribuent la nourriture sacrée, l’Église célèbre, dans l’Antienne de la communion, le véritable Agneau pascal, dont l’immolation mystique a eu lieu sur l’autel et qui demande à ceux qui se nourrissent de lui la pureté du cœur, figurée sous l’apparence de l’azyme qui le dérobe à nos regards.

Communion (1 Cor. 5, 7-8) :
Le Christ, notre Pâque, a été immolé, alléluia : ainsi mangeons-Le avec les azymes de la sincérité et de la vérité, alléluia, alléluia.

La dernière prière de l’Église en faveur de son peuple qui vient de se nourrir de Dieu, implore pour tous les convives du festin sacré l’esprit de charité fraternelle, qui est l’esprit de la Pâque. En prenant notre nature par l’incarnation, le Fils de Dieu nous a rendus ses frères ; en versant son sang pour nous tous sur la croix, il nous a unis tous ensemble par le lien de la Rédemption ; en ressuscitant aujourd’hui, il nous unit encore dans l’immortalité.

Postcommunion :
Répandez sur nous, Seigneur, l’Esprit de votre charité : et par votre bonté, unissez dans la concorde ceux que vous avez rassasiés de ces mystères de Pâques.

Après la bénédiction du Pontife, la foule s’écoule bénissant Dieu, dans l’attente de la solennité des Vêpres qui, par sa pompe inaccoutumée, va mettre le comble à toutes les magnificences de cette solennelle journée.

A Rome, le Pape descend les degrés de son trône ; le front ceint de la triple couronne, il s’assied sur la sedia gestatoria, et, majestueusement porté sur les épaules des serviteurs du palais, il s’avance vers la grande nef. A un endroit marqué, il descend et s’agenouille humblement. Alors, du haut des tribunes de la coupole, des prêtres revêtus de l’étole montrent au Pontife et au peuple le bois sacré de la Croix, et le voile appelé la Véronique, sur lequel sont empreints les traits défigurés du Sauveur marchant au Calvaire. Ce souvenir des douleurs et des humiliations de l’Homme-Dieu, évoque au moment même où son triomphe sur la mort vient d’être proclamé avec tant d’éclat, relève encore la gloire et la puissance du divin ressuscité, et rappelle à tous avec quel amour et quelle fidélité il a daigne remplir la mission qu’il avait acceptée pour notre salut. Ne dit-il pas lui-même, aujourd’hui, aux disciples d’Emmaüs : « Il fallait que le Christ souffrît, et qu’il entrât dans sa gloire par le chemin de la souffrance ? » [15] La Chrétienté, en la personne de son auguste chef, rend hommage en ce moment à ces souffrances et à cette gloire. Après une humble adoration, le Pontife reçoit de nouveau la triple couronne, remonte sur la sedia, et est porté vers la galerie du haut de laquelle il va répandre sur le peuple immense qui couvre la place de Saint-Pierre la bénédiction apostolique, avec le rite imposant que nous avons décrit au Jeudi saint.

Au temps où le Pontife romain avait sa résidence au palais de Latran, et célébrait la fonction pascale à Sainte-Marie-Majeure, il se rendait à la Basilique monté sur une haquenée caparaçonnée de blanc, couvert du pluvial et la tiare en tête. Au retour de la Messe, il se rendait dans la salle des festins, appelée le Triclinium leonianum, vaste pièce construite et décorée par saint Léon III, et dont les mosaïques retraçaient les images du Christ et de saint Pierre, de Constantin et de Charlemagne. Là une table était dressée, à laquelle étaient conviés, pour s’asseoir près du Pontife, cinq Cardinaux, cinq Diacres et le Primicier de la Basilique de Latran. Non loin de la table particulière du Pape, il y avait une douzième escabelle qui devait être occupée par le prieur appelé Basilicaire. Les serviteurs apportaient alors l’Agneau pascal étendu sur un plat somptueux. Le Pape bénissait ce mets, dont la présence annonçait que la loi sévère de l’abstinence avait cessé. C’était le Pontife lui-même qui servait et envoyait à ses convives les portions de l’animal rôti ; mais il en détachait d’abord un morceau qu’il mettait dans la bouche du prieur Basilicaire, dont la place à part n’était pas la plus honorable, en lui disant avec une allusion qui eût semblé dure, si elle n’eût été promptement corrigée : « Ce que vous avez à faire, faites-le vite ; toutefois cette parole qui fut dite pour la condamnation, c’est pour la rémission que je vous l’adresse. » Une gaieté grave et douce présidait à ce repas solennel qui commençait sans lecture ; mais vers le milieu du festin, l’archidiacre avant fait un signe, un diacre s’avançait, et lisait pendant quelque temps. On introduisait ensuite les chantres de la cour, et ils exécutaient, avec toutes les traditions de la musique romaine, quelqu’une des belles Séquences dont on se délectait alors ; le Pape désignait lui-même celle qu’il voulait entendre. Le concert terminé, les musiciens baisaient les pieds du Pontife, qui daignait verser à chacun une rasade du vin de sa table ; et tous recevaient en gratification un besant par les mains du sacellaire.

