4e Dimanche de l’Avent (textes et commentaires)

Nous vous proposons une présentation des textes liturgiques propres à ce dimanche (rite catholique traditionnel).

St Jean le Baptiste prêchant et annonçant le Christ

Introït Is. 45, 8.
Cieux, répandez votre rosée ; que des nuées descende le salut ! Que s’ouvre la terre et qu’elle donne naissance au Sauveur.
Ps. 18, 2.  Les cieux chantent la gloire de Dieu : leur voûte solide proclame la puissance de ses mains.

Collecte :
Excitez, Seigneur, votre puissance et venez : donnez-nous le secours de votre force infinie, et qu’avec l’aide de votre grâce, votre indulgente bonté nous accorde sans délai ce que retardent nos péchés.

Lecture de la première Épître de Saint Paul aux Corinthiens :
« Mes Frères : Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs du Christ et des dispensateurs des mystères de Dieu. Eh bien ! ce que l’on cherche dans les dispensateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle. Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous ou par un tribunal humain ; je ne me juge pas moi-même ; car, quoique je ne me sente coupable de rien, je ne suis pas pour cela justifié : mon juge, c’est le Seigneur. C’est pourquoi ne jugez de rien avant le temps jusqu’à ce que vienne le Seigneur : il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres et manifestera les desseins des cœurs, et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui est due. »Graduel :
Le Seigneur est proche de ceux qui le prient, de tous ceux qui le prient en vérité.
V/. Que ma voix proclame les louange du Seigneur, que tout ce qui vit chante son nom très saint !
Allelúia, allelúia. V/. Venez, Seigneur, ne tardez plus ! Délivrez de ses péchés Israël votre peuple. Alléluia.

Suite du Saint Évangile selon saint Luc :
« La quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée ; Hérode, tétrarque de la Galilée ; Philippe, son frère, tétrarque de l’Iturée et du pays de la Trachonitide, et Lysanias, tétrarque de l’Abilène ; au temps des grands prêtres Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut sur Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans toute la région du Jourdain, prêchant un baptême de repentir pour la rémission des péchés, ainsi qu’il est écrit au livre des oracles du prophète Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. Toute vallée sera comblée, toute montagne et colline seront abaissées ; les chemins tortueux deviendront droits, et les raboteux unis. Et toute chair verra le salut de Dieu. » »

Offertoire :
Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénies entre les femmes ; et le fruit de vos entrailles est béni.

Secrète :
Jetez, Seigneur, un regard apaisé sur le sacrifice que vous nous présentons ; qu’il nous attache à vous et assure notre salut.
Préface de la Sainte Trinité

Communion :
Et voici : La Vierge deviendra mère et mettra au monde un fils : on lui donnera le nom d’Emmanuel.

Postcommunion :
Après avoir reçu vos dons, Seigneur, nous vous demandons de faire croître en nos âmes les grâces du salut, à mesure que nous recourons à ce sacrement.

COMMENTAIRE DE DOM GUÉRANGER
(dans l’Année liturgiquedisponible ici avec ses autres livres) :

« Nous voici entrés dans la Semaine qui précède immédiatement la Naissance du Messie : dans sept jours au plus tard, il viendra ; et selon la longueur du temps de l’Avent, laquelle varie chaque année, il se peut que l’Avènement tant désiré ait lieu dans six jours, dans trois jours, demain même. L’Église compte les heures d’attente ; elle veille jour et nuit, et ses Offices ont pris une solennité inaccoutumée depuis le 17 Décembre. A Laudes, elle varie chaque jour les Antiennes ; à Vêpres, elle exprime avec tendresse et majesté ses désirs d’Épouse par de brûlantes exclamations vers le Messie, dans lesquelles elle lui donne chaque jour un titre magnifique emprunté au langage des Prophètes.

Aujourd’hui [1]Le quatrième Dimanche de l’Avent est appelé Rorate à cause de l’Introït ; mais plus souvent on le nomme Canite tuba, qui sont les premiers mots du premier Répons de Matines, et de la première Antienne de Laudes et de Vêpres. elle veut frapper le dernier coup pour émouvoir ses enfants. Elle les transporte dans la solitude ; elle leur montre Jean-Baptiste, de la mission duquel elle les a déjà entretenus au troisième Dimanche. La voix de cet austère Précurseur ébranle le désert, et se fait entendre jusque dans les cités. Elle prêche la pénitence, la nécessité de se purifier en attendant celui qui va paraître. Retirons-nous à l’écart durant ces jours ; ou si nous ne le pouvons faire à raison de nos occupations extérieures, retirons-nous dans le secret de notre cœur et confessons notre iniquité, comme ces vrais Israélites qui venaient, pleins de componction et de foi dans le Messie, achever, aux pieds de Jean-Baptiste, l’œuvre de leur préparation à le recevoir dignement, lorsqu’il allait paraître.

