Dimanche après l’Ascension – (textes et commentaire de la messe)

Nous vous proposons une présentation des textes liturgiques propres à ce dimanche (rite catholique traditionnel), avec leur commentaire. « Avant de monter au Ciel, Jésus avait promis à ses apôtres, à la dernière cène, qu’il ne les laisserait pas orphelins, mais qu’il leur enverrait l’Esprit-Saint, comme un autre lui-même. L’Esprit rendrait témoignage de lui et le remplacerait auprès d’eux jusqu’à ce qu’il revienne.
Depuis plusieurs dimanches déjà l’Église nous rappelle ces promesses. Elle nous prépare à la Pentecôte en ravivant notre foi dans ce qu’est l’Esprit-Saint dans la vie de l’Église et de nos âmes chrétiennes. »

Dom G. Lefèbvre

TEXTES AVEC COMMENTAIRE DE DOM GUÉRANGER
(dans l’Année liturgiquedisponible ici avec ses autres livres)

« Jésus est monté aux cieux. Sa divinité n’en avait jamais été absente, mais aujourd’hui son humanité y est intronisée, elle y est couronnée d’un diadème de splendeur ; et c’est là encore une nouvelle face du glorieux mystère de l’Ascension. A cette humanité sainte le triomphe ne suffisait pas ; le repos lui était préparé sur le trône même du Verbe éternel auquel elle est unie éternellement dans une même personnalité, et c’est du haut de ce trône qu’elle doit recevoir les adorations de toute créature. Au nom de Jésus Fils de l’homme et Fils de Dieu, de Jésus assis à la droite du Père tout-puissant, « tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers » (Philip. II, 10.).

Habitants de la terre, c’est là cette nature humaine qui apparut autrefois dans l’humilité des langes, qui parcourut la Judée et la Galilée n’ayant pas où reposer sa tête, qui fut enchaînée par des mains sacrilèges, flagellée, couronnée d’épines, clouée à une croix ; mais tandis que les hommes qui l’avaient méconnue la foulaient aux pieds comme un ver de terre, elle acceptait le calice des douleurs avec une entière soumission et s’unissait à la volonté du Père ; elle consentait, devenue victime, à réparer la gloire divine en donnant tout son sang pour la rançon des pécheurs. Cette nature humaine, issue d’Adam par Marie l’immaculée, est le chef d’œuvre de la puissance de Dieu. Jésus, « le plus beau des enfants des hommes » [1]Psalm. XLIV., est l’objet de l’admiration extatique des Anges ; sur lui se sont reposées les complaisances de la suprême Trinité ; les dons de la grâce déposés en lui surpassent ce qui a été accordé à tous les hommes et à tous les esprits célestes ensemble ; mais Dieu l’avait destiné à la voie de l’épreuve, et Jésus qui aurait pu racheter l’homme à moins de frais, s’est plongé volontairement dans une mer d’humiliations et de douleurs, afin de payer avec surabondance la dette de ses frères. Quelle sera la récompense ? L’Apôtre nous le dit dans ces fortes paroles : « Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix ; à cause de cela Dieu l’a exalté, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom » [2]Philip. II..

O vous donc qui compatissez ici-bas aux douleurs par lesquelles il nous a rachetés, vous qui aimez à le suivie dans les stations de son pèlerinage jusqu’au Calvaire, levez la tête aujourd’hui, et regardez au plus haut des cieux. Le voici, « parce qu’il a souffert la mort, le voici couronné de gloire et d’honneur [3]Heb. II, 9.. Plus il s’est anéanti sous la forme d’esclave, lui qui dans son autre nature pouvait sans injustice se dire égal à Dieu » [4]Philip, II, 6, 7. ; plus le Père prend plaisir à l’élever en gloire et en puissance. […]

Introït (Ps. 26, 7, 8 et 9.):
Exaucez, Seigneur, ma voix, qui a crié vers vous, alléluia ; mon cœur vous a dit : mes yeux vous ont cherché ; votre visage, Seigneur, je le rechercherai, ne détournez pas de moi votre face, alléluia, alléluia.
Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ?

L’Introït, tiré du Psautier, exprime le désir que ressent la sainte Église de revoir son Époux qui s’est enfui loin d’elle. L’âme fidèle partage ce sentiment, et s’unit à la mère commune pour dire comme elle à l’Emmanuel : « Mon cœur vous le dira, je veux revoir vos traits divins ; offrez-les bientôt à ma vue. »

Collecte :
Dieu tout-puissant et éternel : faites que notre volonté vous soit toujours dévouée ; et que nous servions votre Majesté d’un cœur sincère.