Telles étaient les mœurs naïves du moyen âge ; mais l’usage de faire bénir et de manger la chair d’un agneau, le jour de Pâques, s’est conservé jusqu’à nos jours dans les contrées où la loi de l’abstinence a survécu au relâchement que nous voyons s’étendre d’année en année d’une manière si déplorable. On aurait mauvaise grâce, en effet, de ramener en triomphe sur nos tables un mets qui en a été banni à peine durant quelques jours. Néanmoins nous donnerons ici, comme complément des rites de la Pâque chrétienne, la prière que l’Église emploie pour la bénédiction de l’Agneau pascal. Le pieux fidèle verra avec plaisir cette formule antique qui nous reporte à d’autres mœurs, et il demandera à Dieu le retour de cette simplicité et de cette foi pratique qui donnaient un sens si profond et une si solide grandeur aux moindres circonstances de la vie de nos aïeux.

BÉNÉDICTION DE L’AGNEAU PASCAL.
O Dieu, qui, au jour de la délivrance de votre peuple du joug de l’Égyptien, avez ordonné par votre serviteur Moïse que l’on immolât un agneau en figure de notre Seigneur Jésus-Christ, et qui avez commandé que l’on marquât du sang de cet agneau les portes des maisons ; daignez bénir et sanctifier cette créature de chair, dont nous, vos serviteurs, désirons faire usage à votre gloire, pour fêter la résurrection du même Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

La chair des animaux n’est pas le seul mets qu’interdit aux chrétiens la loi quadragésimale ; cette loi prohibe également les œufs, en leur qualité de nourriture animale. Cette prescription est toujours en vigueur ; et il est nécessaire que, chaque année, une dispense plus ou moins étendue vienne légitimer l’usage d’un aliment qui, de tout temps, a été proscrit pendant la sainte quarantaine. Les Églises de l’Orient ont mieux conservé leur discipline, et ne connaissent pas ces dispenses. Dans leur joie simple de recouvrer un aliment dont la suspension leur avait été pénible, les fidèles ont demandé à l’Église de bénir les premiers œufs qui paraîtront sur la table pascale : et voici la prière que l’Église emploie pour répondre à leur désir :

BÉNÉDICTION DES ŒUFS DE PÂQUES.
Daignez, Seigneur, répandre la grâce de votre bénédiction sur ces œufs, qui sont vos créatures ; afin qu’ils soient une nourriture salubre aux fidèles qui vont s’en nourrir en action de grâces de vos bienfaits, en ce jour de la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

Qu’il soit donc joyeux le festin pascal, béni par l’Église notre Mère, et qu’il accroisse, par sa sainte liberté, l’allégresse de ce grand jour ! Les fêles de la religion doivent être des fêtes de famille chez les chrétiens ; mais, dans tout le Cycle, il n’en est aucune qui soit comparable à celle-ci, que nous avons attendue si longtemps, à travers tant de tristesses, et qui nous a apporté dans un même moment les miséricordes du Seigneur qui pardonne et les espérances de l’immortalité. »

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