Or, voici la sainte Église qui, avant d’ouvrir le livre du Prophète, nous dit à l’ordinaire, mais avec une solennité de plus en plus grand :

Prope est iam Dóminus : veníte, adorémus. Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.

Du Prophète Isaïe. CHAP. XXXV.
Elle sera donc bien grande, ô Jésus ! la joie de votre venue, si elle doit briller sur notre front à jamais comme une couronne ! Mais comment n’en serait-il pas ainsi ? Le désert même, à votre approche, fleurit comme un lis, et des eaux vives jaillissent du sein de la terre la plus altérée. O Sauveur ! Venez vite nous donner de cette Eau dont votre Cœur est la source, et que la Samaritaine, qui est notre image à nous pécheurs, vous demandait avec tant d’instances. Cette Eau est votre Grâce ; qu’elle arrose notre aridité, et nous fleurirons aussi ; qu’elle désaltère notre soif, et nous courrons la voie de vos préceptes et de vos exemples, ô Jésus ! avec fidélité, sur vos pas. Vous êtes notre Voie, notre sentier vers Dieu ; et Dieu, c’est vous-même : vous êtes donc aussi le terme de notre route. Nous avions perdu la voie, nous nous étions égarés comme des brebis errantes : que votre amour est grand de venir ainsi après nous ! Pour nous apprendre le chemin du ciel, vous ne dédaignez pas d’en descendre, et vous voulez faire avec nous la route qui y conduit. Non, désormais nos bras ne sont plus abattus ; nos genoux ne tremblent plus ; nous savons que c’est dans l’amour que vous venez. Une seule chose nous attriste : c’est de voir que notre préparation n’est pas parfaite. Nous avons encore des liens à rompre ; aidez-nous, ô Sauveur des hommes ! Nous voulons écouter la voix de votre Précurseur, et redresser tout ce qui offenserait vos pas sur le chemin de notre cœur, ô divin Enfant ! Que nous soyons baptisés dans le Baptême d’eau de la pénitence ; vous viendrez ensuite nous baptiser dans le Saint-Esprit et dans l’amour.

A LA MESSE.

Le Prophète a excité notre soif en nous parlant de la limpidité et de la fraîcheur des sources qui jaillissent à l’arrivée du Messie ; demandons, avec la sainte Église, la rosée qui rafraîchira notre cœur, la pluie qui le rendra fécond.

Dans la Collecte, l’Église fait instance pour être délivrée au plus tôt ; elle craint que ses péchés ne soient la cause du retard que l’Époux met avenir ; elle se recommande à sa miséricorde pour franchir cet obstacle.

ÉPÎTRE.
L’Église remet sous les yeux des peuples, dans cette Épître, la dignité du Sacerdoce chrétien, à l’occasion de l’Ordination qu’on a célébrée la veille, et rappelle en même temps aux Ministres sacrés l’obligation qu’ils ont contractée de se montrer fidèles dans la charge qui leur a été imposée. Au reste, il n’appartient pas aux brebis de juger le pasteur : tous, prêtres et peuple, doivent vivre dans l’attente du jour de l’Avènement du Sauveur, de ce dernier Avènement dont la terreur sera aussi grande qu’est attrayante la douceur du premier, et du second auquel nous préparons nos âmes. Après avoir fait retentir dans l’assemblée ces paroles sévères, la sainte Église reprend le cours de ses espérances, et célèbre encore l’arrivée prochaine de l’Époux. « Le Seigneur est proche de tous ceux qui l’invoquent en vérité. V/. Ma bouche annoncera la louange du Seigneur ; que toute chair bénisse son saint Nom. Alléluia, alléluia. V/. Venez, Seigneur, et ne tardez plus : pardonnez les crimes d’Israël votre peuple. Alléluia. »

ÉVANGILE.
Vous êtes proche, Seigneur, car l’héritage de votre peuple a passé aux mains des Gentils, et la terre que vous aviez promise à Abraham n’est plus aujourd’hui qu’une province de ce vaste empire qui doit précéder le vôtre. Les oracles des Prophètes s’exécutent de jour en jour ; la prédiction de Jacob lui-même est accomplie : Le sceptre est ôté de Juda. Tout se prépare pour votre arrivée, ô Jésus ! C’est ainsi que vous renouvelez la face de la terre : daignez aussi renouveler mon cœur, et soutenir son courage, dans ces dernières heures qui précèdent votre venue. Il sent le besoin de se retirer au désert, d’implorer le baptême de la pénitence, de redresser ses voies : faites tout cela en lui, divin Sauveur, afin qu’au jour où vous allez descendre sa joie soit pleine et parfaite.