Dans la Collecte, l’Église nous apprend à demander à Dieu cette bonne volonté qui nous rendra dignes de revoir Jésus, par notre zèle à servir la divine Majesté.

ÉPÎTRE.
Lecture de l’Épître du B. Apôtre Pierre (1. Petri 4, 7-11.) :
Mes bien-aimés : soyez prudents et veillez dans la prière. Mais surtout ayez les uns pour les autres une charité persévérante, car la charité couvre une multitude de péchés. Exercez entre vous l’hospitalité sans murmurer. Que chacun mette au service des autres le don spirituel qu’il a reçu, comme doivent faire de bons dispensateurs de la grâce de Dieu aux formes multiples. Si quelqu’un parle, que ce soit selon les oracles de Dieu ; si quelqu’un exerce un ministère, que ce soit comme employant une force que Dieu donne, afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Tandis que les disciples sont réunis dans le Cénacle, n’ayant qu’un cœur et qu’une âme, et attendant la venue de l’Esprit-Saint, le prince des Apôtres qui présidait cette assemblée sainte se tourne vers nous qui attendons ici-bas la même faveur, et nous recommande la charité fraternelle. Il nous promet que cette vertu couvrira la multitude de nos péchés ; quelle heureuse préparation pour recevoir le don divin ! L’Esprit-Saint arrive afin d’unir les hommes en une seule famille ; arrêtons donc toutes nos discussions, et préparons-nous à la fraternité universelle qui doit s’établir dans le monde à la prédication de l’Évangile. En attendant la descente du Consolateur promis, l’Apôtre nous dit que nous devons être prudents et veiller dans la prière. Recevons la leçon : la prudence consistera à écarter de nos cœurs tout obstacle qui repousserait le divin Esprit ; quanta la prière, c’est elle qui les ouvrira, afin qu’il les reconnaisse et s’y établisse.

Allelúia, allelúia. V/. Dieu régnera sur toutes les nations ; Dieu est assis sur son saint trône.  (Ps. 46, 9.)
Allelúia. V/. Je ne vous laisserai pas orphelins ; je m’en vais et je reviens vers vous et votre cœur se réjouira. Alléluia. (Ioann. 14, 18.)

Des deux Versets de l’Alléluia, l’un est emprunté à David, et célèbre la majesté de Jésus sur son trône royal ; l’autre est formé des paroles mêmes du Sauveur qui nous promet son retour à la fin des temps, lorsqu’il viendra réclamer ses élus.

ÉVANGILE.
Suite du Saint Évangile selon saint Jean (Ioann. 15, 26-27 ; 16, 1-4.) :
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Lorsque le Paraclet que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez pas scandalisés. Ils vous chasseront des synagogues, et l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre hommage à Dieu. Et ils vous traiteront ainsi parce qu’ils ne connaissent ni le Père ni moi. Je vous ai dit ces choses afin que, lorsque l’heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites.

A la veille de nous envoyer son Esprit, Jésus nous annonce les effets que ce divin Consolateur produira dans nos âmes. S’adressant aux Apôtres dans la dernière Cène, il leur dit que cet Esprit leur rendra témoignage de lui, c’est-à-dire qu’il les instruira sur la divinité de Jésus et sur la fidélité qu’ils lui doivent, jusqu’à mourir pour lui. Voilà donc ce que produira en eux cet hôte divin que Jésus, près de monter aux cieux, leur désignait en l’appelant la Vertu d’en haut. De rudes épreuves les attendent ; il leur faudra résister jusqu’au sang. Qui les soutiendra, ces hommes faibles ? L’Esprit divin qui sera venu se reposer en eux. Par lui ils vaincront, et l’Évangile fera le tour du monde. Or, il va venir de nouveau, cet Esprit du Père et du Fils ; et quel sera le but de sa venue, sinon de nous armer aussi pour le combat, de nous rendre forts pour la lutte ? Au sortir de la Saison pascale, où les plus augustes mystères nous illuminent et nous protègent, nous allons retrouver en face le démon irrité, le monde qui nous attendait, nos passions calmées un moment qui voudront se réveiller. Si nous sommes « revêtus de la Vertu d’en haut », nous n’aurons rien à craindre ; aspirons donc à la venue du céleste Consolateur, préparons-lui en nous une réception digne de sa majesté ; quand nous l’aurons reçu, gardons-le chèrement ; il nous assurera la victoire, comme il l’assura aux Apôtres.

