C’était un 27 mars… 1944 : Biarritz bombardée par les Anglo-américains

Ce jour-là, un raid aérien des alliés a lieu sur Biarritz et fait de nombreuses victimes civiles ( environ 117 morts et 250 blessés).

Sur les bombardements alliés ayant ravagé la France en général, on peut lire notamment deux livres : Les Français sous les bombes alliés d’Andrew Knapp et La France sous les bombes américaines de Jean-Claude Valla.

Voici comment raconta cette affreuse journée La Gazette de Bayonne, Biarritz et du Pays Basque, dans son édition du 28 mars 1944 (source Pays basque d’antan) :

« Biarritz victime d’un raid terroriste anglo-américain.

On compte de nombreux morts et blessés. Les dégâts sont considérables.

Biarritz bombardée.
Biarritz plongée dans le deuil et la désolation.

Aucun esprit sensé n’eût pu raisonnablement penser à une pareille éventualité. L’indignation sera grande, partout où cette nouvelle sera connue. Car personne n’admettra un instant que notre station pût abriter des objectifs militaires. Et les Anglo-Américains, autant que tous autres et dont certains venaient chaque été bénéficier des bienfaits exclusivement touristiques, savaient fort bien qu’en passant dans le ciel de Biarritz aucun motif de guerre ne pouvait leur faire actionner le redoutable manche qui laisse s’éparpiller dans l’air les bombes meurtrières.
Pourtant la réalité effroyable est là.

Depuis hier, les Biarrots connaissent les terribles effets de la guerre aérienne.

Quand on leur en parlait, quand, par les journaux, ils apprenaient que telle et telle ville innocente de notre pays avaient été touchées par les bombardiers terroristes, ils réalisaient mal l’atroce guerre que font les Anglo-Américains.

Aujourd’hui, ils la connaissent. Et dès hier soir on entendait les réflexions des plus indifférents : c’est horrible, tant de morts, tant de blessés, tant de dégâts. Pour quelle raison?…D’autres qui commençaient à réfléchir envisageaient d’autres conséquences de la guerre : celles du fameux débarquement qui serait, bien entendu, précédé du grand pilonnage aérien.

Il a fallu l’épreuve terrible d’hier, il a fallu le chapelet meurtrier des terroristes de l’air, pour que Biarritz réfléchisse, pour que Biarritz comprenne…

Une autre terrible leçon s’impose depuis hier à tous les esprits : c’est celle de la prudence. Combien sont descendus dans les caves, dans les abris au moment de l’alerte? La majorité des Biarrots seront contraints d’avouer qu’ils étaient aux fenêtres ou dans la rue. Et c’est la raison pour laquelle le premier bombardement de Biarritz a fait tant de victimes. Soyons certains qu’à la prochaine alerte chacun prendra les précautions nécessaires.

Mais, hélas! la leçon aura été dure.

C’est à 14 h. 25 qu’a été donnée l’alerte. Peu après on aperçut, venant de l’ouest, un groupe de 11 avions, suivi d’un deuxième de 12 appareils, d’un troisième de 25 et enfin, un peu plus tard, d’un quatrième, formé de 9 avions.

C’est le dernier groupe qui laissa tomber sur la ville son redoutable chargement. Ce fut un moment d’affolement et de stupeur. Puis, la vague passée, on se ressaisit. Tous les services de la Défense Passive, les pompiers, la police, la gendarmerie furent immédiatement sur le pied de la guerre, organisèrent les secours.

Les dégâts étaient effroyables.

Quantité d’immeubles et maisons sont en miettes et les bombes, en démolissant, ont soufflé littéralement tout ce qui se trouvait alentour.

C’est un véritable spectacle de désolation.

Des maisons sont littéralement coupées en deux, des magasins ont été pulvérisés; partout des volets pendent lamentablement, des balcons, des corniches semblent ne tenir que par miracle. Les rues tout entières sont jonchées de débris de toutes sortes. Des milliers de vitres et vitrines jonchent les trottoirs. Dans les ouvertures béantes des maisons on aperçoit des vêtements, des objets de ménage. Curieux effets du bombardement, là où les murs sont intacts, tout l’intérieur a volé en éclats. De grands édifices ont souffert. Une église elle-même n’a pas été épargnée. Un garage est anéanti avec de nombreuses voitures et tout ce qui entoure la place voisine n’a pas résisté au souffle infernal.

Bien entendu, aussitôt après le bombardement les services de Défense Passive ont organisé les secours dans chaque secteur atteint et se sont occupés de dégager les victimes; on s’aperçut rapidement qu’elles étaient nombreuses du fait même qu’elles n’avaient pas cessé de vaquer à leurs occupations. Les morts étaient transportés dans une salle du Grand-Hôtel, dans ce lieu où la veille encore la kermesse de la Croix-Rouge déroulait ses attractions. Les blessés étaient transportés par divers moyens à la Maison de Secours, à la clinique Leroy, à l’hôpital de Bayonne. Certains étaient dans un état lamentable et ne devaient pas tarder à succomber; la liste tragique allait s »allonger durant la nuit.

Le nombre des morts est grand, et aussi celui des blessés dont beaucoup sont dans un état grave. Tous les morts qui ont été transportés au Grand Hôtel n’ont pu être identifiés, des femmes en particulier, qui n’ont aucun papier. D’innombrables sinistrés ont dû chercher asile chez des parents ou des amis; d’autres vont être obligés de quitter leur logement, aucun propriétaire n’étant en mesure, à l’heure actuelle, par suite du manque de main-d’oeuvre et de matériaux, de faire procéder à des réparations.

Outre les services de Défense Passive, des Pompiers, de la Croix-Rouge, du Corps Médical, il faut signaler la conduite exemplaire de nombreux volontaires. D’autre part, les services de police, sous la conduite de M. Bastet, commissaire de police et de gendarmerie sous la direction de l’adjudant-chef Dauré se sont dépensés sans compter et ont assuré une garde de jour et de nuit consécutives.

Du renfort est arrivé dans la matinée et une cinquantaine d’agents de la brigade de Bordeaux épauleront l’effort de notre police locale. Il faut prévoir, en effet, une surveillance constante des quartiers sinistrés.

Des scènes affreuses se sont déroulées à certains points de chutes de bombes; des gens ont été projetés avec une puissance inouïe contre le mur des maisons et tués sur place; d’autres réduits en bouillies, corps et vêtements dispersés en lambeaux…

Sur une place où travaillaient six ouvriers, cinq d’entre eux ont été projetés à une grande distance et tués net; le sixième avait eu la précaution de descendre à la tranchée.

Plusieurs membres d’une même famille ont péri, ici le père et le fils, là la grand-mère et la petite-fille.

La consternation se lisait hier soir sur tous les visages et on était atterré du nombre des victimes on faisait cependant remarquer que le bombardement coïncidait avec la fermeture des magasins et cette circonstance a fait qu’on n’ait pas encore davantage de victimes à déplorer.
Biarritz fêtait hier une radieuse journée de printemps. Les vandales sont passés et il ne reste plus dans notre station au passé resplendissant que deuils et que ruines. »

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