Pendant l’Oblation, l’Église salue la glorieuse Vierge dont les flancs recèlent encore le salut du monde. O Marie ! donnez-nous bientôt celui qui vous remplit de sa présence et de sa grâce. Le Seigneur est avec vous, ô Marie incomparable ; mais l’heure approche où il sera aussi avec nous ; car son nom est Emmanuel.

Pendant la Communion, l’Église, toute pleine du Dieu qui vient de descendre en elle, emprunte les paroles d’Isaïe pour célébrer la Vierge mère, et ce chant lui convient aussi, à elle qui vient d’être mystérieusement visitée par le même Fils de Dieu dont le sein de Marie est le tabernacle. »

COMMENTAIRE DU BHX CARDINAL SCHUSTER (Liber Sacramentorum)
« Station aux Saints-Apôtres.

Vraiment aujourd’hui, selon les anciens Ordines Romani, il ne devrait pas y avoir station, — Dominicat vacat, — puisque la messe dominicale de ce jour était précisément celle qui mettait fin à la vigile nocturne à Saint-Pierre. Ainsi en était-il au début ; pourtant, avec le temps, la pannuchis dominicale ayant été réduite et célébrée par anticipation dans l’après-midi du samedi, il ne parut pas convenable de laisser passer le jour du Seigneur sans offrir le Sacrifice. Peu à peu, s’introduisit l’usage d’une seconde messe stationnale en la basilique des Saints-Apôtres, et cela aussi en conformité avec l’habitude des autres Églises, où l’on ne célébrait pas la vigile, mais où on avait pourtant la coutume d’offrir le sacrifice dominical pour satisfaire à la dévotion du peuple.

Le choix de l’Église stationnale, où, deux jours plus tôt, s’est déjà tenue la synaxe eucharistique, n’a pas été fait par hasard. Nous savons que, dans un oratoire de l’Apostoleion de Narsès, l’on vénérait au moyen âge les reliques de sainte Eugénie, la célèbre martyre du cimetière d’Apronianus sur la voie Latine. Or, le Dies natalis de la sainte est le 25 décembre, et, comme on n’en peut célébrer aucune mémoire le jour de Noël, celle-ci, selon un antique usage romain, se fait pas anticipation le dimanche précédent.

La messe — comme la synaxe à Saint-Eusèbe le IIe dimanche après l’Épiphanie, peu de jours avant la fête de saint Vincent, vénéré dans cet ancien titre — ne contient pas d’allusion à l’éponyme de l’oratoire, et n’est aucunement en relation avec elle. Il suffisait aux anciens que la synaxe eucharistique elle-même fût célébrée en son honneur, sans qu’il fût besoin d’ajouter de collecte ou autre chose en mémoire de la martyre.

Une tradition très accréditée à Rome, attribuant la rédaction de l’antiphonaire de saint Grégoire à l’inspiration du divin Paraclet, a contribué à cette extrême réserve liturgique. Pour cette raison, l’œuvre était jugée intangible et n’admettait ni retouches ni additions. Par suite, les chants de la messe de ce jour furent empruntés à d’autres messes précédentes, en sorte que ce IVe dimanche de l’Avent n’a de propre que la première lecture de l’Apôtre, les trois collectes et l’offertoire. L’introït est celui du mercredi précédent. L’image de la rosée et de la pluie qui descend lentement pour rafraîchir le gazon aride est tirée de l’épisode bien connu de Gédéon ; elle fut utilisée fort à propos par le psalmiste, puis reprise par le prophète Isaïe, qui s’en servit même pour décrire le caractère tout de suavité et d’amour de la première apparition du Messie dans le monde. Le règne messianique ne se manifeste pas comme un tremblement de terre qui renverse avec impétuosité les maisons et détruit des provinces entières ; mais il est semblable à une petite plante fécondée par la rosée céleste, et qui, en dépit de tous les obstacles, croît et fleurit sous le baiser du soleil. Au contraire, la seconde venue de Jésus sur la terre se fera à l’improviste et soudainement. Alors, avec toute la puissance de son bras, II anéantira en un clin d’œil la gloire du règne de Satan, et le royaume de Dieu atteindra sa splendeur et son accroissement définitifs.