Offertoire  (Ps. 46, 6.) :
Dieu est monté au milieu des cris de joie, et le Seigneur au son de la trompette, alléluia.

L’Offertoire rappelle avec les paroles du Roi-prophète les grandeurs de Jésus montant au ciel ; la sainte Église veut que la pensée d’un tel triomphe nous accompagne sans cesse, et qu’elle rixe à jamais nos cœurs dans le séjour où le Triomphateur nous attend.

Secrète :
Que ce sacrifice sans tache nous purifie, Seigneur, et qu’il donne à nos âmes la vigueur de la grâce surnaturelle.

En offrant à Dieu le pain et le vin qui bientôt vont être transformés au corps et au sang de Jésus, la sainte Église demande pour nous, dans l’Oraison Secrète, non seulement que le contact des Mystères divins nous rende purs, mais qu’il nous donne cette énergie sans laquelle la vie chrétienne n’existe pas.

Communion  (Ioann. 17,12-13 et 15) :
Père, lorsque j’étais avec eux, je les gardais en votre nom, eux que vous m’avez donnés, alléluia. Mais maintenant je viens à vous ; je ne vous prie point de les ôter du monde, mais de les préserver du mal, alléluia, alléluia.

Les paroles de la prière de Jésus à son Père forment l’Antienne de la Communion. Il les prononça après avoir nourri ses disciples de sa chair sacrée. Elles montrent son désir à notre égard.

Postcommunion :
Nourris de vos dons sacrés, ô Seigneur, nous vous en supplions, donnez-nous de demeurer toujours dans l’action de grâces.

L’action de grâces est le premier devoir du chrétien après la communion au corps et au sang de Jésus-Christ ; l’Église, qui connaît mieux que nous la grandeur du bienfait que nous avons reçu, demande dans la Postcommunion que cette action de grâces demeure continuellement en nous.

Offrons à Jésus triomphant cette belle Hymne que l’Église emploie, à l’Office des Matines, le jour de l’Ascension et durant toute l’Octave. Elle exprime avec énergie le mystère tout entier, et nous montre comment la chrétienté latine, dans l’antiquité, savait rendre ses sentiments en présence du Rédempteur glorifié.

Hymne :
Roi éternel, Roi très haut. Rédempteur des fidèles, ô vous, à qui la victoire sur la mort désormais abattue a mérité le plus glorieux triomphe.

En vous élevant aujourd’hui, vous franchissez la région des astres, et vous allez vous asseoir sur le trône pour exercer le souverain pouvoir que le ciel, et non l’homme, vous a conféré.

C’est là que vous recevez l’hommage des trois régions créées, le ciel, la terre et les enfers, qui, dans leur soumission, fléchissent le genou devant votre majesté.

Les Anges contemplent avec stupeur la révolution qui s’est accomplie dans le sort des mortels ; la chair avait péché, et la chair a tout purifie ; un Dieu fait chair étend partout son empire.

Soyez donc notre allégresse, ô vous qui demeurez au ciel pour être notre récompense ! Vous qui tenez les rênes de ce monde, et nous aidez à triompher de ses dangereux attraits !

Daignez pardonner toutes nos offenses, et par l’énergie de votre grâce, attirez en haut et vers vous nos cœurs ;

Afin qu’au jour où vous paraîtrez soudain assis comme un juge sur la nuée, vous écartiez de nous les châtiments que nous méritons, et nous rendiez la couronne que nous avions perdue.

A vous soit la gloire avec le Père et l’Esprit-Saint, dans les siècles éternels, ô Jésus qui, vainqueur aujourd’hui, remontez dans les cieux ! Amen.

Terminons par cette prière que nous fournit le Bréviaire mozarabe :
Notre Sauveur et notre maître, vous qui, montant aux cieux, avez daigné vous glorifier aux regards de ceux qui vous contemplaient, leur promettant que votre retour comme juge serait semblable à votre départ, faites-nous aujourd’hui accueillir avec une dévotion sincère la fête de votre Ascension, afin que notre vie s’élève sans cesse en vous à ce qu’il y a de meilleur, en sorte que nos yeux puissent se porter avec assurance sur vous, lorsque vous viendrez pour le jugement.  »


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References   [ + ]

1. Psalm. XLIV.
2. Philip. II.
3. Heb. II, 9.
4. Philip, II, 6, 7.

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