Dans la première collecte, nous supplions Dieu de se lever dans toute sa puissance et de venir à notre aide. Que si notre indignité méritait que son arrivée tardât, du moins que son infinie miséricorde la hâte. Les saintes Écritures, en effet, mettent beaucoup d’insistance à faire remarquer le caractère tout à fait gratuit du bienfait de l’Incarnation, et cela dans le but de provoquer toujours davantage notre amour et la plus vive gratitude pour un Dieu qui, offensé, nous aime, méprisé et fui, nous poursuit et vient au-devant de nous, et qui, condamné à mort, donne spontanément sa vie pour nous.

Dans la lecture, tirée de la première épître aux Corinthiens (I, IV, 1-5), saint Paul soustrait sa conduite à la libre censure des dissidents de cette Église toujours tumultueuse et déchirée par les partis, rappelant que lui, en sa qualité d’Apôtre et de ministre de Jésus-Christ, ne doit rendre compte qu’à Lui de son apostolat.

Sa conscience ne lui reproche rien il est vrai ; mais dans les choses spirituelles, il faut toujours craindre les illusions de l’amour propre, et il convient de réserver tout jugement définitif jusqu’à la parousie finale du Christ, lequel viendra dissiper les ténèbres des consciences et donner à chacun ce qu’il mérite. Comme il faut, par conséquent, être prudent pour juger non seulement le prochain, mais nous-mêmes ! Les hommes ont beau jeu à nous appeler bons ou méchants, à leur gré ; leur jugement ne modifiera en rien celui du Seigneur ; nous sommes réellement ce que nous sommes devant Dieu, et rien de plus.

Le répons est celui du mercredi précédent. Le verset alléluiatique s’inspire d’Isaïe et a été merveilleusement revêtu de mélodie dans le recueil grégorien ; on y sent toute l’ardeur affectueuse de l’âme qui ne peut plus résister loin de Dieu : « Venez, Seigneur, et ne tardez pas davantage à délivrer votre peuple des liens du péché. » Qui est cet heureux peuple ? Non certes aucun peuple spécial, considéré dans ses frontières topographiques, conventionnelles, mais l’humanité croyante tout entière, tous ceux qui, au moyen de la foi, vivent de Dieu et, pour cette raison, appartiennent au peuple de Dieu. C’est en ce sens que l’Apôtre oppose les Juifs, l’Israël secundum carnem, aux vrais fils d’Abraham selon l’esprit, c’est-à-dire ceux qui participent à la foi d’Abraham, et sont, avec lui, héritiers de ses bénédictions.

La lecture évangélique a déjà été faite la nuit précédente, et cela indique que la messe dominicale de ce jour n’est, en substance, qu’une répétition du Sacrifice matutinal offert à Saint-Pierre au terme de la Pannuchis.

Il faut remarquer le lieu où la voix de Dieu se fait plus ordinairement entendre, et où l’écouta le Précurseur lui-même : in déserta. Dieu n’est pas facilement entendu par les âmes lâches, dissipées et qui passent la vie, absorbées par le tourbillon des choses mondaines. Il est donc nécessaire que nous rentrions en nous-mêmes, que nous imposions silence, tant au monde extérieur qu’au microcosme de nos passions, que nous bannissions les illusions de l’esprit, — et très rares sont les âmes qui ne souffrent pas d’illusions, — afin de nous connaître, tels que nous sommes intimement devant Dieu, et, par suite, de nous montrer entièrement dociles à la voix divine. C’était la belle prière de Salomon dans son adolescence : Dabis servo tuo cor docile.

Le verset ad offerendum est tiré de saint Luc et répète la belle salutation angélique à Marie, unie aux bénédictions que lui adressa l’heureuse mère du Précurseur. L’histoire de la prière Ave Maria, si chère à la piété des fidèles, et devenue si familière, grâce surtout au Rosaire marial, commence par ce splendide offertoire grégorien, qui nous donne le texte de l’Ave dans sa forme primitive, tel qu’il fut en usage durant tout le moyen âge. La seconde partie de la prière Sancta Maria, Mater Dei, ne provient pas, comme la première, de la sainte Écriture, mais jaillit du cœur de la piété chrétienne, qui, vers la première période franciscaine, se distingua surtout par son caractère de tendre amour pour la sainte Vierge.

Durant l’Avent, l’Église se presse, avec une dévotion toute spéciale, autour de l’Immaculée Mère de Dieu, parce que la première, pendant les neuf mois qu’elle porta Jésus dans son sein, elle sanctifia par son amour, par son humilité, par sa totale consécration à Jésus, ce temps de joyeuse attente et de préparation à la naissance du Fils de Dieu. La vertu propre de ce temps d’Avent est la préparation de l’âme à la venue du Verbe avec sa grâce ; or, Marie est notre Maîtresse et notre Modèle en cette céleste école de préparation. Il suffit en effet de parcourir les premières pages de l’Évangile de saint Luc pour voir immédiatement toute la sublimité du programme mariai en cette dominici schola servitii. Prudente et humble avec l’Ange, empressée et serviable avec Élisabeth, obéissante avec Joseph, pauvre et détachée de tout ce qui n’est pas Dieu, Elle, la Vierge bénie, fait resplendir dans ses actes les plus saintes dispositions, se dédiant sans réserve au service du Seigneur, ne cherchant point à se plaire à elle-même, mais seulement à Celui qui se l’était choisie pour servante et pour mère.

Dans la collecte d’introduction à la préface, nous supplions le Seigneur d’accueillir avec bienveillance le Sacrifice, afin que la grâce accroisse notre dévotion et nous assure le mérite du salut éternel. Il faut remarquer ici la pleine signification de la devotio latine, telle qu’elle est exprimée par la sainte liturgie, et qui est traduite très imparfaitement par le mot dévotion.

Devotio vient du verbe devoveo et comporte la pleine consécration d’une personne à Dieu, laquelle accomplit par vœu cette offrande d’elle-même. Dévotion n’est donc pas synonyme de piété, et, en toute rigueur, ne devrait s’appliquer qu’à la consécration baptismale, à cause des promesses qu’on y fait à Dieu, et aussi à la profession religieuse et à l’ordination sacrée.

L’antienne pour la Communion est identique à celle du mercredi précédent. Dans la loi nouvelle, Jésus prend le nom d’Emmanuel, pour indiquer le caractère indissoluble d’amitié établie entre Dieu et l’homme. Le péché ne pourra plus détruire cet ordre, puisque tant que Jésus sera Jésus, et Il le sera pour toujours, toujours aussi Il sera notre avocat près du Père et sera à même d’effacer nos péchés dans son sang.

Dans la collecte d’action de grâces, nous supplions le Seigneur de permettre que la fréquentation de la Table eucharistique augmente en nous la grâce dont nous avons absolument besoin pour parcourir la voie qui conduit au Ciel. C’est pourquoi Jésus, dans l’oraison dominicale, nous a appris à demander chaque jour notre pain supersubstantiel, sans lequel nous ne saurions réparer les pertes quotidiennes que nous causent les manquements habituels de la journée, ni ne pourrions conserver longtemps la vie surnaturelle de l’âme. Le christianisme réside tout entier en ceci : exprimer Jésus, revivre Jésus. Or, la sainte Communion nous communique précisément la vie et l’esprit de Jésus, selon sa promesse : Qui manducat me, et ipse vivet propter me. De même qu’au ciel, dans les splendeurs de sa gloire, Dieu nourrit de Lui-même les bienheureux, ainsi sur la terre, par anticipation, il accorde de le posséder aux fidèles voyageurs, et se donne à eux en nourriture sous les voiles du sacrement. Le mode et les conditions de possession diffèrent, mais, substantiellement, le don est le même. L’Eucharistie équivaut donc au paradis sur la terre ; bien plus, pour nous en tenir à l’étymologie du mot, elle est la vraie, unique, Eucharistia, c’est-à-dire la bonne grâce de Dieu.

Comment le Verbe de Dieu est-Il venu sur la terre, a-t-il apparu parmi les siens, et ceux-ci, après plusieurs milliers d’années d’attente anxieuse, ont-ils refusé de le reconnaître ? Par manque de préparation convenable. Les Hébreux ne cherchaient pas la gloire et le règne de Dieu, mais désiraient ardemment leur royaume terrestre et leurs propres intérêts nationaux et économiques. Ils attendaient donc un Messie conquérant, qui aurait secoué le joug des nations pesant sur Israël et les aurait rendues tributaires de la descendance d’Abraham. Jésus-Christ apparut, au contraire, pauvre, éprouvé, méprisé, payant Lui-même le tribut aux Romains et enseignant un royaume intime et spirituel. Le juif charnel ne comprit rien à cette nouvelle sorte de théophanie, et, malgré tous les miracles accomplis par le Sauveur, la rejeta dédaigneusement. Tant il importe, donc, de se préparer convenablement à la grâce de Dieu. »

Source Introïbo

References   [ + ]

1. Le quatrième Dimanche de l’Avent est appelé Rorate à cause de l’Introït ; mais plus souvent on le nomme Canite tuba, qui sont les premiers mots du premier Répons de Matines, et de la première Antienne de Laudes et de Vêpres.

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